De plus en plus, les producteurs s’adonnent à l’usage des herbicides comme une alternative au manque de main-d’œuvre. Même si le ministère en charge de l’agriculture n’offre pas de désherbants chimiques aux producteurs, il recommande à ce qu’ils soient homologués avec une utilisation rationnelle dans les champs. Constat dans la Léraba et le Houet.
Bakary Son est un producteur agricole basé à Wolokonto, dans la province de la Léraba, région des Tannounyan. Ce jeudi 16 juillet 2026, il s’active dans son champ, situé dans les hautes terres. Il a l’intention d’y semer le riz mais le site est envahi par des herbes. Faute de charrue pour labourer, il opte de les vaincre à travers les désherbants chimiques. A l’aide d’une pompe accroché au dos, il pulvérise minutieusement la surface du sol avec du glyphosate mélangé avec de l’eau. Dans quelques jours, affirme-t-il, les herbes vont sécher complètement et il pourra emblaver son riz. Il est épaulé dans cette tâche par sa femme.
Cet herbicide total, M. Son dit l’avoir acheté au marché mais sans savoir s’il est homologué ou pas. Outre cela, il ne dispose pas d’Equipements de protection individuels (EPI) qu’il porte lors du traitement de son champ. C’est avec des vêtements ordinaires, sans gants ni masque, encore moins de bottes adaptées que le producteur pulvérise le produit, pourtant toxique.

Comme Bakary Son, ils sont nombreux les agriculteurs burkinabè qui s’adonnent à l’utilisation des produits phytosanitaires sans précaution aucune. Dans le périmètre aménagé de la Léraba, à Douna, l’usage des herbicides apparait aux yeux des producteurs comme une nécessité. A entendre le Directeur provincial (DP) de l’agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques de la Léraba, Karim Traoré, son ministère n’offre pas d’herbicides aux producteurs. Néanmoins, ils reçoivent des formations pour une utilisation rationnelle de ces produits.
« Nous sensibilisons les producteurs à aller vers les produits homologués, parce que certains qui ne sont pas homologués arrivent à traverser nos frontières. S’ils n’utilisent pas ce qui est conseillé, cela va jouer sur la qualité des sols dans le long terme », fait-il savoir. Et le chef de plaine de la Léraba, Yassine Traoré, de renchérir : « nous faisons le suivi rapproché des producteurs, en les sensibilisant au choix des produits phytosanitaires, à leur utilisation, aux moyens de protection et à l’impact de ces produits sur l’environnement et leur santé ». Alasson Soura, producteur de riz dans la plaine, dit suivre scrupuleusement les conseils des encadreurs agricoles dans l’usage des herbicides.
Se protéger lors des traitements

D’abord, mentionne-t-il, il les achète chez des distributeurs agréés et ensuite se protège lors du traitement.
« Avant, il y avait des brigadiers formés qui s’occupaient de la pulvérisation des produits, mais ils n’existent plus. Donc, chacun se protège à sa manière », indique M. Soura. Yassine Traoré souligne qu’il y a des pesticides subventionnés qui sont mis à la disposition de la plaine et en cas d’attaques de ravageurs dans des champs, ce sont les encadreurs eux-mêmes qui font le traitement.
Et le DP Karim Traoré de rappeler que les producteurs sont bien informés qu’ils ne doivent pas pulvériser les cultures sans porter des EPI. « Mais certains disent qu’ils étouffent ou qu’il fait chaud à l’intérieur. Pourtant, l’utilisation de ces produits sans protection provoquent des maladies à long terme », prévient-t-il.
Dans la plaine de la vallée du Kou, à Bama, dans la province du Houet (région du Guiriko), c’est le même constat chez les producteurs. Recours aux désherbants chimiques, pulvérisation sans protection, méconnaissance parfois des produits homologués… « J’achète mes herbicides au marché de Bobo-Dioulasso. Parfois, il faut tâtonner pour trouver

les bons. Si les encadreurs pouvaient les rendre disponibles dans leurs magasins pour qu’on aille acheter là-bas, ce serait bien », plaide le président de la coopérative 7 de Bama, Boureima Ouérémi.
Son collègue de la coopérative 4, Moustapha Ouédraogo, lui, arrive à bien distinguer les produits homologués, à la suite des formations reçues dans le domaine. Toutefois, il signale que les distributeurs agréés ne sont pas partout. Pour sa part, le Directeur régional (DR) chargé de l’agriculture du Guiriko, Eric Pascal Adanabou, insiste sur le choix des désherbants chimiques homologués ainsi que leur utilisation rationnelle.
Mady KABRE























