En première ligne dans la lutte contre la violence des gangs en Haïti, la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMS), lancée en 2024 sous l’égide de l’ONU, n’exerce pas dans sa plénitude. Alors qu’elle est censée être composée de 2500 hommes, cette force comprend actuellement 1000 policiers kényans et des soldats jamaïcains. Cet effectif est loin de peser dans la balance face à des gangs puissants, qui contrôlent une grande partie de la capitale, Port-au-Prince. Si les promesses d’appui ne manquent pas, la MMS n’a pas encore tous les moyens humains et financiers, pour prétendre atteindre efficacement ses objectifs.
Des pays comme le Bénin, le Bangladesh et le Tchad ont annoncé un déploiement d’hommes qui tardent à voir le jour. Certes, le Tchad a confirmé son intention d’envoyer 800 hommes à Haiti d’ici juin 2026, mais encore faut-il voir l’effectivité de ce renfort pour apprécier. S’il est le bienvenu, ce soutien tchadien ne suffira pas à combler les besoins d’effectifs. Il faut d’ailleurs craindre un recul total de la MMS, dans la mesure où le Kenya, qui assure actuellement la direction, envisage son retrait progressif. Cette mission d’appui à la sécurité, appelée à être remplacée par une brigade anti-gang, ne semble pas être promise à un bel avenir, malgré son importance. On se demande alors, pourquoi la communauté internationale a porté cette imitative à bout de bras, sans que les moyens pour son opérationnalisation complète ne suivent.
Dès sa création, la MMS a apporté une lueur d’espoir aux Haïtiens, qui n’en peuvent plus de subir la loi des groupes armés, mais vu son évolution, il y a de quoi tempérer les ardeurs. La persistance de la violence des gangs exige pourtant d’énormes efforts et c’est en cela, que l’apport de la MMS parait déterminant. Le développement socioéconomique de ce pays des Caraïbes est compromis par les groupes armés, qui tuent, pillent et rackettent à tout va. La sécurité s’est particulièrement dégradée, depuis juillet 2021, avec l’assassinat du Président Jovenel Moïse dans sa résidence privée. Plus de 15 000 morts ont été enregistrés depuis 2022, tandis que le nombre de déplacés a dépassé largement un million, de nos jours. Haïti n‘est pas un havre de paix, alors que ses autorités entendent organiser des élections, cette année.
On pensait que l’aide de la communauté internationale allait permettre à ce pays de sortir du cycle infernal de la violence, mais c’est loin d’être le cas. La lutte contre l’insécurité demeure le plus gros défi de Haïti, qui semble condamner à occuper la Une de l’actualité, chaque fois, avec les violences des gangs, dont les accointances avec les hommes politiques n‘est manifestement pas une vue de l’esprit. Si le soutien de la communauté internationale est nécessaire, à ce stade de la situation, les Haïtiens sont les seuls à devoir trouver la solution à ce problème handicapant. Les autorités de l’île doivent œuvrer à asseoir un Etat plus fort, débarrassé de pratiques parfois mafieuses et propices à l’essor des gangs, et une société plus juste et saine. Sans quoi, la violence ne fera que s’enraciner davantage, malgré les sacrifices consentis pour la contenir. Haïti mérite mieux. Haïti doit se réveiller et changer sa mauvaise réputation engendrée par les basses besognes des gangs.
Kader Patrick KARANTAO






