Abattage massif du karité: Où en sommes-nous avec les opérations de saisies ?

Des tas de bois de karité entassés aux abords de nos routes nationales témoignent la vulnérabilité de l’espèce dite pourtant protégée.

Au Burkina Faso, le karité n’est pas un simple arbre. Il est mémoire, économie, identité. Il est l’ombre qui protège les paysans contre l’ardeur du soleil sahélien. Il est la main nourricière des femmes qui transforment ses noix en beurre exporté aux quatre coins du monde. Il est un symbole national, un patrimoine vivant. Pourtant, aujourd’hui, cet arbre sacré souffre en silence, sous les coups répétés de la hache et sous le poids de l’indifférence.

Le Vitellaria paradoxa, espèce protégée au Burkina Faso, est officiellement intouchable. Les textes existent. Les discours officiels le célèbrent. On vante sa contribution à l’économie nationale, son rôle dans la lutte contre la pauvreté, son importance écologique dans la restauration des sols. Mais sur le terrain, la réalité est toute autre. Le karité est devenu bois de chauffe. Dans les campagnes comme aux abords des villes, il n’est pas rare d’apercevoir des troncs de karité débités en morceaux, empilés en tas le long des voies.

La route Ouagadougou/Bobo-Dioulasso par exemple en est une illustration parfaite. Des chargements entiers sont transportés à moto, en charrette ou en camionnette, direction les marchés urbains. Là, les bûches sont vendues à la pièce pour alimenter les foyers domestiques et les petits restaurants. L’arbre protégé devient marchandise ordinaire. La pression démographique, la pauvreté persistante, l’absence d’alternatives énergétiques accessibles à tous expliquent en partie cette dérive.

Pour beaucoup de ménages, le bois reste la principale source d’énergie. Et quand il faut choisir entre protéger un arbre et faire cuire le repas du jour, la survie immédiate l’emporte sur la préservation à long terme. Pourtant, des milliers de femmes vivent de la collecte et de la transformation de ses noix. Le beurre de karité est exporté vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique. Ce qui revient à dire que chaque arbre abattu est une source de revenus future qui disparaît. Selon les scientifiques, le karité joue aussi un rôle écologique majeur. Ses racines stabilisent les sols et limitent l’érosion. Son ombrage protège les cultures associées, notamment le mil et le sorgho. Il participe à la séquestration du carbone.

Une tolérance coupable

Du fait de son importance écologique dans la restauration des sols, le karité n’est pas qu’un arbre parmi d’autres, mais un patrimoine collectif.

Les tas de bois de karité exposés au vu et au su de tous témoignent d’une tolérance coupable. Où sont les services forestiers ? Où en sommes-nous avec les opérations de saisies ? Où est l’application rigoureuse de la loi ? Il serait injuste de faire porter toute la responsabilité aux populations. Elles agissent souvent par nécessité. Mais, il serait tout aussi irresponsable de fermer les yeux. La protection du karité ne peut se limiter à des déclarations d’intention. Elle exige des actions concrètes.

C’est-à-dire : renforcer les contrôles, sanctionner les trafiquants organisés, subventionner le gaz butane, et développer les énergies alternatives accessibles en milieu rural. Les autorités doivent également investir dans la replantation et la régénération naturelle assistée. Chaque arbre coupé devrait être remplacé. Des campagnes de sensibilisation doivent rappeler que le karité n’est pas qu’un arbre parmi d’autres, mais un patrimoine collectif. Les collectivités territoriales, les organisations paysannes et les associations de femmes ont un rôle clé à jouer dans cette mobilisation.

Car, si rien n’est fait, le paysage burkinabè pourrait changer de visage. Les champs jadis parsemés de majestueux karités risquent de se transformer en étendues nues, exposées aux vents et à l’érosion. Les générations futures nous demanderont des comptes. Elles demanderont pourquoi, nous avons laissé disparaître un trésor que la nature nous avait confié. Protéger le karité, ce n’est pas défendre un arbre. C’est défendre une économie locale, une culture, un avenir. Il est temps que les autorités prennent pleinement leurs responsabilités. Que la loi cesse d’être théorique et devienne effective. Il est temps que le Burkina Faso choisisse de préserver son or vert plutôt que de le réduire en cendres.

Paténéma Oumar OUEDRAOGO

 

Légende
1- Des tas de bois de karité entassés aux abords de nos routes nationales témoignent la vulnérabilité de l’espèce dite pourtant protégée.
2- Du fait de son importance écologique dans la restauration des sols, le karité n’est pas qu’un arbre parmi d’autres, mais un patrimoine collectif.
3- En abattant les arbres, c’est la production du beurre de karité qui prend un coût et partant, une menace pour l’économie nationale.

 

VOIR PH ACTU VERT………….MAC ZANGO

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