Emile Zerbo, ministre chargé de l’Administration territoriale: « La loi sur le statut de la chefferie coutumière et traditionnelle est un motif de fierté pour le Burkina Faso »

Le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Emile Zerbo, a traduit sa gratitude aux chefs coutumiers pour avoir donné de leur savoir pour la rédaction du texte de loi.

L’Assemblée législative de Transition a adopté, à l’unanimité, le projet de loi portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle au Burkina Faso. Dans une interview accordée à Sidwaya, jeudi 15 janvier 2026, à Ouagadougou, le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Emile Zerbo, revient sur la quintessence de cette nouvelle loi.

Sidwaya (S) : Le statut de la chefferie coutumière et traditionnelle a fait l’objet de nombreux débats dans le passé. Quelles sont les raisons qui ont prévalu à l’élaboration et à l’adoption de cette loi ?

Emile Zerbo (E.Z) : Il faut déjà dire que la chefferie coutumière et traditionnelle est une organisation sociopolitique de notre pays. Et, c’est l’une des plus anciennes. Elle a contribué à beaucoup d’événements dans ce pays ; que ce soit bien avant notre indépendance ou après l’indépendance. Elle a participé à beaucoup de luttes pour l’autonomie de notre pays. Mais, depuis lors, elle n’avait jamais été intégrée dans l’ordonnancement de notre pays. Ce qui est quelque chose de très fort. Alors, à l’Assemblée nationale, le texte de loi sur le statut de la chefferie traditionnelle a été adopté. C’est un motif de fierté pour nous. Et, il faut reconnaître que cela a pu avoir lieu grâce à la détermination de Son Excellence le capitaine Ibrahim Traoré et de Son Excellence monsieur le Premier ministre qui nous ont appuyés dans bien des cas pour que ce dossier puisse être adopté.

S : De façon concrète, quel rôle l’Etat consacre justement à la chefferie coutumière avec l’adoption de cette loi ?

E.Z. : Il faut dire que la chefferie coutumière traditionnelle a déjà un rôle dans notre société de par son essence. Alors, nous n’apportons pas grand-chose à son rôle, qui est de participer à la cohésion sociale. Elle a un rôle judiciaire, par exemple, qui lui est reconnu.
Aujourd’hui, tout ce que nous demandons, c’est un appui de la chefferie traditionnelle, un accompagnement. La chefferie traditionnelle devient comme un partenaire du gouvernement dans la mise en œuvre des politiques du gouvernement. Que ce soit au niveau sécuritaire, social et de l’environnement. Mais, en réalité, c’est une photographie de ce qu’elle faisait déjà comme activité, comme fonction sur le terrain.

S : L’adoption de cette loi implique un ancrage institutionnel de la chefferie coutumière et traditionnelle. Quelles sont désormais les prérogatives de la
chefferie coutumière au Burkina Faso ?

E.Z. : On va parler des droits de la chefferie coutumière et traditionnelle. Les animateurs sont des citoyens comme les autres. Donc, ils ont des droits qui sont liés déjà au fait qu’ils soient citoyens burkinabè. Mais, à côté de cela, il faut dire qu’aujourd’hui, nous avons un certain nombre de droits qui leur sont accordés à travers ce texte. Par exemple, les palais seront protégés. Les lieux où ils font les rites seront également protégés. Le chef coutumier est protégé contre toutes sortes de menaces venant d’ailleurs. C’est vrai que c’était déjà prévu en tant que citoyen, mais c’est beaucoup plus renforcé à travers ce texte. De plus, les chefs coutumiers et traditionnels auront un document spécifique pour leur identification et d’autres marques d’identification. Il faut dire aussi qu’ils ont un
privilège de juridiction. On ne le souhaite pas, mais si jamais il arrivait que le chef coutumier ait un problème judiciaire, il ne sera pas jugé devant ses sujets, par exemple. Le nouveau statut lui donne le privilège de juridiction. Il
y a bien d’autres choses qu’on peut citer, comme les macarons, qui permettront aux chefs coutumiers d’être identifiés lorsqu’ils se déplacent, lorsqu’ils sont hors de leur palais. Par ailleurs, leur rang protocolaire sera revu.

S : Concrètement, que dit la loi au sujet des modes de dévolution de la chefferie traditionnelle ?

E.Z. : Il faut dire qu’il y a des entités coutumières et traditionnelles qui existent dans notre pays, qui sont identifiées. Et, les modes de dévolution de la chefferie traditionnelle ne sont pas les mêmes, qu’on soit sur le plateau mossi ou qu’on soit à l’Ouest du Burkina Faso. Alors, il sera question pour les entités de codifier les règles de dévolution. Et, au niveau de l’administration, cela va être consacré à travers un texte réglementaire.

S : Le processus d’élaboration du texte de loi a-t-il été inclusif ?

E.Z. : Il faut dire que c’est un texte inédit. Je ne l’ai peut-être pas rappelé assez. Parce que c’est la première fois qu’un texte de ce genre est adopté au Burkina Faso. Il y a eu, bien sûr, des tentatives qui n’ont pas abouti. Et, cela date. Mais, depuis que nous avons pris le dossier en main, les chefs coutumiers ont participé à toutes les rencontres. Je veux bien signaler, par exemple, que quand je prenais service, il y avait un blocage.
Il n’y avait aucun texte. Le blocage était dû au fait que la chefferie a estimé que le nombre qui leur était donné pour participer aux activités n’était pas représentatif. Alors, nous avons donné à la chefferie traditionnelle un certain nombre de places du département pour aller très vite et aboutir à
un texte. Nous avons travaillé ensemble. A aucun moment, le texte n’a été fait en catimini. Il faut que les gens le sachent. Je l’ai répété hier devant les représentants des chefs qui étaient à l’Assemblée législative. Si cela n’était pas vrai, ils l’auraient certainement fait savoir après.

S : Un dernier mot ?

E.Z : Je voudrais remercier les chefs de ce pays parce qu’ils ont donné de leur temps, parce qu’ils ont donné de leur savoir pour la rédaction de ce texte. Je compte sur eux pour que la mise en application soit aussi facile qu’a été l’élaboration du texte.

Interview réalisée par Soumaïla BONKOUNGOU

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