Sénégal : l’amitié à l’épreuve du pouvoir

L’amitié de longue date entre le Président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, survivra-t-elle à la politique ? Si les deux hommes, martyrisés sous le régime de Macky Sall, ont affiché une unité sans faille au début de leur accession au pouvoir en mars 2024, ils étalent à présent leurs divergences sur la place publique. Le premier couac est intervenu en novembre 2025, au sujet du choix de la personnalité pour conduire le chantier de restructuration de la coalition « Diomaye Président » qui a porté le duo au pouvoir.

Désigné pour mener à bien cette mission, Aïda Mbodj, surnommé « la maman de Sonko », pour sa proximité avec le leader du parti, Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), a été remerciée par le chef de l’Etat et remplacée par l’ex-Premier ministre, Aminata Touré. Sonko s’est vivement démarqué du choix de cette personnalité, dont il ne partage pas les valeurs et principes. Aussi, le PASTEF avait-il désavoué l’acte du Président Faye, estimant qu’il n’a pas les prérogatives pour démettre Aïda Mbodj de ses fonctions. Foi de Sonko, l’exercice du pouvoir doit s’organiser autour du PASTEF, le parti majoritaire et locomotive de la coalition présidentielle, pas autrement.

Ayant pesé de tout son poids pour imposer la candidature à succès de Faye, la sienne étant compromise par des affaires judiciaires, Sonko apparait en faiseur de roi et entend visiblement avoir une mainmise sur l’appareil d’Etat. Cette posture gêne-t-il le chef de l’Etat, au point de l’amener à vouloir s’affranchir de son ami et mentor politique ? Des officines tapis dans l’ombre travailleraient-elles à éloigner Faye de Sonko et du PASTEF ? En politique, tout est possible.

Si le président sénégalais écarte toute trahison envers son ami et frère Sonko, il vient de poser un autre acte à polémique. Faye a présidé, le samedi 7 mars dernier, la première Assemblée générale (AG) de sa coalition « Diomaye Président ». Il a tout l’air, que cette entité se positionne désormais comme une altérative au PASTEF. Le chef de l’Etat veut-il véritablement tourner le dos à Sonko, à qui il a promis passer la main en 2029, pour rester aux commandes du pays ?
En tous les cas, l’ambiance entre les deux têtes de l’Exécutif sénégalais ne semble plus au beau fixe.

Une semaine avant la tenue de l’AG de la coalition « Diomaye Président », Sonko a menacé de retirer le PASTEF du gouvernement et de retourner dans l’opposition, si le chef de l’Etat ne respecte pas la vision commune. Si ce scénario venait à se produire, le pays va sombrer dans une grave crise politique, tant on connait la popularité et l’estime des Sénégalais pour Sonko. En réalité, des divergences idéologiques minent la relation des deux dirigeants. Le Président Faye ne veut pas opérer une rupture totale, comme l’entend Sonko, un panafricaniste de gauche assumé.

En l’espèce, il refuse de pratiquer une « justice des vainqueurs », assimilable aux poursuites judiciaires engagées contre des dignitaires du régime Sall et une politique souverainiste vis-à-vis des Occidentaux. Les divergences semblent profondes, mais Faye et Sonko peuvent encore travailler à sauver leur relation qui bat de l’aile. Leur combat pour l’alternance, leurs déboires judiciaires et leur accession au pouvoir, quelques jours après être sortis de prison, regorgent de plein d’enseignements, que des intérêts égoïstes ne sauraient occulter.

Le PASTEF a pris le pouvoir en vendant aux Sénégalais, un programme de gouvernance, qu’il doit honorer pour garantir sa réputation et assurer sa survie. Le parti présidentiel doit tenir promesse vis-à-vis des électeurs, qui lui ont confié la destinée du Sénégal, dans l’espoir d’un véritable changement. Faye et Sonko, au-delà des ambitions les animant individuellement, en portent l’entière responsabilité…

Kader Patrick KARANTAO

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.