Une élection sans enjeux

Les élections présidentielles sur le continent africain se poursuivent et, à quelques exceptions près, se ressemblent. En ce début d’année, c’est l’Ouganda, pays d’Afrique australe, qui sera le premier à ouvrir le cycle des scrutins présidentiels, après un processus jalonné de troubles dans la classe politique. En effet, aujourd’hui 15 janvier 2026, le peuple Ougandais se rendra aux urnes, officiellement pour élire leur nouveau président.

Au nombre des candidats en lice, figure en pole position le Président sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. Face à lui, on note des personnalités de premier plan dont le leader de l’opposition, Robert Kyagulanyi, plus connu sous son nom d’artiste, Bobi Wine, l’ancien chef militaire Mugisha Muntu, connu pour son engagement contre la corruption et Nandala Mafabi, député et ancien chef de l’opposition au parlement.
Si le scrutin est très attendu, à y voir de près, cette élection couplée aux législatives, pour renouveler les 529 membres du Parlement, s’avère sans enjeu majeur avec un avenir incertain pour le pays.

Cela, au regard des forces en présence dans cette course pour la magistrature suprême et de l’évolution socio politique du pays. Au pouvoir depuis 40 ans, Yoweri Museveni, âgé de 81 ans, est de loin le grand favori du scrutin pour un septième mandat. Ce d’autant plus qu’il a l’appareil électoral en sa faveur. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que d’aucuns estiment que le scrutin est déjà joué d’avance soulignant que l’enjeu principal réside désormais dans l’après Museveni étant donné que le fils du président, Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée, est cité comme son successeur potentiel, nonobstant la pression de l’opposition et une partie du peuple qui n’attendent qu’une véritable alternance à la tête de l’Ouganda.

Malheureusement, force est de constater que l’espoir d’un changement ne sera pas concrétisé de sitôt. Après la modification de la Constitution à deux réprises pour supprimer les limites d’âge et de mandat et la mise sous silence de l’opposition, l’élection présidentielle ougandaise ne sera qu’une façade. Permettra-t-elle de « protéger les acquis » de la stabilité de l’Ouganda. Rien n’est moins sûr !

En attendant, on se rappelle que plus de 300 personnes ont été arrêtées depuis septembre 2025 et au moins 400 partisans de la Plateforme d’unité nationale (NUP) de Bobi Wine sont actuellement détenus. Ce qui fait craindre que cette élection, déjà sous tension, ne réveille les vieux démons dont les souvenirs de la période préélectorale de 2021 restent encore vivaces dans les esprits. En novembre 2020, au moins 54 personnes ont été tuées lors de manifestations qui ont suivi l’arrestation du leader de l’opposition,

Bobi Wine. Reste à savoir si la coupure totale d’Internet, à la veille de cette consultation électorale, pour, dit-on, prévenir la désinformation, la fraude électorale et l’incitation
à la violence, peut éviter les éventuelles troubles. Par-delà tout, la classe politique et l’ensemble du peuple ougandais devraient travailler à privilégier le dialogue pour ne pas plonger le pays dans des violences post électorales, souvent préjudiciables au développement des pays en voie de démocratisation.

 

Soumaïla BONKOUNGOU

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