Burkina : le procès pour corruption impliquant des magistrats et d’autres prévenus renvoyé au 2 février, leurs demandes de liberté rejetées

Le procès mettant en cause des magistrats, des douaniers et des avocats, poursuivis pour des faits de corruption d’agent public, de divulgation d’identité de témoin et de blanchiment de capitaux, ouvert vendredi, 16 janvier  2026, au TGI de Koupéla, a été renvoyé pour jugement au 2 février 2026 devant la même juridiction. Les requêtes de mise en liberté provisoire ont été rejetées.

Acceptation de cadeaux indus, corruption d’agent public, divulgation d’identité de témoin, détention d’arme à feu, blanchiment de capitaux et trafic d’influence figurent, entre autres, parmi les chefs d’accusation retenus contre les prévenus, dont des magistrats.

Tous ont comparu le vendredi 16 janvier 2026 devant le Tribunal de grande instance de Koupéla, a constaté l’AIB.

Après une première suspension de 20 minutes sollicitée par la défense pour concertation, l’audience a repris avec une demande de renvoi du dossier sous huitaine. Le parquet n’y a pas trouvé d’inconvénient.

À l’appui de cette requête, les parties ont invoqué la nécessité pour les conseils de mieux s’approprier le dossier, conformément à l’article 321 du Code de procédure pénale, qui dispose que « si le dossier n’est pas en état de recevoir jugement, il est renvoyé à une date ultérieure ».

« Comment défendre des prévenus dont on ne maîtrise pas le dossier ? », s’est interrogée Me Antoinette Ouédraogo, avant d’ajouter que juger ces acteurs dans ces conditions, « c’est les envoyer dans un couloir sans limite ».

 

Si les parties se sont accordées sur le principe du renvoi, la date et la forme de celui-ci ont donné lieu à de longs débats entre le parquet, le siège et la défense, entraînant une nouvelle suspension de l’audience de 20 minutes.

À l’issue de cette pause, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire pour jugement au 2 février 2026.

Les principes de l’article 321 ayant été actés, une longue plaidoirie s’ensuivit sur les demandes de mise en liberté provisoire des mis en cause et de dégel des comptes de plusieurs d’entre eux.

Selon les avocats de la défense, la détention doit rester une exception. Ils ont soutenu que leurs clients sont disposés à comparaître librement afin de défendre leur honneur et que leur mise en liberté n’affecterait ni la suite de la procédure ni la manifestation de la vérité.

Ils ont également affirmé qu’elle n’entraînerait aucune subornation de témoins.

Les conseils ont en outre souligné que plusieurs décisions judiciaires, dépendant de la situation de certains mis en cause, sont en attente et que l’acceptation de leurs requêtes soulagerait de nombreux justiciables.

Pour le Procureur, bien que les garanties de représentation des prévenus et l’absence de risque de pression sur les témoins soient reconnues, la mise en liberté ne saurait être accordée, car elle pourrait engendrer des troubles à l’ordre public.

Il a également estimé qu’une telle mesure susciterait un sentiment d’injustice au sein de l’opinion publique.

S’agissant de la demande de dégel des comptes, le Procureur a estimé qu’au stade actuel de la procédure, il serait hasardeux d’y faire droit, arguant que cela pourrait laisser présager de l’orientation du dossier.

Cette position a suscité de vives réactions de la part de la défense, qui a rétorqué que, sur le plan sécuritaire, personne n’en veut aux mis en cause, rappelant que depuis 2021, aucune plainte n’a été enregistrée contre eux.

Les conseils ont également critiqué la notion de trouble à l’ordre public évoquée par le parquet, estimant que les décisions de justice ne doivent pas être rendues pour satisfaire l’opinion publique.

« La liberté n’est pas un privilège, mais un droit auquel tout prévenu peut prétendre, surtout dans une procédure de flagrance », ont-ils conclu.

Statuant publiquement, en matière correctionnelle et avant de se prononcer sur le fond, le tribunal a rejeté les demandes de mise en liberté provisoire et de dégel des comptes des personnes mises en cause.

Pour rappel, dans un communiqué en date du 12 novembre 2025, le Korag avait mis en cause dix magistrats (président de chambre, procureur général, substitut général, procureur du Faso, juge d’instruction, juge au siège, entre autres) et un avocat pour des faits de corruption d’agent public, de divulgation d’identité de témoin, de détention d’arme à feu, de blanchiment de capitaux et de trafic d’influence.

Dans le cadre de cette affaire, une série d’interpellations d’acteurs de la justice, suivie d’auditions menées courant octobre 2025, a révélé l’existence d’un vaste réseau d’agents indélicats à la Cour d’appel de Ouagadougou.

En tant que magistrats officiant à Ouagadougou la loi impose qu’ils soient jugés dans un autre tribunal d’où la raison de Koupéla qui relève de la Cour d’appel de Fada N’Gourma.
Agence d’Information du Burkina
YOS/ata

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