Gestion des frontières au Burkina : la Commission nationale en quête d’une meilleure stratégie

Le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale a organisé, le mardi 28 mai 2019, la première session ordinaire de l’année du Conseil des frontières. Les différends frontaliers qui opposent le Burkina Faso à ses voisins préoccupent la Commission nationale des frontières (CNF) qui s’est réunie autour du Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré à la faveur de sa première session ordinaire de l’année tenue, le 28 mai 2019. Selon le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, Siméon Sawadogo, la présente session sera mise à profit pour évaluer la mise en œuvre des actions de gestion des frontières pendant l’année écoulée et donner des orientations pour le nouveau programme d’activité. Neuf recommandations avaient été formulées en 2018, pour une meilleure prise en charge des questions liées à la gestion des frontières. Au nombre de celles-ci, l’approvisionnement du fonds spécial de la Commission nationale des frontières d’un budget de plus de quatre milliards F CFA pour la prise en charge des dépenses afférentes au règlement du différend frontalier entre le Burkina Faso et le Niger et du bornage de la frontière Burkina-Côte d’Ivoire. A cela, il faut ajouter l’organisation d’une table-ronde des bailleurs de fonds pour le financement du Programme d’appui à la gestion intégrée des frontières (PAGIF), l’accompagnement du gouvernement dans la gestion des frontières avec ses voisins, le renforcement des capacités des Forces de défense et de sécurité (FDS), des actions de prévention des conflits communautaires dans les zones frontalières du Burkina Faso et enfin la saisie du ministère ivoirien en charge des questions de frontières pour la désignation des membres en vue d’accélérer les travaux de matérialisation de ladite frontière. Cette question fait partie d’accords conclus entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération (TAC). «Le secrétariat permanent de la CNF a entrepris un certain nombre d’activités visant la mise en œuvre de toutes ces recommandations et le bilan sera dressé au cours de cette rencontre», a indiqué Siméon Sawadogo. Mais d’ores et déjà, il a évoqué des difficultés : «si nous pouvons nous réjouir de quelques avancées significatives enregistrées dans la conduite de certains dossiers, il faut reconnaître que de nombreux impératifs, notamment d’ordre matériel et financier méritent une attention particulière en vue de disposer de plus de ressources pour la résolution des crises liées à la gestion des frontières». De l’avis de la secrétaire permanente de la CNF, Léontine Zagré, le processus de matérialisation des frontières du Burkina Faso a connu des progrès. «Nous avons mis en place les différentes commissions techniques mixtes d’abornement qui ont travaillé ensemble avec l’appui des instituts géographiques du Burkina et des pays voisins. C’est sur la base de ces coordonnées que le travail de construction des bornes va se faire, consacrant ainsi le bornage définitif des zones frontalières», a fait savoir Mme Zagré. Pour le Premier ministre, la tenue de cette session s’imposait au regard du contexte sécuritaire qui prévaut dans les zones frontalières du Burkina Faso. «Elle donne l’occasion d’identifier les contraintes et les difficultés majeures, de proposer des solutions adéquates et de dégager des perspectives afin de circonscrire les problèmes des frontières», a-t-il précisé. Pour cela, Christophe Dabiré, a invité les participants à prendre activement part aux travaux de réflexion afin que des recommandations pertinentes soient formulées comme feuille de route.

Beyon Romain NEBIE nbeyonromain@yahoo.fr

Soutien aux déplacés : L’Egypte offre 1,5 tonne de médicaments

L’ambassade d’Egypte a offert 1,5 tonne de médicaments d’une valeur d’environ 40 millions F CFA au ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de l’Action humanitaire qui l’a, à son tour, remis au ministère de la Santé, le lundi 27 mai 2019, à Ouagadougou. La République arabe d’Egypte, un «pays ami et frère» du Burkina Faso, est à ses côtés en ces moments difficiles où il fait face aux affres terroristes. Il l’a exprimé à travers un don de 1,5 tonne de médicaments d’une valeur d’environ 40 millions F CFA au ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de l’Action humanitaire qui l’a, à son tour, remis au ministère de la Santé dans la soirée du lundi 27 mai 2019 à Ouagadougou. Composé de paracétamol, d’ibuprofen, de diclofénac, d’amoxicilline…ce don destiné aux déplacés vise, selon l’ambassadeur d’Egypte, Chérif Mokhtar, à contribuer à leurs soins. «Nous sommes très touchés par le problème des déplacés, car nous sommes également passés par la même situation, il y a des années de cela. Voilà pourquoi, nous avons tenu à apporter notre soutien au peuple burkinabè», a-t-il indiqué. Il a ajouté: «Mon pays est très solidaire et n’hésite pas à tendre la main à ses amis en cas de besoin». Il a souhaité que ces médicaments puissent soulager un tant soit peu ces milliers de déplacés qui, du jour au lendemain, ont été contraints de tout abandonner pour sauver leurs vies. Ce don de l’ambassade d’Egypte a été accueilli à bras ouverts par la minis-tre en charge de la santé, Claudine Lougué. «Nous sommes heureux de recevoir ces médicaments qui vont nous aider à panser les plaies de nos déplacés. Nous disons merci à l’Egypte qui nous accompagne dans notre lutte contre le terrorisme», s’est-elle exprimée. Elle s’est, en outre, réjouie de l’excellente collaboration entre le Burkina Faso et la République arabe d’Egypte qui a maintes fois profité à son département. «A chaque fois qu’un ambassadeur d’Egypte nous rend visite, il le fait les mains chargées de cadeau», a-t-elle confié, sourire aux lèvres. Elle a, par ailleurs, traduit sa reconnaissance au ministère en charge de l’action humanitaire qui a bien voulu leur céder ce don. «C’est la deuxième fois qu’ils le font et nous nous en réjouissons, car cela témoigne de l’excellence des relations entre nos deux départements», a-t-elle déclaré.

Nadège YAMEOGO

8e Grand prix cycliste des caisses populaires : Antoine Zoma débute son palmarès

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Dans le cadre de la 14e édition de la semaine des caisses populaires, le réseau a organisé, le dimanche 26 mai 2019 et ce, pour la huitième fois consécutive, une course cycliste. La course a été remportée par le sociétaire de l’AS BESSEL Antoine Zoma. Après 3h 22mn 57s, sur une distance de 129 km, soit la vitesse moyenne de 37,723km/h, Antoine Zoma s’est imposé au grand prix cycliste de la faitière des caisses populaire du Burkina Faso. Cette 8e édition s’est courue, le dimanche 26 mai 2019, sur l’avenue Charles-de-Gaulle. Pourtant rien n’était évident lorsque les 56 coureurs prenaient le départ en ce matin dominical. Aux 3 premiers tours, le peloton était groupé. Mais au 5e tour, un groupe de cyclistes a tenté une échappée et a réussi à creuser un écart de 1mn45s, avant que le peloton n’anéantisse cette échappée au 10e tour. Mais ce n’est que partie remise. Un lot de 13 coureurs dont 5 de l’AS BESSEL a pu sortir du peloton pour prendre les devants. Ces derniers, qui n’entendent pas se faire rattraper, vont appuyer sur la pédale et creuser un écart de 2mn25s du deuxième groupe au 15e tour. La vitesse moyenne était de 38,415km/h. Les jambes deviennent lourdes. Certains sont contraints d’abandonner. Au 25e tour, ils ne sont plus que 30 coureurs à se disputer l’arrivée. A deux tours de la fin, Antoine Zoma va prendre l’initiative de s’échapper du groupe des 13 fuyards. Et c’est sans surprise que ce dernier franchit la ligne d’arrivée en solitaire. Ses poursuivants disputeront la deuxième place au sprint. Le vainqueur de cette 8e édition de la semaine des caisses populaires a reçu, en plus du trophée, une enveloppe de 350 000 F CFA, une montre, le maillot jaune de vainqueur et un maillot Etats-Unis. De la deuxième place à la dixième place, chaque coureur a reçu un prix correspondant à son rang.

Pour le Président du conseil d’administration (PCA) du réseau des caisses populaires du Burkina, El Adj Inoussa Sawadogo, l’apothéose de cette course est une victoire commune dédiée à la jeunesse. «J’ai toujours dis que la jeunesse doit pouvoir se faire de la place. Et à travers cette course, elle a prouvé qu’elle grouille pour avoir de la place et nous allons les accompagner pour leur avenir», a avoué le PCA. Il a affirmé que pour son institution, l’objectif est à moitié atteint car elle est à la recherche des voies et moyens pour soutenir le cyclisme.

Donald Wendpouiré NIKIEMA

Affaire «charbon fin» : Le REN-LAC veut «toute la lumière»

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a animé une conférence de presse, le 27 mai 2019 à Ouagadougou, pour se prononcer sur la gouvernance du pouvoir en place. La gouvernance du régime actuel «ne satisfait point» le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC). Il l’a fait savoir, le lundi 27 mai 2019, à Ouagadouogou, au cours d’une conférence de presse qui lui a permis de se prononcer sur la crise au sein de l’appareil judiciaire, les «recrutements frauduleux» à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et l’affaire d’exportation de charbon fin de la société minière Iamgold Essakane SA.. Sur ce dernier point, le Secrétaire exécutif du REN-LAC, Sagado Nacanabo, a laissé entendre qu’il y a eu «bel et bien tentative d’exportation frauduleuse d’or de la part d’Essakane SA». Et ce, à travers la sous-estimation des quantités et des teneurs déclarées qui «sont anormalement élevées par rapport à celles rencontrées dans le charbon fin des autres mines». «Le différentiel de poids sec déclaré est ainsi de 67,4 tonnes. En prenant en compte les teneurs déclarées par Essakana SA., on aboutit à 59, 048 kilogrammes d’or et 24,11 kilogrammes d’argent  non déclarés», a précisé M. Nacanabo. La fraude se manifeste également à travers la violation de la réglementation douanière, car les autorisations d’exportation ont été données sans respect préalable des textes en la matière, a ajouté le chargé du plaidoyer et du lobbying, Bruno Kéré. Pour le REN-LAC, face à une telle situation, le gouvernement devrait diligenter une enquête pour mieux éclairer l’opinion. A contrario, le ministère des Mines et des Carrières, non seulement, a réfuté les allégations, mais aussi s’est mis à défendre la société minière, ont déploré les conférenciers. Mais que compte faire le REN-LAC pour la manifestation de la vérité dans cette affaire ? Tout en invitant le gouvernement à prendre à bras-le-corps le problème, les conférenciers ont indiqué que leur organisation jouera sa partition. «Toutes les actions possibles et nous n’excluons pas celle en justice s’il le faut», a martelé Bruno Kéré.

Doter la justice de moyens conséquents

Pour ce qui est de la crise qui secoue l’appareil judiciaire depuis octobre 2018, M. Nacanabo et ses camarades ont invité le pouvoir exécutif à répondre aux préoccupations des acteurs de la justice et à «lever les dysfonctionnements au risque d’encourager la justice privée. Et contrairement aux dires du Premier ministre devant l’Assemblée nationale, les pôles économiques et judiciaires, ne fonctionnent pas. Ils ont plutôt besoin d’être dotés en moyens humains, matériels et financiers conséquents pour être opérationnels, ont-ils souligné. Le RENLAC a, par ailleurs, dénoncé le silence du ministre de la Justice dans la saisine du conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature, pour la relance du traitement des cas d’atteinte à la déontologie dont se seraient rendus coupables des magistrats et acteurs judiciaires. Concernant, les recrutements à la CNSS dénoncés par le comité CGT-B en juillet 2018, les investigations de l’ASCE-LC et du parquet confirment qu’il y a eu fraude dans le test, a fait savoir le Secrétaire exécutif du REN-LAC. Mieux, en lien avec cette affaire, deux personnes méditent sur leur sort à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, en attendant leur jugement. Sur tous ces dossiers, le REN-LAC invite les plus hautes autorités à leur réserver un traitement judiciaire diligent et vigoureux.

Mahamadi SEBOGO msebogo@yahoo.fr

Ramadan : Les musulmans réaffirment leur attachement à la cohésion sociale

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La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a organisé une rupture commune de jeûne, le jeudi 23 mai 2019 à Ouagadougou. Elle a été une occasion pour les musulmans d’appeler les Burkinabè à la cohésion sociale et au mieux vivre-ensemble. «Ramadan et cohésion sociale», c’est sous ce thème que la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a placé sa rupture commune de jeûne, le jeudi 23 mai 2019 à Ouagadougou. En présence, entre autres, du président de l’Assemblée nationale, du chef de file de l’Opposition politique burkinabè, des autres confessions religieuses (catholiques et protestants) et des autorités coutumières, les fidèles musulmans ont appelé tous les Burkinabè à s’unir contre le terrorisme. Au nom du président de la FAIB, le Cheick Aboubacar Yugo a indiqué que les musulmans sont peinés que l’islam, religion de paix et de tolérance, soit utilisé comme alibi par des bandits sans foi ni loi. Il a ainsi rappelé les valeurs essentielles du Ramadan qui sont l’effort, le partage, le don de soi, la sincérité et une spiritualité profonde. Le jeûne et la prière, selon lui, doivent être accompagnés par la rencontre et le partage. Le Ramadan, a dit le Cheick Yugo, participe à cultiver entre les hommes la confiance de mieux-être avec Dieu et avec les autres. Il a ajouté que c’est en étant mieux avec les autres qu’on devient utile à la société. «C’est le lieu pour nous d’appeler les acteurs politiques et sociaux au dialogue en prenant en compte l’intérêt supérieur de la nation», a déclaré le chef religieux. Il a fait savoir que la FAIB est solidaire de toutes les causes équitables et se rangera toujours aux côtés du juste et du vrai. Il a donc invité toutes les communautés religieuses et coutumières à prier pour que le pays des Hommes intègres retrouve sa paix et sa cohésion sociale d’antan. Le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, le chef de file de l’Opposition politique, Zéphirin Diabré et les communautés coutumières et religieuses au Burkina Faso ont été tous unanimes que les terroristes cherchent à diviser les Burkinabè à travers l’ethnie et la religion. M. Diabré a salué l’initiative de la FAIB. «Nous sommes interpellés à faire en sorte que ces genres de communion se renforcent pour que nous restions soudés et unis», a-t-il souligné. Alassane Sakandé a affrimé que sa présence témoigne de l’engagement de l’Assemblée nationale à mettre le Burkina Faso sur le chemin de la cohésion et de la paix sociales.

Lassina BADOLO

Systèmes pénitentiaires en Afrique : Réflexions pour une humanisation des prisons

Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Bessolé René Bagoro, a présidé la cérémonie d’ouverture de la 5e conférence biennale de l’Association des services correctionnels d’Afrique (en anglais ACSA), le lundi 27 mai 2019 à Ouagadougou. Les travaux se déroulent jusqu’au 31 mai. A l’heure où la chaîne pénale burkinabè «négocie» une sortie de crise, Ouagadougou abrite, du lundi 27 au vendredi 31 mai 2019, la 5e conférence biennale de l’Association des services correctionnels d’Afrique (ACSA). Représentant le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, à la cérémonie d’ouverture de l’atelier, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, René Bagoro, a traduit tout l’honneur du Burkina d’être le premier pays francophone à organiser une telle rencontre. Placée sous le thème :  «Approfondir les réformes dans les administrations pénitentiaires : un objectif important», la conférence est le lieu d’échanges entre acteurs étatiques, intervenants pénitentiaires, experts nationaux et internationaux ainsi que les acteurs de la société civile intéressés par les questions de détention. Notant la pertinence du thème, René Bagoro a relevé la nécessité pour les systèmes pénitentiaires d’opérer continuellement des réformes pour s’adapter aux nouveaux défis, notamment institutionnels, normatifs, sécuritaires ainsi que ceux liés au respect des droits de la personne détenue. «En ce qui concerne le Burkina Faso, la Politique sectorielle justice et droits humains 2018-2027 se fixe pour, entre autres objectifs stratégiques, de contribuer à assurer la sécurité publique tout en favorisant la réinsertion sociale des détenus aux fins de l’humanisation des conditions de détention, le renforcement de la réinsertion sociale des détenus et l’amélioration de la gestion de l’administration pénitentiaire», a laissé entendre le ministre de la Justice.
Durant cinq jours, les acteurs étatiques, intervenants pénitentiaires et experts nationaux
et internationaux discuteront des réformes à apporter aux systèmes pénitentiaires en Afrique.
René Bagoro a, en outre, fait remarquer que la problématique liée aux prisons est transversale et qu’à cet égard, il convient de jeter un regard analytique sur tous les compartiments de la société. «Réfléchir à la prison, c’est voir du côté de la santé, de l’alimentation, du logement, de l’éducation, de l’emploi», a-t-il dit. Le Garde des Sceaux a, par ailleurs, admis que la surpopulation carcérale constitue un défi majeur des systèmes pénitenciers africains. A l’entendre, le Burkina Faso fait des efforts pour élargir les capacités d’accueil de ses centres de détention, avec actuellement 29 maisons d’arrêt et de correction et deux autres en chantier. «Le pays envisage également de développer des peines alternatives pour que l’emprisonnement ne soit pas systématique, ainsi que des activités d’humanisation», a soutenu le ministre pour qui l’insuffisance des moyens empêche la résolution des problèmes d’un trait. C’est d’ailleurs dans ce sens que les réflexions de cette 5e conférence, notamment les échanges d’expériences, seront très utiles, selon lui, pour envisager des approches nouvelles. De l’avis du directeur général de l’administration pénitentiaire, Eloi Guigma, l’objectif ultime de l’ACSA est de promouvoir le rôle des prisons et des systèmes correctionnels en Afrique pour apporter le plus d’humanité possible aux lieux de détention et préserver les droits des détenus. En somme, faire des prisons des lieux de socialisation et non de destruction des vies humaines. Le président de l’ACSA, le Mozambicain Jérémias Armando Cumbe et l’officier principal de l’association, Francis Omane Addo ont, chacun, loué l’hospitalité et la capacité d’organisation du Burkina Faso. Le président a rappelé que l’ACSA est une organisation inter gouvernementale de promotion des systèmes pénitentiaires à travers des réformes stratégiques, avec comme principal enjeu, l’érection de justices véritablement correctionnelles. L’association des services correctionnels d’Afrique a été créée en 2008 en Zambie et compte aujourd’hui 30 membres. Le Burkina Faso y a adhéré en 2014.

Fabé Mamadou OUATTARA

Dr Georges Ouédraogo, pneumologue tabacologue : «Le tabac n’a que des méfaits»

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le tabagisme, prévue le 31 mai, nous avons rencontré le Dr Georges Ouédraogo, pneumologue tabacologue, maître de conférences agrégé au service de pneumologie du CHU-YO et coordonnateur de l’unité de sevrage tabagique de l’hôpital Yalgado-Ouédraogo. Il revient sur les conséquences du tabagisme et l’état des lieux au Burkina Faso. Sidwaya (S) : Quelles sont les conséquences du tabac sur l’organisme ? Georges Ouédraogo (G.O.) : Le tabagisme est la cause de plusieurs pathologies dont les plus fréquentes sont les cancers, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires. Il affecte également la santé sexuelle et reproductive. A propos des cancers, il y a le cancer bronchique primitif qui est certainement la maladie dont le lien causal avec le tabagisme est le plus marqué. 85% des cancers bronchiques sont attribuables au tabac. Le tabac est également incriminé dans la survenue de cancers d’autres organes tels que la vessie, le rein, le pancréas, le col de l’utérus. Pour ce qui concerne les maladies respiratoires, le tabac a une responsabilité majeure dans la survenue des broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO). Environ 10 à 15% des fumeurs développent une obstruction bronchique chronique. Le tabac est l’un des facteurs de risque dans le développement d’une hypertension artérielle, d’une maladie chronique des membres inférieurs, des troubles du rythme cardiaque et des troubles de l’érection. Il faut préciser aussi que la diminution du taux de goudron des cigarettes ne modifie pas l’incidence de l’infarctus du myocarde chez le fumeur. Chez la femme, le tabagisme associé à la prise de pilule contraceptive multiplie par 20 le risque d’accident vasculaire cérébral. Par ailleurs, le tabagisme est responsable d’une diminution de la fécondité, d’une augmentation des avortements spontanés et d’une mortalité périnatale et néonatale plus importante. Le tabagisme entraîne des troubles de l’érection pouvant aller jusqu’à l’impuissance chez l’homme, des troubles de la menstruation chez la femme et une altération du sperme pouvant entraîner une stérilité. Il affecte aussi les yeux avec l’apparition de la cataracte avec risque de cécité. C’est pourquoi, nous disons que le tabac n’a que des méfaits. Il touche le tube digestif, la peau…tout le corps humain est touché. S : Quel est l’état des lieux au Burkina Faso ? G. O. : On estimait en 2013 à environ 1 300 000 fumeurs au Burkina Faso. Une prévalence qui tourne autour de 18,9% pour toute forme de tabac consommé, cigarette, tabac chiqué…Chez les jeunes, l’on a remarqué de nouveaux modes de consommation, la chicha. Elle constitue une porte d’entrée dans le tabagisme. Dans la cigarette, il y a plusieurs composantes. Les gens connaissent beaucoup plus la nicotine, les goudrons, mais connaissent moins le monoxyde de carbone. Il va se fixer dans le sang avec l’hémoglobine. Malheureusement, le monoxyde de carbone va prendre la place de l’hémoglobine et perturber l’équilibre de l’oxygène dans l’organisme. Dans la chicha, la densité du monoxyde de carbone est multipliée pratiquement par 12. Consommer une 1h de chicha peut représenter presqu’un paquet de cigarette. S : Quel est le nombre de personnes prises en charge par le centre ? G. O. : Nous sommes à 780 personnes qui sont venues solliciter un accompagnement pour arrêter de fumer. Dans ce lot, 98%, c’est la cigarette. Nous avons quelques cas de consommation de tabac chiqué. C’est beaucoup plus d’hommes que de femmes. Nous avons constaté qu’après le début de la prise en charge jusqu’à notre deuxième anniversaire en début mai, nous avons obtenu 20% qui ont arrêté de fumer. C’est vrai, ce n’est pas assez, mais sur presque 800, que 160 aient arrêté, c’est déjà pas mal. Nous sommes satisfaits. Là où, nous sommes inquiets, c’est que l’on s’est rendu compte que beaucoup d’adolescents (15-21 ans) consomment le tabac et le cannabis. Il y a des co-addictions qui débutent très tôt. Le plus jeune de nos patients reçus ici, a 15 ans. Donc dès cet âge, un jeune qui est en classe de 3e consomme déjà ces deux substances. Il y a forcément un impact sur son succès scolaire, sur le plan sanitaire et social. S : Quelles sont les astuces dont vous faites usage dans le cadre de la prise en charge des fumeurs qui désirent arrêter ? G. O. : Il y a des stratégies de prise en charge validées scientifiquement. Cela est à la disposition de tout le monde. Ce n’est pas qu’il est difficile d’arrêter, les études disent que si 75% de fumeurs veulent arrêter, il n’y a que 35% qui essaient d’arrêter. Dans ce lot, il n’y a que 5% qui arrivent à arrêter sans aide. Donc on peut bénéficier d’une aide pour arrêter. Nous recevons tous les patients ici, on fait une consultation, on essaie de comprendre l’histoire de votre tabagisme parce que la prise en charge est individualisée. Nous faisons l’examen pour voir s’il n’y a pas de maladies liées à la consommation du tabac. Et puis, nous proposons une prise en charge. Si la personne n’est pas dépendante, nous renforçons l’entretien motivationnel et on lui donne des astuces pour rester observant dans sa décision d’arrêter. Il y a plusieurs astuces, c’est de se convaincre soi-même qu’on a pris la décision, informer son entourage pour solliciter de l’aide, son épouse, ses enfants, ses collègues… Il y a des méthodes de rappel comme des cartes que l’on met à la place du paquet de cigarette ou quand on veut fumer, on plonge la main et on voit que c’est la carte. On se rappelle immédiatement. On leur apprend à gérer l’envie que de succomber. Par exemple se lever, quitter son bureau, aller quelque part, aller au robinet, se servir d’eau, aller au frigo, prendre un verre d’eau. Parce que l’envie de fumer ne dure qu’entre deux à trois minutes en moyenne. Donc, il suffit d’occuper ces minutes et l’envie part. C’est vrai que ça va revenir, mais ce sont des astuces que nous donnons à ceux qui ne sont pas dépendants. Ceux qui sont dépendants, il faut proposer des substituts. Ce sont des gommes ou des patches que nous prescrivons à l’intéressé. Ils vont essayer de remplacer la nicotine obtenue par la cigarette, par exemple pour freiner l’envie de succomber à la consommation. Ces produits sont dérivés de la nicotine mais ne sont pas nocifs pour l’organisme. Ils aident la personne à être abstinente. En fonction du degré de dépendance, on adapte la dose et la durée du traitement. S : Rencontrez-vous des difficultés dans la gestion du centre ? G. O. : Nous n’avons que des difficultés. D’abord, nous avons des problèmes au niveau des ressources humaines. Nous disposons d’un pneumologue, d’un cardiologue, de deux étudiants en spécialisation de pneumo qui nous appuient et nous avons une douzaine d’infirmiers issus du service de cardiologie de Yalgado. Il n’y a pas de personnel propre au centre. Nous travaillons dans nos services et nous essayons de nous aménager en fonction de notre emploi du temps. Nous faisons face à un manque de médicaments. Les substituts nicotiniques ne sont pas disponibles parce qu’ils ne sont pas classés comme des médicaments essentiels, mais comme des médicaments de parapharmacie. Donc c’est taxé à 47% plus les 18% pour la TVA. Ce sont des produits qui ne sont pas accessibles. La boîte de 28 patches coûte environ 98000 F CFA. Tout dépend du dosage, parce que vous trouverez des boîtes à 16 000 dosées à 7 milligrammes, mais il faut souvent aller jusqu’à 25 milligrammes ou 50. Pour les gommes, nous avons pu nous entendre avec certaines officines qui nous vendent en plaquette. Elles ne vendent pas tout le paquet. La plaquette de 15 gommes coute environ 3500-4500 F CFA. Alors que si la personne consomme six gommes par jour, en moins de trois jours, la plaquette est finie. C’est vrai que nous avions bénéficié d’un stock tampon pour commencer ce centre, mais actuellement le stock est épuisé. Les gens me disent autant continuer à fumer que d’aller acheter des gommes qui coûtent plus cher. Je crois qu’il faut travailler à ce que les substituts nicotiniques soient comme des médicaments essentiels pour contribuer au bien-être des patients. L’autre difficulté est liée au non-respect des rendez-vous. S : Qu’est-ce que vous prévoyez pour le 31 mai prochain ? G. O. : Cette année, nous ferons une semaine de consultation gratuite du vendredi 31 mai au vendredi 7 juin. Il y aura des affiches sur les conséquences du tabac au centre et des visites de stands…

Entretien réalisé par Gaspard BAYALA gaspardbayala87@gmail.com

Réforme du secteur de la justice : Les magistrats jugent les «incohérences»

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) organise, du 27 au 29 mai 2019 à Ouagadougou, la conférence des magistrats. Quatre ans après les Etats généraux de la justice (mars 2015), les magistrats burkinabè sont en conclave à Ouagadougou, du 27 au 29 mai 2019 à l’initiative du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Pour la Secrétaire permanente du CSM et présidente du comité d’organisation de la conférence des magistrats, dans le cadre de la mise en œuvre des réformes issues des engagements du «Pacte», il est judicieux de marquer une halte pour regarder le chemin parcouru, les progrès accomplis, les difficultés rencontrées, les forces et les faiblesses des textes adoptés en 2015, pour mieux tracer le chemin à parcourir. D’emblée, a précisé le vice-président du CSM, Souleymane Coulibaly, des avancées «considérables» ont été enregistrées avec notamment la «déconnexion du pouvoir judiciaire de l’exécutif». «Cette réforme audacieuse et même révolutionnaire à plusieurs égards dans la sous-région constitue un pas de géant vers l’indépendance totale du système judiciaire au Burkina Faso», a-t-il estimé.
… aux magistrats autour des difficultés rencontrées dans l’application des réformes législatives.
Et d’ajouter que la mise en place du Secrétariat permanent du CSM en 2016 a permis de mettre en œuvre de «façon concrète» certaines réformes, dont celles relatives à l’évaluation des magistrats, la mise en œuvre des appels à candidature, la mise en place de la commission d’admission des requêtes, la préparation des sessions du conseil de discipline, la mise en œuvre de la limitation à cinq ans de la durée d’occupation d’un poste dans les tribunaux de grande instance, l’organisation de sessions de renforcement de capacités pour les membres du CSM, etc. Pour M. Coulibaly, les difficultés rencontrées à la suite de la tenue des quatre sessions du conseil de discipline en 2018 prouvent que le chemin est encore long pour atteindre une auto gestion idéale du CSM. «Les réformes législatives de la Transition contiennent des limites objectives dont il convient de prendre la mesure afin de proposer des mesures correctives idoines pour une plus grande efficacité de l’institution judiciaire de notre pays. C’est à ce travail que nous sommes invités durant les trois jours que va durer cette conférence», a-t-il lancé. Cela est d’autant plus vrai, a fait savoir le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, René Bagoro, que ces réformes législatives semblent comporter des incohérences avec certaines dispositions constitutionnelles si bien que leur relecture s’avère impérative. «J’ai déjà mis en place un comité chargé de mener la réflexion dans ce sens et je m’engage à reverser les recommandations issues de vos travaux à ce comité», a-t-il dit aux magistrats. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a ajouté René Bagoro, il est devenu nécessaire pour le pays, d’œuvrer pour un fonctionnement optimal de l’appareil judiciaire. «Celui-ci se doit d’être diligent, professionnel, impartial et conscient des enjeux et des conséquences de sa passivité, de son laxisme ou de son indélicatesse», a-t-il conclu.

Synthèse Jean-Marie TOE