Igor Martynov, ambassadeur de la Fédération de Russie au Burkina Faso : « Des dizaines de pays dans le monde souffrent du non-respect de leurs droits souverains »

A l’occasion de la Journée du diplomate célébrée le 10 février de chaque année, l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Burkina Faso, Igor Martynov, revient dans cette interview sur l’importance de cette journée pour les diplomates russes, les défis de la diplomatie moderne, les principaux résultats de la diplomatie russe au cours de l’année 2025, l’état actuel des relations entre la Russie et le Burkina Faso et les perspectives russo-burkinabè.

 

Le 10 février, la Russie célèbre la Journée du Diplomate. Quelle est son importance pour les diplomates russes ?

Aujourd’hui, nous célébrons une fête professionnelle qui réunit plusieurs générations de diplomates ayant consacré leur vie au service de la Russie. L’histoire moderne de la célébration des diplomates de notre pays remonte à 2002, lorsque le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a décidé d’instaurer cette date importante.

A l’occasion de la Journée du Diplomate, nous préservons précieusement la mémoire et honorons les mérites des diplomates éminents de notre pays qui, en toutes circonstances, ont fermement défendu les intérêts de la Patrie. Nous nous souvenons de nos aînés qui ont contribué à la victoire lors de la Seconde Guerre mondiale sur le front de la politique étrangère, qui ont apporté une contribution inestimable à la formation de la coalition antihitlérienne, puis à la création de l’Organisation des Nations Unies et à l’adoption de sa Charte, dont les principes et les objectifs restent d’actualité à ce jour.

La date de cette fête est liée à la première mention documentaire, en 1549, du Posolsky Prikaz (Bureau des ambassadeurs), la première structure étatique de l’histoire de notre pays chargée des affaires étrangères. Cependant, l’âge du service diplomatique russe est beaucoup plus ancien.

Au cours de leur histoire, les diplomates de notre pays ont accompli de nombreuses réalisations qui ont changé le destin de millions de personnes et de dizaines de pays. La situation géopolitique unique de notre pays a déterminé un éventail exceptionnellement large d’intérêts en matière de politique étrangère. La Russie ne pouvait en aucun cas se permettre de mener une politique étrangère passive ou isolationniste. Au contraire, les intérêts du pays l’ont constamment contraint à jouer non seulement un rôle actif, mais aussi, dans une large mesure, un rôle moteur et déterminant dans les affaires internationales.

 

Parlez-nous des défis auxquels est confrontée la diplomatie moderne.

La situation sur la scène internationale se dégrade de plus en plus, les conflits anciens s’exacerbent, de nouveaux foyers de tension graves apparaissent. Dans le même temps, la diplomatie, la recherche d’un consensus et de solutions de compromis sont de plus en plus remplacées par des actions unilatérales, et même très dangereuses. Et au lieu d’un dialogue entre les Etats, on entend le monologue de ceux qui, forts de leur puissance, estiment pouvoir dicter leur volonté, donner des leçons de vie et donner des ordres. Des dizaines de pays dans le monde souffrent du non-respect de leurs droits souverains, du chaos et de l’anarchie, et ne disposent pas de la force et des ressources nécessaires pour se défendre.

Au début de l’année 2026, nous avons été témoin d’événements sans précédent : l’invasion armée des Etats-Unis au Venezuela, qui a fait des dizaines de morts et de blessés, ainsi que l’enlèvement et l’exil du Président légitime du Venezuela, Nicolás Maduro, et de son épouse. Parallèlement à ces actions, nous observons des menaces à l’encontre de Cuba et d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Les tentatives déclarées de forces extérieures visant à déstabiliser la situation politique en Iran sont profondément préoccupantes. Les pays occidentaux s’ingèrent dans les affaires intérieures de ce pays et cherchent à obtenir un changement de pouvoir. L’Europe et les Etats-Unis continuent de soutenir le régime de Kiev.

Fin janvier de cette année, une attaque armée a été perpétrée contre la base aérienne 101 et l’aéroport international de Niamey, la capitale du Niger. Notre pays a fermement condamné cette nouvelle incursion des extrémistes. Je rappelle qu’une attaque similaire avait eu lieu en septembre 2024 contre l’aéroport de la capitale malienne. Selon les informations disponibles, des forces extérieures fournissant un soutien technique et des services de formation sont impliquées dans les actions des terroristes.

 

Selon vous, quels sont les principaux résultats de la diplomatie russe au cours de l’année passée ?

La Russie a apporté une contribution significative au renforcement des fondements d’un ordre mondial multipolaire équitable. La coopération pratique avec les Etats et les associations de la Majorité mondiale a été considérablement élargie.

L’année dernière, la Russie a célébré le 80e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. L’un des événements internationaux les plus importants a été le défilé de la Victoire, auquel ont participé le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine et les dirigeants d’États amis, parmi lesquels figurait le Président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. A l’initiative de la Russie, une séance solennelle de l’Assemblée Générale des Nations Unies a été organisée au siège de l’ONU en mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, et la résolution annuelle sur la lutte contre la glorification du nazisme et le néonazisme a été adoptée par 44 États.

La Russie a renforcé ses positions sur le continent africain. Un mécanisme de dialogue « Russie – Confédération des Etats du Sahel » a été mis en place au niveau des Ministres des Affaires Etrangères. La Deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique, qui s’est tenue au Caire en décembre 2025, a établi les bases pour la tenue du prochain sommet russo-africain en 2026.

 

Comment évaluez-vous l’état actuel des relations entre la Russie et le Burkina Faso?

Nos relations sont amicales et stratégiques. Les échanges entre nos pays se multiplient. L’année dernière, le Président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, s’est rendu à Moscou, et une réunion des ministres des Affaires Etrangères entre la Russie et la Confédération des États du Sahel a eu lieu. Des représentants russes de haut niveau ont également visité Ouagadougou, parmi lesquels le ministre de l’Energie de la Fédération de Russie, Sergueï Tsivilev, et la cheffe du Service fédéral de surveillance de la protection des droits des consommateurs et du bien-être humain de la Fédération de Russie, Anna Popova.

Le domaine humanitaire connaît un développement actif. Un laboratoire mobile antiépidémique basé sur une structure pneumatique a été remis à la Partie burkinabè. Il permettra de travailler avec des agents pathogènes pertinents pour la région africaine, tous groupes de pathogénicité confondus, et de mener plus de 200 recherches par jour.

A Ouagadougou, le Centre de langue russe a été ouvert dans les locaux de la Maison russe, avec le soutien de l’Université d’Etat des sciences humaines et pédagogiques du Sud-Oural.

Un accord a été signé entre les mairies de Ouagadougou et de Novossibirsk pour établir des liens de jumelage et coopérer dans les domaines de la culture, de l’éducation et des technologies numériques.

En juillet 2025, la Partie russe a remis à la Partie burkinabè, 709,5 tonnes de pois jaunes (2,5 millions de dollars), livrés dans le cadre de la contribution supplémentaire de la Russie au Programme alimentaire mondial des Nations Unies par l’intermédiaire du ministère russe en charge de la Défense civile, des Situations d’urgence et de l’Elimination des conséquences des catastrophes naturelles (EMERCOM).

L’ambassade de la Fédération de Russie au Burkina Faso a organisé, en collaboration avec nos amis de la « Maison russe » et de « Africaine Initiative », des événements culturels et des expositions. En février 2025, nous avons notamment tenu une soirée musicale avec le quintette de la Philharmonie d’Etat de Novossibirsk.

 

Quelles sont les perspectives du partenariat russo-burkinabè ?

Je pense que les perspectives des relations bilatérales sont très positives. La signature de documents fondamentaux – l’Accord sur les bases des relations et l’Accord sur la création d’une commission intergouvernementale russo-burkinabè – est prévue dans un avenir proche.

Une base juridique contractuelle est en cours d’élaboration, les fondements juridiques de nos relations sont en train d’être posés, de plus en plus d’entreprises russes s’intéressent au marché burkinabè et proposent de nouveaux projets de coopération. Un projet de construction d’une centrale nucléaire se réalise, la coopération en matière de renforcement de la sécurité au Burkina Faso se poursuit.

Nos pays coordonnent étroitement leurs actions sur la scène internationale, notamment dans le cadre des Nations Unies et d’autres organisations internationales, ainsi que dans le cadre de la Confédération des États du Sahel.

La Russie a l’intention de continuer à aider le Burkina Faso à rétablir la légalité et l’ordre constitutionnel, et à contribuer à la répression des groupes radicaux qui subsistent dans certaines régions du pays.

Ambassade de Russie au Burkina

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