Se marier pour le pire et divorcer pour le meilleur !

Avant, le mariage n’était pas une entreprise personnelle, une aventure solitaire de chasseur de charme. Il ne dépendait pas des futurs mariés. Dans la société traditionnelle, il arrivait même que les deux tourtereaux ne se connaissent même pas et se découvraient à quelques jours ou mois du mariage. Un père pouvait donner une femme à son fils et un autre pouvait offrir la main de sa fille à un homme. L’amitié entre deux hommes pouvait engendrer un mariage entre deux de leurs enfants. La générosité, le courage, l’intégrité d’un homme étaient des valeurs sociales, catalyseurs d’union entre deux enfants de deux familles. Bref, il y avait toujours une histoire de gloire à raconter derrière un mariage et quand on parle d’histoire, il ne s’agit pas des histoires de trottoirs d’un soir, des histoires de pénombre nuitamment relatées sur une paillasse de passe. Il s’agit plutôt d’expériences de vie chargées de sagesse, vécues et partagées avec humilité et dignité dans l’antre de la tradition. Parce que dans la tradition, le mariage était une obligation doublée d’une éthique sociale qui valorisait les conjoints.

Avoir une femme ou un mari était un baromètre de responsabilité et on ne logeait pas les jeunes célibataires à la même enseigne que les mariés. Etre marié était un statut qui conférait une certaine place sociale, une certaine posture. Le mariage élevait l’homme et la femme au rang d’adulte responsable. On peut donc aisément imaginer qu’être célibataire endurci devait être le statut de tous les péjoratifs en termes de responsabilité sociale et d’amour-propre. Entre le célibataire et le marié, il y avait une marge de liberté et d’innocence à jouir pour le premier et un espace d’austérité et de devoir à assumer au quotidien pour le second. Le mariage était un alliage de conjoints appelés à marcher dans les sillons des devanciers, malgré les orages. On comprend donc que l’on ne pouvait pas divorcer d’avec sa femme ou son mari, dans la mesure où l’initiative du mariage ne venait ni de l’un ni de l’autre. On ne pouvait pas de façon unilatérale répudier sa femme ou quitter son mari pour une raison ou pour une autre si cette raison n’était pas validée par le père qui avait donné ou l’ami qui avait reçu. Dans cette perspective, sceller ou défaire les liens du mariage était un exercice qui allait même au-delà du couple. C’est parfois une affaire qui réunit les deux familles et c’est en fonction de la gravité de la crise que le divorce peut au forceps être envisagé ou décidé.

Aujourd’hui, se marier, c’est comme entrer et se balader dans la vie de l’autre puis en ressortir gagnant ou bredouille selon les intentions de départ. C’est avoir les moyens d’organiser une fête grandiose, avoir l’argent de la superbe robe de mariée et du plus beau costume de marié, avoir l’argent de la bague dorée de mariage et hop, on saute dans le tas avec toute l’armada de la monstration banale ! Oui, nos mariages sont devenus pompeux, parce qu’il y a plus de klaxons que de réflexion ; plus d’acrobaties que de diplomatie, plus de cacophonie que d’harmonie ; plus de superflu que de plus-value. Depuis que le mariage est devenu une fin en soi, le plus important, c’est de se marier coûte que coûte, sans se préparer à vivre à deux, sans bien se connaître, sans apprendre à s’accepter et à se respecter, sans « mode d’emploi ». On se marie pour le meilleur avec les pratiques du pire. Les témoins de mariage sont des quidams choisis au pifomètre dans le rang des acolytes parfois alcooliques. Ces témoins ne peuvent même pas vous montrer le nord en plein jour sans balancer. Leur conseil sonne comme un cri de guerre. Parfois c’est au maquis que certains de ces témoins reçoivent les mariés en difficulté. Il y a même des témoins qui ne sont pas en odeur de sainteté avec leur conjoint. Quand un témoin de mariage dort dans le fauteuil du salon, que peut-il apporter de conciliant à un couple qui bat de l’aile. Quand un témoin de mariage n’a de hauts faits que de méfaits dans les bombances nocturnes de noctambule sans scrupule, quel recul !

De nos jours, le mariage est devenu une simple formalité à remplir à la mairie, à l’église ou à la mosquée. Après la ferveur digérée et le départ des foules qui se saoulent, certains couples se rendent compte que leur union est un projet de vie à vie et que la survie de cette union dépend d’abord d’eux. Les premiers mois de l’idylle ont un goût de miel et certains foyers ont la saveur d’une ruche. Mais au fil du temps qui passe, s’émousse l’amour qui crashe, se fâche et se tasse sous le poids des clashs et tant pis pour la casse. Au cœur des crises à série, les deux tourtereaux font tonneau dans un foyer de braise où ils se regardent en chiens de faïence au point de se donner dos pour chercher le sommeil. Les « je t’aime » sont devenus des totems, les câlins ont un goût de venin, les compliments n’apportent plus de suppléments aux sentiments. La piste de décollage pour le septième ciel n’est plus rien d’autre qu’une pelouse aride en jachère, faute de matchs. Le couple n’a aucun ressort pour remonter la pente ; aucun oncle de confiance, parce qu’ils ne l’ont jamais cherché avant leur mariage. Aucune tante confidente, parce qu’ils se sont toujours en passés. Le comble, c’est qu’ils n’ont pas l’adresse de Dieu. On ne réussit pas un foyer qu’avec de la tendresse ; il faut une once de sagesse et de foi. Quand le spirituel manque à l’amour, la vie à deux devient une solitude partagée sans sollicitude. Dans ce cas, le divorce n’est plus le pire ; il devient même le meilleur moyen d’échapper au pire. Vite, des écoles de mariage !

 Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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