Au Burkina, la couverture du risque vieillesse est principalement assurée par les régimes obligatoires de sécurité sociale. Il s’agit de la souscription des fonctionnaires à la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO) et les salariés du secteur privé (et assimilés) à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Toutefois, les prestations versées par ces régimes sont souvent insuffisantes pour maintenir un niveau de vie décent à la retraite. Pour mieux préparer leurs retraites, certains travailleurs souscrivent à une ou plusieurs assurances retraites complémentaires. Zoom sur les avantages d’un produit assurantiel de sécurité financière pour l’après vie mais peu connue par les travailleurs.
Ignace Bako, un enseignant du primaire est à la retraite depuis le 1er février 2021. Dans la commune de Ténado, une localité située à 25 kilomètres du chef-lieu de la région de Nando, il savoure aujourd’hui une vie paisible et sereine après plus de 30 ans de service rendu à la Nation. Ayant eu la clairvoyance de souscrire bien avant la fin de sa carrière à deux assurances retraites complémentaires, à savoir l’assurance vie de l’Union des assurances du Burkina (UAB) et celle de la Société nationale d’assurance et de réassurance (SONAR), il n’a pas eu besoin d’attendre son Indemnité de départ à la retraite (IDR) pour se lancer dans une activité. Pour sa première souscription, il a commencé par cotiser 6 000 F CFA par mois, puis, quelques années après, il est passé à 12 000 F CFA pendant 25 ans. Pour la deuxième assurance, il a cotisé 6 000 F CFA chaque mois pendant 15 ans.
Dès que l’heure de sa retraite a sonné, celui-ci a demandé la suspension des souscriptions chez les deux assureurs à partir du mois de janvier 2021. « J’ai introduit la procédure de paiement de mes primes. Quatre semaines tout au plus, j’ai été contacté pour recevoir mon chèque de 2 000 000 FCFA à SONAR. L’UAB, elle m’a fait un virement d’environ 4 000 000 F CFA. Avec cette somme, j’ai ouvert un maquis- restaurant bien équipé non loin de ma cour et acheter une voiture pour mes déplacements. En plus, je fais de l’élevage de lapin et de porc », explique-t-il, l’air heureux d’avoir réussi sa retraite. Cette activité lui offre un réel confort et une tranquillité d’esprit. Libéré des inquiétudes financières, M. Bako vit pleinement sa vie de retraité.
Il arrive à faire face aux dépenses imprévues, soutenir sa famille quand le besoin se fait sentir et s’accorder des plaisirs autrefois remis à plus tard à cause du boulot. Aujourd’hui, ses journées sont rythmées par son sport matinal et des rencontres entre amis dans son maquis qui ne désemplit pas. « C’est devenu le lieu de retrouvailles des retraités de la ville de Ténado. Ça cartonne bien pendant les weekends et les 21 de Ténado, jour de marché qui draine du monde », nous fait-t-il comprendre.
Une retraite préparée

Fier de ses choix passés, ce retraité incarne l’exemple d’une retraite bien préparée. Son assurance retraite complémentaire n’a pas été seulement un appui financier mais la clé d’une vieillesse active et épanouie, vécue sans stress et avec le sourire. « Si c’était à refaire, j’avoue que j’allais souscrire à 25 000 F CFA chaque mois car aujourd’hui je ne regrette vraiment pas ce que j’ai fait. L’assurance retraite complémentaire est une réalité et elle agrémente la vie du retraité », renchérit le retraité Bako. Toute cette aisance qu’il vit est due au fait que le désormais retraité a préparé cette étape de sa vie. « J’avais plafonné mon salaire à un seuil donné, de tel sorte que je sois habitué à vivre avec ma pension.
Du coup, je ne sens pas ma retraite en dehors du fait que je n’exerce plus », relève -t-il.
Comme lui, plus de trois ans, François Kaboré, journaliste de formation, est lui aussi à la retraite depuis le 26 décembre 2022. Il a lui aussi eu confiance à la société d’assurance UAB et a souscrit à une assurance retraite complémentaire pour une durée de 20 ans. Son aventure a commencé en 1997 avec un montant de 5000 F CFA, puis 7500 F CFA et enfin 10 000 F CFA. Le contrat de François Kaobré est arrivé à terme en 2017, à cinq ans de sa retraite. Celui-ci a préféré toucher sa prime pour s’acheter une voiture. « Il me restait cinq ans pour aller à la retraite. Mais, j’avais besoin de la somme pour m’acheter une voiture pour mes déplacements. J’ai touché la somme d’environ 3 000 000 F CFA. Mais, j’avais toujours cette possibilité de poursuivre la cotisation. Je ne regrette pas d’avoir souscrit à ce produit », relève M. Kaboré.
Quand on veut préparer sa retraite, suggère le Directeur général adjoint (DGA) de Sunu assurance vie Burkina Faso, Boukari Savadogo, le plus important n’est pas le montant mais la durée. Il est important de s’y prendre très tôt, dès le début de la carrière. « Il est bon de commencer avec un niveau de prime soutenable et faire évoluer le montant des cotisations au fur et à mesure que les revenus augmentent », ajoute-t-il. En effet, cette assurance vise à accompagner les salariés dans la constitution d’une épargne supplémentaire pour assurer leurs vieux jours. « Il est ouvert aux personnes physiques de 18 à 65 ans avec des conditions », précise le DGA Boukari Savadogo.
Selon la directrice des assurances, Djénèba Dao, l’assurance retraite complémentaire est un contrat qui permet à une personne physique ou morale (salarié ou employeur) de constituer, au fil du temps, un capital ou une rente viagère destinée à compléter les revenus à la retraite. Il repose sur un mécanisme d’épargne programmé où l’assuré verse régulièrement des cotisations qui sont placées et valorisées jusqu’à la liquidation de ses droits. « Le produit est ouvert à toute personne âgée d’au moins 18 ans avec une prime minimale mensuelle de 1 000 F CFA et cette prime peut évoluer au fur et à mesure que les revenus augmentent.

que l’assurance retraite complémentaire
est une occasion pour
le travailleur de bien préparer sa retraite
La prime peut être prélevée à la source par son employeur ou encore par sa banque », explique le (DGA) de Sunu assurance vie Burkina Faso. A l’entendre, sur les cotisations, il y a l’obligation de résultats dans la rémunération de l’épargne au taux d’intérêt garanti de 3,5 %. En plus de l’intérêt garanti, les contrats d’épargne-retraite reçoivent une rémunération additionnelle appelée participation aux bénéfices. « Cela signifie que lorsque nous réalisons des produits avec l’épargne de nos assurés, nous partageons une bonne partie avec eux. Ainsi, à la retraite, l’assuré peut prendre l’intégralité du capital constitué en une fois, ou convertir l’intégralité du capital constitué en rente certaine ou viagère (payable jusqu’au décès de l’assuré) », informe-t-il.
Une sécurité financière garantie
A écouter la directrice des assurances, l’assurance retraite offre une source de revenus complémentaire à la retraite, permettant de maintenir un niveau de vie décent après la fin de l’activité professionnelle. L’assuré peut donc choisir le montant et la périodicité des cotisations selon ses capacités financières avec parfois la possibilité d’ajuster en cours de contrat. Elle poursuit qu’en cas de décès avant l’âge de la retraite, le capital accumulé peut être versé aux bénéficiaires désignés, assurant ainsi une protection pour les proches. Les pensions issues des régimes de base étant souvent insuffisantes, l’assurance retraite permet de combler l’écart et d’assurer un revenu plus confortable.
En plus, « j’avais cette possibilité de retirer de l’argent sur mon capital que je remboursais durant une année. Je l’ai fait à plusieurs reprises pour payer la scolarité des enfants. J’avoue que le remboursement était vraiment soutenable », soutient le retraité Bako.
Malgré tous ces avantages, l’assurance retraite complémentaire enregistre un faible taux d’engouement de la part des travailleurs. Selon les données issues de l’exploitation des compagnies d’assurances, le Burkina Faso compte environ 1 108 510 souscripteurs en assurance décès, épargne et retraite en 2024 répartis dans les sept sociétés d’assurances vie. Ce chiffre est faible au regard du nombre des travailleurs qui existent au Burkina Faso. Il s’explique par le fait que le produit est méconnu et bon nombre de travailleurs n’ont pas confiance à ces sociétés d’assurances.
Un produit est méconnu

à la Nation, je n’ai jamais entendu
parler de l’assurance retraite
complémentaire, sinon j’allais
souscrire », regrette le retraité
Mathieu Bationo
Pour le 2e vice -président de l’Association nationale des retraités du Burkina Faso, Clement Yaméogo, un ancien agent de la Banque nationale de développement (BND), ce type d’assurance vie n’existait pas en dehors des régimes obligatoires de sécurité sociale, à savoir la CARFO et la CNSS. Licencié, le 28 février 1994, pour raison de privatisation de ladite banque, il a dû attendre 2003 pour bénéficier de sa pension retraite à la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO). Il regrette n’avoir jamais su qu’il existait d’autres alternatives pour préparer la retraite. « A notre époque, c’était les épargnes obligatoires à la CARFO ou à la CNSS qu’on connaissait. Voilà pourquoi je n’ai pas souscrit », indique -t-il.
Selon lui, les travailleurs de nos jours ont plusieurs facilités pour réussir leur retraite. C’est une bonne chose. Cela contribue à améliorer les conditions de vie du retraité. « Dans mon cas, si j’avais eu cette possibilité, j’allais bénéficier de mon argent après mon licenciement. Car, j’ai dû batailler dur pour scolariser mes enfants. J’invite les travailleurs, surtout les nouvelles recrues à souscrire dès à présent », exhorte-t-il.
Même son de cloche chez Mathieu Bationo, technicien supérieur de l’agriculture de formation. Depuis le 31 août 2021, il jouit de sa retraite après 36 ans de service. C’est dans la commune rurale de Ténado qu’il passe ses vieux jours. « En dehors de ses consultations de temps en temps, il n’a d’autres ressources que sa pension, pourtant, il a eu une riche carrière. « J’ai eu la chance d’exercer dans le public comme au privé, je n’ai jamais entendu parler d’assurance retraite complémentaire. Si j’avais su à l’époque, j’allais souscrire dans plusieurs sociétés afin de mieux préparer ma retraite car, actuellement, j’ai toujours des jeunes enfants à scolariser.
Et ma passion ne suffit pas », souligne M. Bationo. Pour lui, l’assurance retraite est un bon produit car, elle permet au travailleur d’épargner en dehors de ses épargnes habituelles. « Une fois à la retraite, ce capital va nettement améliorer tes vieux jours », souligne-t-il. A cet effet, il invite tout travailleur à souscrire, car, il y va de sa survie après la fonction.

nationale des retraités du
Burkina Faso, Clement Yaméogo
invite les travailleurs du public et
du privé à souscrire à l’assurance
retraite complémentaire.
De l’avis de M. Savadogo, beaucoup ignorent encore qu’un tel produit existe ou ne saisissent pas comment il fonctionne. Mais, pour des contraintes financières, certains pensent que verser des primes régulières sur de longues années semblent lourd et d’autres, pour un manque de confiance, ils hésitent à mettre de l’argent de côté à long terme, de peur de ne pas pouvoir récupérer.
Et la directrice des assurances pense qu’à travers des campagnes de sensibilisation et de communication adaptées aux réalités et besoins des populations dans les zones rurales, le produit sera vulgarisé.
Boukari Savadogo encourage donc tout travailleur à voir la rente comme un investissement pour son futur car, en contribuant aujourd’hui, il sécurise sa vie de demain. « Car, plus on commence tôt, plus l’épargne est fructueuse sur le long terme », martèle dame Dao.
Fleur BIRBA
fleurbirba@gmail.com
Ce qu’il faut savoir en cas de différend
« En cas de différend entre un assureur et un assuré, la partie la plus diligente peut saisir la direction des assurances. Lorsque des manquements aux dispositions du Code des assurances sont constatés, la direction enjoint la société concernée de régulariser la situation dans un délai donné afin de rétablir la victime dans ses droits et lui demande de rendre compte de l’exécution des mesures prises. En cas de non-exécution par la société, elle peut saisir la Commission régionale de contrôle des assurances (CRCA), organe communautaire de régulation et de sanction. Elle peut alors requérir de la Commission, l’ouverture d’une procédure de sanction à l’encontre de la société d’assurance fautive pour non-respect de ses obligations légales en matière d’indemnisation des victimes. En complément de l’injonction de rétablir la victime dans ses droits, ladite commission peut prononcer diverses sanctions à l’encontre de la société d’assurance concernée mais également à l’endroit de ses dirigeants. Ces mesures peuvent être disciplinaires ou administratives et comprennent l’avertissement, le blâme, l’amende, la démission d’office des dirigeants ou encore le retrait d’agrément ».
Source : La direction des assurances






