La situation sociopolitique en Libye connait un regain de tourments susceptibles de raviver les tensions consécutives au décès du guide de la Jamahiriya islamique, Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011, à Syrte, dans son bastion. Ces développements, pour le moins inattendu, surviennent à une période charnière pour la Libye, alors que les efforts tous azimuts se poursuivent pour trouver une solution politique pour l’unification des institutions et mettre fin à la division entre l’Est et l’Ouest.
Ainsi, tout ce qui se rapporte à Saïf al-Islam Kadhafi, figure de proue de la scène politique du pays, pourrait avoir des répercussions sur ces efforts, soit en alimentant les tensions, soit en modifiant les équilibres de pouvoir potentiels. Alors qu’il était pressenti comme le successeur potentiel de son père, Saïf al-Islam Kadhafi, un des fils de l’ancien dirigeant libyen a été assassiné, mardi 3 février dernier, à Zintan, dans le Nord-Ouest du pays.
En rappel, arrêté en novembre 2011 dans le Sud de la Libye, à la suite d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes présumés contre l’humanité, Saïf al-Islam Kadhafi avait été condamné à mort en 2015 par un tribunal de Tripoli, à l’issue d’un procès expéditif. Il avait, ensuite, bénéficié d’une amnistie. Cet assassinat alimente les débats en interne comme à l’extérieur rappelant que depuis le renversement du régime de Kadhafi par les armées de l’OTAN, à l’initiative de la France de Nicolas Sarkozy et du Royaume-Uni de David Cameron en 2011, la Libye ne s’est jamais remise de cette intervention. La suite de cette intervention impérialiste est connue de tous.
Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU et un exécutif à Benghazi, contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au Sud du pays. Bien qu’officiellement favorable aux initiatives onusiennes de réunification, Saïf al-Islam représentait un danger politique majeur pour les deux camps.
Bien plus, sa disparition est une épine de plus dans le pied de la médiation du Comité de haut niveau de l’Union africaine dont la présidence est assurée par le chef de l’Etat congolais, Denis Sassou N’Guesso. Cela dit, faut-il craindre une escalade de la violence ? Ce scénario n’est pas à exclure même si certains trouvent que la mort de Saïf al-Islam lève un obstacle majeur pour la tenue des futures élections dans le pays. Ce qui est plausible, c’est que son assassinat va davantage creuser des divisions communautaires et régionales, laissant craindre des représailles de la part de ses partisans tribaux ou des milices qui le soutenaient.
Pour ce faire, la médiation doit se remettre sur pied afin d’éviter d’éventuelles troubles. Au- delà de tout, la mort de Saïf al-Islam marque la fin potentielle de l’influence politique des Kadhafi, car, étant perçu comme un héritier potentiel de la politique kadhafiste. Bien que des enquêtes aient été ouvertes pour situer les responsabilités et les mobiles du crime, la question, désormais, est de savoir si les institutions fantomatiques de la Libye et la communauté internationale parviendront à empêcher que cet assassinat ne devienne le prélude d’un nouveau chapitre de chaos, anéantissant les derniers espoirs de consensus dans un pays épuisé par près de quinze ans de conflits.
Soumaïla BONKOUNGOU






