
« Faso Mêbo », en langue mooré, « le Burkina se construit », est une Initiative présidentielle sous l’impulsion du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. Elle vise à améliorer l’aménagement urbain, à renforcer la cohésion nationale et à promouvoir l’utilisation des ressources locales dans la construction d’infrastructures publiques. Lancée d’abord à Ouagadougou, l’initiative, aujourd’hui, Agence Faso Mêbo, a pris ses quartiers depuis avril 2025 à Bobo-Dioulasso, dans la région du Guiriko avec les mêmes objectifs. Dans cet entretien, le coordonnateur régional de l’Agence Faso Mêbo du Guiriko, le capitaine Elvis Kapioko, revient sur les objectifs de cette initiative, le bilan, et les perspectives pour l’année 2026.
Sidwaya (S) : En mars 2025, le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, lançait l’Initiative présidentielle Faso Mêbo (aujourd’hui Agence Faso Mêbo) à Ouagadougou. Trois mois après, l’initiative s’est déportée à Bobo-Dioulasso dans la région du Guiriko. Dites-nous les objectifs recherchés par cette initiative ?
Coordonnateur régional de l’Agence Faso Mêbo du Guiriko, Capitaine Elvis Kapioko :
Elvis Kapioko (EK) : L’objectif de l’Agence Faso Mêbo est de participer au développement du pays, notamment en désenclavant des zones par la réalisation d’infrastructures routières. Aujourd’hui, Faso Mêbo a pris ses marques dans la région du Guiriko à travers de grands chantiers. Partout dans la ville, vous allez constater qu’il y a beaucoup de chantiers de reprofilage. Le but de tous ces travaux, est d’améliorer la mobilité de nos populations parce qu’il y a certains quartiers qui n’arrivent pas à se communiquer du fait du mauvais état des voies. Donc c’est aussi apporter cette touche tout en combinant les différentes missions.
S : Y a-t-il eu une adhésion de la population à l’initiative ?
EK: Il faut saluer le très fort engouement de la population. Dès les premiers moments de l’initiative dans la région, on a tout de suite senti que l’initiative était très attendue par les populations. Il y a eu des jours où on refusait du monde sur le site tant il y avait de volontaires et de contributions pour nous accompagner.
S : Justement, concernant les contributions, recevez-vous suffisamment de ressources pour vos travaux ?
EK: Ce n’est pas encore suffisant vu notre ambition d’améliorer la mobilité et d’embellir le paysage des villes. Les contributions nous permettent d’avancer certes, mais nous avons des besoins spécifiques. Notre souci majeur est la disponibilité en concassé de granit, élément crucial pour le pavage et la confection de dalots. Parfois, nous faisons venir le granit concassé de Ouagadougou, ce qui limite nos actions. Nous souhaiterions aussi plus de colorants pour apporter de la couleur à nos pavés et améliorer le rendu visuel.
S : Plusieurs chantiers sont en cours, comme la voie d’accès au CHU de Pala ou la route de Samandéni. Quel est l’état d’avancement de ces différents chantiers ?
EK: Nous sommes satisfaits du niveau de réalisation des différents chantiers. Le tronçon du CHU de Pala était un grand défi étant donné qu’il se trouve dans une zone de forêt et au cœur d’un dépotoir. Nous avons dû effectuer des excavations de 2 à 3 mètres de profondeur pour stabiliser le terrain afin de pouvoir continuer les travaux. A ce jour, on a pu stabiliser toute cette zone et les travaux de terrassement se poursuivent très bien. Il faut dire que sur ce chantier, en plus de la bretelle d’accès, il y a un parking d’environ 3,5 hectares qui est en cours de réalisation. Pour ce qui est du chantier de la route de Samandéni, le rythme est encore plus accéléré parce que nous ambitionnons de rendre ces ouvrages-là avant l’arrivée de la saison des pluies. Outre ces deux chantiers majeurs, nous avons réalisé une rue pavée témoin au niveau de la rue 16.51 qui permet de connecter l’Avenue Charles de Gaulle au Boulevard de la Révolution. C’était une phase expérimentale que nous comptons implanter dans la ville de Bobo-Dioulasso. A ce titre même, on a eu une rencontre avec les autorités locales pour impliquer toutes les parties prenantes possibles dans le choix des routes à paver et également dans la méthodologie pour que ça soit assez inclusif.
S : Quel est le niveau de satisfaction de l’ensemble de ces réalisations à ce jour ?
EK: De façon générale, et au vu des retours que nous avons, la population est satisfaite des travaux. Mais nous, à notre niveau (ndlr Agence Faso Mêbo), nous trouvons que le rythme est encore lent. C’est pourquoi nous voulons aller encore plus vite. Donc actuellement, nous sommes en train de prospecter différents chemins pour pouvoir accélérer ces travaux-là.
S : Justement, quel est le rythme qu’il faut implémenter en 2026 pour accélérer les différents chantiers ?
EK: Comme le chef de l’Etat l’a dit pour le cas de l’autoroute, nous comptons aller à un rythme infernal parce que nous voulons accélérer ce développement. Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire en même temps. Et cela passe par une main-d’œuvre abondante. Et cette main-d’œuvre, on ne va pas aller la chercher ailleurs, c’est par nos propres forces que nous allons le faire. Donc je profite de cette occasion aussi lancer un appel aux populations pour qu’elles adoptent ces travaux. Que les populations se joignent aux travailleurs de Faso Mêbo pour certains travaux en ville. Parce que l’objectif aussi recherché, c’est la cohésion sociale, et cela passe forcément par la participation citoyenne. Donc c’est inviter toutes les personnes, quand nous sommes dans une artère de la ville, de se joindre à nous pour apporter aussi leur touche. C’est comme ça que nous pourrons aller encore plus vite.
S : En dehors du granit concassé qui est un sérieux problème. Quel autre problème freine l’avancée des chantiers de Faso Mêbo à Bobo-Dioulasso ?
EK: Il faut qu’on fasse la part des choses au niveau des différents chantiers. Pour les chantiers de réalisation d’infrastructures routières, nous avons les brigades routières qui sont financées. A ce niveau, on ne rencontre pas de grandes difficultés, les chantiers avancent très bien. Maintenant, pour le volet qui traite du réaménagement urbain et de l’embellissement, c’est là-bas que nous travaillons plus avec les contributions. Plus il y a de contributions, plus ça nous permet d’élargir notre champ d’action. Donc c’est là-bas la difficulté, parce qu’au début il y avait une très forte mobilisation, mais à un certain moment, on a senti un essoufflement. Ces derniers temps, on sent que les gens sont en train de revenir encore plus forts avec beaucoup de dons. Beaucoup de chantiers sont en cours, certains sont déjà même finis.
S : Quelles sont les dispositions prises pour l’entretien de ces chantiers ?
EK: Pour ces chantiers, nous avons adopté une approche inclusive pour que les premiers bénéficiaires sachent déjà qu’ils sont les premiers garants de la pérennité de ces ouvrages-là. Donc, nous les associons à tous les niveaux, que ce soit avant ou après la réalisation de ces travaux. Donc l’entretien nous incombe à nous tous, et si c’est bien entretenu, il va de soi que ces ouvrages soient pérennisés.
S : Peut-on avoir une idée des kilométrages de voies déjà pavées ou de caniveaux ?
EK: Pour ce qui est des rues pavées, comme je le disais, c’est une rue d’environ 320 mètres avec un caniveau qui a été réalisé en matériaux locaux de la même distance. Actuellement, nous sommes en train de nous projeter au niveau de l’avenue de la République. C’est un petit tronçon qui permet de connecter le boulevard à la RN9. Beaucoup connaissent plus la zone sous l’appellation « Ancienne gare Sogebaf ». Et à ce niveau-là, pour que ce soit vraiment inclusif et pour que les travaux puissent répondre aux attentes des populations, ce message a été lancé aux autorités locales, que ce soit les différents PDS (ndlr Président de la délégation spéciale) d’arrondissements, la direction régionale des infrastructures routières, de l’urbanisme, même de l’environnement, pour qu’ensemble on puisse identifier et avoir un répertoire. En fonction des priorités que nous allons nous fixer et des possibilités que nous avons, nous allons pouvoir nous projeter progressivement sur ces différentes voies.
S : Quel est le niveau d’implication des autorités communales et d’arrondissement dans les activités de Faso Maï-Ba ?
EK: Les autorités communales sont en première ligne parce que, que ce soit pour les chantiers de reprofilage dans la ville de Bobo-Dioulasso, c’est vers eux que nous nous tournons pour identifier ces voies. Certes, nous avons quelques marges en fonction des retours que nous avons des populations où nous pouvons aller intervenir, mais principalement c’est vers elles que nous allons pour qu’elles identifient ces routes, pour qu’on ne puisse pas pervertir cette initiative. Parce qu’il y a beaucoup qui viennent vers nous pour nous montrer certaines voies à reprofiler. Ça ne se passe pas comme ça. On passe par les arrondissements concernés, et c’est en fonction des priorités que ces derniers donnent à ces voies, et nous, en fonction de notre capacité, nous intervenons.
S : Quel message aux populations pour plus d’implication ?
EK: C’est d’abord un message de remerciement à l’endroit des bonnes volontés qui, au-delà même de venir à Faso Mêbo pour certains dons ou certains travaux, prennent d’autres initiatives dans le sens du patriotisme recherché à travers l’Agence Faso Mêbo. Il y a des bonnes volontés qui ont réhabilité certaines voies à leurs propres frais. D’autres même ont bitumé certains tronçons, et tout ça c’est l’esprit Faso Mêbo. C’est déjà remercier dans ce sens, et rappeler que Faso Mêbo, c’est nous tous. Ce n’est pas seulement ce petit organe qui pilote les travaux, mais c’est un état d’esprit que nous devons tous adopter pour que nous puissions aller très vite vers ce développement souhaité.
Propos recueillis par Kamélé FAYAMA





