Le volet équipement occupe une place importante dans les efforts de modernisation de l’agriculture au Burkina Faso. Le Directeur provincial (DP) de l’agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques du Kadiogo, Amara Hié, indique dans cet entretien, les effets positifs de la mécanisation agricole pour les producteurs de sa zone.
Carrefour africain (C. A.) : Quels sont les types d’équipements qui ont été mis à la disposition des producteurs du Kadiogo pour la présente campagne ?
Amara Hié (A. H.) : Le volet équipement est effectivement très important pour le ministère avec toutes les initiatives qui ont été lancées pour intensifier la production. Qui dit intensification, dit beaucoup de travaux. Pour cela, il est important d’avoir des équipements qui puissent faciliter ces travaux. Donc, pour ce qui concerne le Kadiogo, nous avons bénéficié d’un certain nombre de tracteurs et également des équipements de récolte et de post-récolte. Ce sont, notamment, des moissonneuses, des moissonneuses-batteuses, des égreneuses et aussi des motoculteurs pour les labours.
C. A. : Pour les producteurs, quels sont les critères ou les conditions à réunir pour être bénéficiaires de ces équipements ?
A. H. : Ces équipements sont utilisés, conformément au mécanisme qui a été élaboré par le ministère en charge de l’agriculture. Il s’agit du mécanisme de distribution des intrants et de gestion des opérations de labour. Donc, c’est ce même mécanisme qui régit l’utilisation de tous ces équipements. Il y a des comités d’identification mis en place dans chaque village pour désigner les bénéficiaires des intrants. Ce sont ces mêmes comités qui se chargent d’identifier les bénéficiaires pour les labours, conformément aux capacités des tracteurs mis à la disposition des communes.
Pour rappel, la composition du comité comprend quatre personnes au niveau de chaque village, dont un producteur et une femme. Les membres du comité sont identifiés et mis en place par le préfet de chaque commune. C’est pour dire que l’identification est faite en mettant vraiment au cœur les communautés elles-mêmes, avec ses deux membres qui se chargent de l’identification des bénéficiaires. Donc, ce ne sont pas les agents du ministère qui identifient les bénéficiaires à eux seuls. Ils se basent sur des personnes de ressources qui sont dans les villages, qui connaissent bien les exploitants et la population. Pour bénéficier de la prestation de labour, il faut être un producteur connu. Et il faut avoir aussi plus de 18 ans. Ce sont là, quelques conditions.
C. A. : Peut-on avoir une idée du nombre des équipements mis à la disposition des producteurs du Kadiogo ?
A.H : Pour les tracteurs, nous en avons 11 pour tout le Kadiogo. Et chaque commune a un tracteur. Mais, il y a des communes qui disposent de deux tracteurs qui sont arrivés cette année. Comme ce sont des dotations continuelles, ce nombre devrait évoluer d’année en année. Mais déjà à ce stade, chaque commune a au moins un tracteur. Nous avons quatre communes qui ont deux tracteurs chacune et les trois autres ont chacune un tracteur pour le moment.
Pour ce qui est des motoculteurs, finalement nous ne les avons plus dans le mécanisme de gestion des labours à prix subventionnés. Nous avons privilégié les tracteurs. Donc ces motoculteurs ont été réorientés vers d’autres utilisations.
Pour les moissonneuses, les mini-moissonneuses et les batteuses, nous en avons une dizaine pour faciliter les opérations de récolte et de post-récolte. C’est l’essentiel des équipements que nous avons pour le Kadiogo.
C. A. : Les équipements dont vous parlez sont-ils destinés uniquement aux communes ou bien les individus sont pris en compte ?

A. H. : Les équipements sont mis à la disposition des services techniques pour accompagner les producteurs pour des opérations de labour, de récolte et de post-récolte. Mais, il existe des structures étatiques qui facilitent l’acquisition des tracteurs pour des individus et des sociétés coopératives. C’est notamment le cas de la Société nationale de l’aménagement des terres et de l’équipement rural (SONATER). A ce niveau, il y a des équipements de tout genre : motoculteurs, tracteurs et même des équipements de récolte et de post-récolte qui sont mis à la disposition des producteurs individuels et aussi des coopératives. C’est un circuit qui existe pour ceux qui veulent acquérir sur fonds propres leurs équipements. Mais ce que j’ai cité tantôt, c’est ce que l’Etat a mis à la disposition des services techniques pour accompagner les producteurs avec des opérations.
C.A. : Y a-t-il des dispositions particulières mises en place pour permettre aux Personnes déplacées internes (PDI) de bénéficier des équipements agricoles ?
A.H. : Les équipements mis à la disposition des services techniques sont ouverts à tout producteur. Mais une attention particulière est accordée à ces personnes déplacées internes qui ont pu avoir des terres et qui veulent exploiter. Nous leur facilitons effectivement l’acquisition de ces équipements pour leurs opérations de labour, de récolte et de post-récolte. Donc, le statut de PDI permet d’avoir des privilèges pour l’utilisation de ces équipements, parce que l’accès est facilité pour ces personnes.
C. A. : Y a-t-il de l’engouement autour des prestations des équipements de l’Etat ?
A.H. : Oui, les producteurs adhèrent à l’initiative, parce que c’est assez compliqué pour un producteur de trouver des tracteurs pour des prestations au niveau des différentes localités. Et les appuis que l’Etat a faits ont été une solution fortement saluée par les producteurs. Parce que ça leur permet d’accéder aux machines pour les opérations. Ce qui n’allait pas être le cas si ces appuis n’étaient pas là. Donc, c’est une opération saluée par les producteurs. Ils souhaitent que cela puisse continuer. Sinon, ils adhèrent parfaitement à cette initiative.
Qui dit intensification, augmentation de la production, souveraineté alimentaire dit aussi beaucoup d’activités, beaucoup d’opérations à mener. Ce sont des superficies qui sont augmentées. Mais on n’est pas sans savoir que la main-d’œuvre aujourd’hui à travers la jeunesse s’adonne à beaucoup d’autres activités. Donc la main-d’œuvre affectée à la pratique agricole se voit diminuée. Au regard de cela, il faut aller vers ces équipements, c’est-à-dire la mécanisation agricole pour continuer à intensifier la production. Cela facilite les opérations et accélère les travaux. On ne peut pas comparer la force humaine à la force de ces équipements. Donc on gagne en temps et les superficies se voient augmenter. C’est beaucoup plus de travail certes, mais fait dans un temps relativement court.
C.A. : Comment se fait la gestion de ces équipements ?
A.H. : Pour ce qui concerne les équipements gérés par les structures techniques, il n’y a pratiquement pas de problèmes liés à leur gestion. Parce qu’il y a tout un dispositif derrière qui est mis en place pour fournir le carburant, assurer la maintenance, les réparations. Il faut ajouter que la SONATER accompagne les directions régionales pour ces différentes tâches. Cela fait que les machines travaillent mais derrière, il y a tout un dispositif pour faire en sorte que ces équipements puissent fonctionner normalement sans arrêts liés aux différentes pannes et autres. Donc de ce côté, il n’y a vraiment pas de soucis.
Ce qu’il faut ajouter, est qu’en plus du carburant qui est géré par l’Etat pour faire fonctionner ces machines, les labours sont réalisés à prix subventionnés. C’est 15 000 F CFA par hectare. Cette somme est versée directement dans un compte dédié à travers des codes-bons et ça se fait par paiement mobile.
Et pour quelqu’un qui a cherché un tracteur hors de notre circuit pour une prestation, il vous dira que ce n’est pas vraiment évident, parce que le labour à l’hectare est généralement fixé entre 35 000 et 45 000 F CFA. Il y a même des personnes qui ont fait labourer leur champ à 60 000 F CFA l’hectare. Pour des équipements de l’Etat qui viennent labourer à 15 000 F CFA, cela facilite l’accès à tout le monde. C’est vraiment à saluer. Je tiens à rassurer aussi que pour la maintenance et la durabilité de ces équipements, il y a vraiment un dispositif qui est mis en place pour garantir ces aspects.
C. A. : Comment se déroulent concrètement les opérations de labour à prix subventionnés ?
A.H. : Dans chaque commune, il y a un agent de l’agriculture qui est désigné pour être responsable de ce qu’on appelle la Brigade de mécanisation agricole (BMA). Et c’est cette brigade qui a la responsabilité de gérer ce matériel au niveau de la commune. Et pour chaque équipement, il y a un opérateur, celui qui conduit et qui a été recruté pour travailler avec la machine. Si on prend le tracteur, il y a un tractoriste et un aide tractoriste pour gérer les opérations de labour. Et le chef de la BMA est présent justement pour s’assurer du bon fonctionnement de l’ensemble de ces équipements, de la bonne gestion des demandes, avec tout le reste des collègues de l’agriculture. Comme précédemment dit, l’identification se fait au niveau du village. On centralise les données et le chef de la brigade se charge d’établir un programme et de prendre les demandeurs suivant un itinéraire. Il fait en sorte que chaque demandeur puisse bénéficier à son tour d’opérations de labour, de récolte ou de post- récolte.
C.A. : Quel message avez-vous à lancer aux producteurs ?
A. H. : L’aspect que je voudrais d’abord ajouter concerne le nombre de tracteurs. Par moments, ça peut paraitre minime. Mais, si on considère tous les efforts qui ont été consentis, cela veut dire que chaque commune du Burkina Faso s’est vu affecter un tracteur. C’est au minimum 300 tracteurs. Figurez-vous que dans le Kadiogo, plus de la moitié des communes ont déjà deux tracteurs. Alors que l’acquisition de ces tracteurs se fera de façon évolutive parce que chaque année, l’Etat injecte assez d’argent pour leur acquisition.
Au-delà du nombre qu’on donne, c’est l’effort derrière qu’il faut voir. Au niveau des villages, les producteurs saluent l’effort, parce que cela a facilité beaucoup de choses. Il y a des producteurs qui n’auraient jamais imaginé pouvoir utiliser un tracteur pour labourer leurs champs. Aujourd’hui, ils arrivent à le faire grâce à cet appui. C’est déjà énorme ce qui est fait. Je signale que ce sont des équipements qui verront leur nombre augmenter d’année en année au profit des producteurs.
Je voudrais aussi insister sur l’utilisation de ces outils. Parce que j’évoquais un dispositif qui est mis en place pour faire en sorte que ces équipements puissent fonctionner. J’appelle à la responsabilité de chacun dans l’utilisation de ces équipements, car, c’est un bien commun. Au regard des efforts qui ont été consentis, c’est bon que chacun à son niveau puisse mettre la main à la pâte pour l’entretien et la bonne utilisation de ces outils.
Entretien réalisé par Gabriel SAMA






















