L’Offensive agropastorale et halieutique impulsée par le gouvernement a engendré chez les agriculteurs, sur l’ensemble du pays, une nouvelle dynamique dans la production agricole et par conséquent, la quête de souveraineté alimentaire. Dans la province du Boulgou, région du Nakambé, le village de Bidiga en est une illustration parfaite. Grâce à la plaine agricole aménagée du barrage de la localité, plusieurs cultures y sont pratiquées se soldant par des résultats probants au profit de la population de cette partie du Pays des Hommes Intègres. Constat !
La campagne sèche tire à sa fin, partout, au Burkina Faso. Nous sommes au mois de mars 2026. Il est difficile de trouver des adultes dans certaines concessions. Nombre d’agriculteurs prennent d’assaut les périmètres irrigués aménagés à leur profit pour des productions diverses. Comme à l’accoutumée, les cultures maraichères occupent une place de choix dans le quotidien du monde paysan dans cette période de l’année. La population de Bidiga, un village situé à une quinzaine de kilomètres de Tenkodogo, dans la province du Boulgou (région du Nakambé), est dans la dynamique.
Ce patelin abrite l’une des plus importantes retenues d’eau de la province, cumulant un débit initial de 935 000 m3 d’eau. Sa plaine agricole s’étend sur près de 40 hectares aménagés. Elle est exploitée par des producteurs de 12 villages environnants, qui pour la culture maraîchère, qui pour des besoins pastoraux, des besoins des cultures vivrières, notamment. « La plaine agricole du barrage de Bidiga joue un rôle important non seulement pour le village et, partant, pour l’ensemble de la province », relève un responsable administratif de la localité.

Lingani (milieu), souhaite la dotation de sa structure en matériel adéquat.
Il est environ 10 heures lorsque nous arrivions sur les lieux. Un vaste espace aménagé, à perte de vue, se laisse voir. Des exploitants de ces périmètres aménagés sont en plein travaux. La présence de nombreuses femmes est remarquable. En cette période de campagne agricole sèche, l’oignon, la tomate, le chou, les légumineuses et récemment le blé sont les spéculations cultivées. Le riz, le maïs, le niébé et bien d’autres sont les cultures les plus pratiquées en période humide.
Damata Bilgo, âgée d’une quarantaine d’années, travaille sur la plaine agricole depuis 5 ans. Mère de cinq enfants, elle s’intéresse à la production de l’oignon, de l’oseille et de la tomate. Bien que le tarissement précoce du barrage constitue l’une de ses principales difficultés, elle ne cache pas sa satisfaction pour ce qu’elle a récolté pendant les deux campagnes agricoles. « Les productions des femmes, c’est pour la famille. Avec nos revenus, ce sont nos maris qui sont soulagés », raconte-t-elle, dénouant son bébé pleurnichard de moins de deux ans au dos.
20 tonnes de riz cédées à l’Etat
Pour Dame Bilgo, l’importance de la plaine agricole du barrage n’est plus à démontrer, en raison de son apport à l’amélioration des conditions de vie des producteurs. « Ce sont les fruits de la plaine qui nourrissent tout notre village », confie-t-elle. C’est pourquoi, elle invite l’ensemble des occupants de la plaine à renforcer leur cohésion pour plus d’efficience dans leurs activités diverses. A ce propos, le chef de la plaine agricole de Bidiga, Clément Sanou, rassure que l’ensemble des producteurs sont organisés en coopératives permettant le bon déroulement des travaux.
« Nous avons pu mettre en synergie toutes les sociétés coopératives des différentes filières de production que sont les sociétés coopératives des producteurs maraichers, de riz, récemment de blé et des femmes transformatrices du riz. Tout est bien organisé à leur profit », soutient M. Sanou. Grâce à cette dynamique, atteste le chef de plaine, des résultats probants ont été réalisés au cours de la saison écoulée. « Les producteurs ont cédé environ 20 tonnes de céréales, composées majoritairement du riz à l’Etat dans le cadre de la collecte bord-champs de la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS) », a fait savoir M. Sanou.
Mais, se convainc-t-il, cela ne les empêche pas de subvenir à leurs besoins alimentaires et nutritionnels. C’est ce que confirme le président de la Société coopérative des maraichers, Boureima Saré. Il se dit confiant quant à la capacité des producteurs à toujours mettre à la disposition du village et des localités environnantes, le nécessaire pour s’alimenter. « Ici, nous n’avons pas peur », a laissé entendre laconiquement, ce père d’une dizaine d’enfants. Il indique que la coopérative qu’il dirige est forte de près de 200 personnes, avec en majorité des femmes. L’oignon, la tomate, le chou, les aubergines … sont produits par les membres de sa coopérative. Epoux de trois femmes, M. Saré, dit exploiter le périmètre agricole depuis plus d’une quinzaine d’années.

Fort de cette expérience de maraicher, le sexagénaire confie que le regroupement des producteurs de la plaine en sociétés coopératives permet de faciliter l’appui de l’Etat à leur profit, à travers ses services déconcentrés. A ce sujet, M. Saré cite l’encadrement technique, l’octroi d’intrants, le traitement des cultures en cas d’attaque de maladies. « Il arrive que chaque producteur se retrouve avec 20 caisses de tomate par saison. C’est grâce à la vente de ces produits que de nombreuses personnes prennent en charge la scolarité de leurs enfants et même les charges en cas de maladie », explique-t-il. Pour la continuité de leurs activités en saison sèche, il souhaite que le barrage soit curé afin que l’eau ne tarisse plus précocement. « Sur les conseils du technicien d’agriculture, nous avons débuté nos travaux tôt. C’est ce qui nous a permis d’avoir ce qui est là. Sinon, l’eau allait finir avant la maturité des plantes », relate-t-il.
« Tous les producteurs sont heureux cette année »
Sa préoccupation est partagée par le producteur, Yacouba Wandaogo. Il est le président d’une coopérative de producteurs de riz forte de 106 membres. Il garde espoir que la question de l’ensablement du barrage trouvera une solution diligente grâce à la volonté des autorités qui, de son point de vue, s’échinent à réunir toutes les conditions pour dynamiser le secteur agricole sur toute l’étendue du territoire national. En attendant, il indique qu’il y a de réels motifs de satisfaction dans l’exploitation de la plaine agricole. Ancien immigré, Yacouba Wandaogo, s’est finalement stabilisé sur la terre de ses ancêtres pour profiter du barrage de sa localité. Pendant la campagne humide, confie-t-il, il a cultivé du riz qui lui a permis de récolter plus de quatre tonnes par hectare. « Tous les producteurs sont heureux cette année », foi de M. Wandaogo.
En termes d’écoulement de la production, l’ex-aventurier se félicite de la facilité de la vente. « Il n’y a pas de mévente », dit-il. La raison, détaille-t-il, est qu’une bonne partie du riz produit dans la plaine est transformée localement par la société de transformation du riz Nombor de Bidiga. Composée de 86 femmes de la localité, la structure a vu le jour grâce au ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, le commandant Ismaël Sombié, qui a mis à leur disposition un local pour le stockage du riz. Selon sa présidente, Korotimi Lingani, le riz est acheté sur place, chez les exploitants de la plaine, transformé et conditionné dans des sacs de 25 et 50 kg, puis revendu respectivement à 11 000 et 22 000 F CFA. Traduisant sa reconnaissance aux autorités du secteur pour leur accompagnement, elle appelle à l’aide en vue d’acquérir une décortiqueuse pour renforcer le fonctionnement de la société. Par ailleurs, Korotimi Lingani et ses camarades appellent au bon entretien du barrage. Cela, soutient-elle, pour garantir la production notamment du riz qui constitue, de son point de vue, l’une des principales activités de la plaine.
C’est à cette tâche de sensibilisation pour garantir la pérennité de l’infrastructure hydraulique que le président du Comité des usagers de l’eau (CUE) de Bidiga, Ousmane Tarnagda, se livre dans le village. L’une de ses difficultés, c’est la réticence de certains riverains du barrage qui, souligne-t-il, en dépit des actions de sensibilisation, continuent de cultiver aux abords des berges. Toute chose, regrette M. Tarnagda, qui est à l’origine de l’ensablement du barrage que tous déplorent. C’est pourquoi, il appelle au bon sens de tous les usagers de l’infrastructure. « Le barrage est un bien commun. Il faut travailler à ce qu’il soit préservé », lance-t-il.
Un moteur dans la croissance économique de la province

Sanou : « il y a une très bonne synergie
d’actions entre les différents producteurs ».
Il est appuyé par le chef du village de Bidiga. Il invite à son tour, la population à son bon entretien pour le bien de tous. « En plus de la population locale, notre barrage profite à d’autres localités mais aussi aux Personnes déplacées internes (PDI) qui vivent avec nous. C’est grâce aux activités de la plaine que nous nous en sortons », laisse entendre le chef du village. Ces propos sont corroborés par le Directeur provincial (DP) de l’agriculture, de l’eau et des ressources halieutiques du Boulgou, Issa Pabgo, pour qui, le barrage de Bidiga est capital non seulement pour le village mais aussi pour l’ensemble de la province. « Grâce à sa plaine agricole, le barrage permet de ravitailler les différents marchés en légumes frais et en céréales », déclare-t-il. Cette performance, révèle M. Pabgo, est à l’actif des différents appuis permanents de l’Etat au profit des producteurs, dans la bataille lancée pour la souveraineté alimentaire. A ce titre, il énumère, entre autres, des dotations en intrants agricoles, en semences, en produits phytosanitaires etc., pour permettre aux exploitants d’avoir de bons rendements.
Toutefois, le directeur provincial reconnait que l’une des principaux goulots d’étranglement est l’ensablement du barrage. Il rassure que des actions sont déjà engagées au niveau local pour atténuer l’impact du tarissement précoce de l’eau, notamment le respect du cycle de

production de la plaine.
production et la réadaptation du calendrier agricole. « Des dispositions ont été prises pour le curage du barrage afin que nous ayons plus de superficie irriguée et permettre à la plaine de Bidiga de jouer son rôle dans l’atteinte de la souveraineté alimentaire et nutritionnelle au Burkina Faso », ajoute-t-il. Cela, fait savoir le responsable provincial, est d’autant plus crucial que l’infrastructure hydraulique joue un rôle important dans la vie socio économique des populations et dont l’impact est visible.
En effet, M. Pabgo observe que 80% de la production sont réinvestis dans la consommation locale et 20% vendus sur le marché. « C’est un moteur essentiel dans la croissance économique de la province », affirme-t-il. Par ailleurs, il félicite les producteurs de blé de la plaine qui, pour une première expérience, ont pu relever les défis. « Cinq hectares ont été emblavés avec des résultats satisfaisants. Et des engagements ont été pris pour doubler les superficies », affirme-t-il . Pour plus d’efficacité, il invite à une bonne gestion du barrage afin qu’il puisse toujours servir de sève nourricière pour l’ensemble de la population.
Soumaïla BONKOUNGOU
Plaine agricole de Bidiga, un levier contre l’immigration
A la faveur de l’offensive agropastorale et halieutique, l’engouement pour le retour à la terre est plus qu’une réalité avec des résultats tangibles dans diverses localités. Des jeunes de certaines régions, connues pour leur propension à l’immigration, ont été séduits par les initiatives de promotion de l’agriculture et de l’élevage et ont saisi l’occasion pour se réaliser. A Bidiga, dans la commune de Tenkodogo, le dynamisme de la plaine agricole du barrage a conduit à « sédentariser » nombre de jeunes au détriment de l’immigration. Sont de ceux-là, Yacouba Wandaogo qui, après quelques années à l’extérieur, a décidé de revenir à la terre d’où il tire de bons revenus pour le bien-être de sa famille. Cette nouvelle dynamique est reconnue par les autorités locales qui entendent accompagner les intéressés pour booster le développement endogène.
S.B
Une fourrière pour sécuriser les récoltes
Afin de sécuriser les productions dans la plaine agricole du barrage de Bidiga, des initiatives locales sont développées. Ainsi, il a été décidé de commun accord entre producteurs, de mettre en fourrière tout animal aperçu dans les périmètres aménagés. En application à cette directive, une dizaine d’espèces asines ont été « attrapées » et gardées dans un endroit clos. Les propriétaires devront s’acquitter d’une somme d’argent avant d’entrer en possession de leurs animaux. Cette mise en fourrière permet d’éviter les éventuels conflits en lien avec la divagation des animaux, préjudiciables à la cohésion sociale.
S.B






