Le village de Holly, sis à 12 kilomètres de Gaoua, dans la province du Poni, force l’admiration à travers la vannerie qui y est pratiquée depuis belle lurette par des femmes. Patrimoine culturel transmis de génération en génération, l’activité est devenue au fil du temps une véritable source de revenus pour celles qui l’exercent. Mais de nos jours, les vannières sont de plus en plus confrontées à la raréfaction de l’herbe servant à la confection des paniers, surtout due aux actions anthropiques. Entre résignation et recherche de solutions, elles tentent, tant bien que mal, de s’adapter.
Holly. De prime abord, ce nom peut paraître banal pour nombre de personnes. Pourtant, le patronyme de ce village a traversé les frontières du Burkina Faso. Situé en bordure de la Route nationale 12 (RN12), à une douzaine de kilomètres (km) de Gaoua, dans la province du Poni, région du Djôrô, il est surtout réputé dans la vannerie. Les usagers de l’axe Gaoua-Kampti ont l’habitude de voir à l’entrée du bourg, une pancarte géante portant l’inscription « Vannerie de Holly » et des paniers exposés aux abords de la voie qui témoignent de l’ampleur de l’activité qui y est menée. Les paniers, il y en a de diverses formes et tailles et à des prix généralement à la portée de toutes les bourses. Mais pour voir les artisanes de ces chefs-d’œuvre, il faut aller à l’intérieur du village.
Ce 19 septembre 2026, la plupart des habitants de Holly sont dans les champs de production agricole. Mais l’activité de la vannerie, elle, poursuit son petit bonhomme de chemin. Elle est essentiellement féminine. Devant des maisons ou sous des manguiers, des femmes, généralement d’âge avancé, démontrent leur talent et savoir-faire séculaire. La confection des paniers semble n’avoir plus de secret pour elles. Tout se passe en plein air.
Installé sur des tabourets ou des poutres en bois, un petit groupe de « mamies » s’affaire à fabriquer des paniers. Parmi elles, Hiaflèna Da (70 ans environ). Sous ses pieds, des tiges sèches de l’Andropogon gayanus (pittou en mooré, falcib en lobiri) et des fibres de l’Hibiscus cannabinus (bèrenga en mooré, kpaan en lobiri) sont entreposées. Ces végétaux constituent la matière première de base pour son travail. A l’aide de ces bâtonnets découpés selon le besoin et les fibres, elle tisse avec dextérité. Quelques instants après, la forme d’un récipient se dessine. Les paniers déjà confectionnés sont, soit carrés, soit rectangulaires, avec une extrémité circulaire. Des brindilles de neem sont utilisées pour renforcer la texture des paniers. Leur gabarit et leur qualité ne sont pas les mêmes. Les prix aussi. Ils vont de 500 à 5 000 F CFA.
Une activité culturelle devenue un véritable business
A côté de Hiaflèna Da, une autre septuagénaire, Tèrè Pierna Kambou, s’emploie avec minutie à découper des bâtonnets pour incessamment commencer la confection d’un nouveau panier. Malgré le poids de l’âge, la passion du travail transparait à travers chaque geste magistral. A entendre Hiaflèna Da, la vannerie est d’abord culturelle chez les Lobi et se transmet de génération en génération. « C’est depuis l’âge de 7 ans que j’ai appris à fabriquer les paniers aux côtés de ma mère », se souvient-elle. Selon elle, les objets issus de la vannerie ont une valeur culturelle dans sa communauté, en ce sens qu’ils servent à plusieurs usages dans les ménages. « Les paniers nous permettent de faire tout. Ils sont utilisés comme des récipients pour ramasser les récoltes dans les champs, porter des marchandises pour le marché, conserver des vêtements…, ou comme des berceaux pour les bébés », explique-t-elle. Et d’ajouter que quand une fille se marie en pays lobi, on doit obligatoirement lui offrir des objets de la vannerie et de la poterie.
Ses propos sont confirmés par Bêbê Kambou, guide touristique basé à Gaoua. Il relève que ce qui fait la force de la société lobi est qu’elle a conservé tout ce qui est identité culturelle jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi, il estime que chaque Lobi doit posséder un panier chez lui pour prouver son appartenance à cette communauté. « Même s’il a des marmites en fer, il doit aussi avoir des objets de la vannerie et de la poterie. Par exemple, pour aller devant les fétiches, on ne peut pas utiliser un plat mais plutôt un pot ou un panier », détaille M. Kambou. C’est aussi l’avis du Directeur provincial (DP) de la communication, de la culture, des arts et du tourisme du Poni, Albert Héma. Il soutient que la vannerie occupe une place importante en termes de culture dans la vie des communautés de la province.
« Les paniers de Holly constituent un moyen d’expression culturelle, parce que quand on voit ces objets, on sait d’où ils viennent », indique-t-il. Le DP renchérit en soulignant que dans le musée des civilisations de Gaoua, les paniers sont fortement représentés dans la salle de la femme, symbolisant l’identité culturelle du peuple lobi. Ces objets à usages multiples sont toujours d’actualité dans la région du Djôrô.
La vannerie véhicule aussi une valeur économique non négligeable dans la société lobi, aux dires de Bêbê Kambou. Elle permet parti-culièrement aux dames de Holly de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. La vannière Hiaflèna Da atteste que grâce à son activité, elle est autonome sur le plan économique. Elle participe à la gestion des charges familiales telles que la scolarité des enfants, leurs fournitures, les médicaments en cas de maladie, les vêtements pour les fêtes, etc.
Une renommée internationale
Goukounami Da, vannière de plus de 60 ans, s’inscrit dans le même registre. Exerçant aussi l’activité depuis la tendre enfance, elle dit ne pas regretter son choix. Même si elle n’arrive pas à déterminer son chiffre d’affaires, elle reconnait que la vannerie est bénéfique, car, elle arrive à soutenir financièrement sa famille. « Quand je vends mes paniers, j’appuis mon mari, parce qu’il est agriculteur et n’a pas d’activité génératrice de revenus », confie-t-elle.
Pour sa part, le DP chargé de la culture du Poni, Albert Héma, souligne que la vannerie génère, certes, des revenus pour les femmes de Holly mais il estime que les paniers ne sont pas encore vendus à leur juste valeur. « Quand on compare l’effort fourni par les femmes pour confectionner les paniers et les prix proposés (500, 1000, 2000 F CFA…), elles ne profitent pas pleinement du fruit de leur travail. Néanmoins, cela les rend autonomes et elles ne dépendent plus de leurs maris », relève-t-il. C’est pourquoi, il déclare que l’une des missions de sa direction est d’encadrer, de sensibiliser et d’accompagner les vannières dans le sens de la promotion de leur activité.
Pour preuve, il révèle que lorsqu’il y a des activités culturelles à Gaoua, des stands sont gracieusement offerts aux femmes pour exposer leurs produits. C’est le cas, par exemple, du Festival des arts du Sud-Ouest (FASO) qui se prépare pour novembre prochain, selon le DP. « Aux différentes éditions du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), nous avons toujours pris des objets chez les vannières pour exposer dans le stand de la région du Djôrô », soutient Albert Héma.
A son avis, c’est grâce aux vannières de Holly que le nom du village est connu au plan international. Parce que, note-t-il, des 56 villages de la commune de Gaoua, c’est Holly seul qui est réputé dans la vannerie. Pourtant, l’activité est aussi pratiquée dans d’autres localités, mais de façon timide. « Quand les expatriés venaient dans la province, ils avaient déjà Holly dans leur agenda depuis l’Europe », fait savoir le DP Héma. Des guides touristiques, à l’image de Bêbê Kambou, ont aussi contribué à mettre la vannerie de Holly sur orbite.
Malgré cette renommée, l’activité de la vannerie fait face aujourd’hui à de multiples défis. Avec l’avènement du coronavirus et la crise sécuritaire, aux dires de Albert Héma, il y a eu un frein en termes de visite des touristes étrangers à Holly. Pour l’instant, les vannières sont obligées de se contenter de la clientèle locale. « Nos clients venaient de partout. Mais actuellement, ce sont les nationaux seulement. Chaque dimanche, nous portons les paniers sur la tête pour aller vendre à Gaoua à plus de 10 km d’ici », raconte Goukounami Da. Mais là également, les difficultés ne manquent pas. Le DP Héma témoigne qu’avant, si les vannières n’arrivaient pas à écouler tous leurs paniers au marché de Gaoua, elles laissaient le reste sur place et des individus de mauvaise foi partaient voler ou mettre le feu. « Maintenant, la commune leur a permis d’avoir un espace au marché pour stocker et vendre leurs produits », informe-t-il.
Des alternatives pour contrer toute rupture de la paille
Outre cela, un autre souci non négligeable se dresse de plus en plus et pourrait compromettre, à l’avenir, l’activité de la vannerie : la raréfaction de la matière première. De nos jours, il est un secret de polichinelle que plusieurs espèces d’herbes sont en train de disparaitre progressivement devant un certain nombre de facteurs. Face au changement climatique et aux actions anthropiques néfastes, l’Andropogon gayanus, cette herbe utilisée majoritairement dans la fabrication des paniers, s’amenuise peu à peu aux alentours de Holly. « De plus en plus, nous partons loin du village pour faucher la paille. Avec les nouvelles constructions et les champs agricoles qui se créent, on ne peut plus en trouver dans les environs », s’inquiète Hiaflèna Da.
Ses préoccupations sont partagées par le DP Albert Héma qui indexe les activités agricoles, les feux de brousse, l’urbanisation, etc. comme étant les facteurs clés de la dégradation de la matière première. « C’est de l’herbe qui pousse à l’état sauvage que l’on fauche et au prochain hivernage, ça repousse », clarifie-t-il. Au regard de la vulnérabilité de ces végétaux, le DP propose aux vannières de les ensemencer autour de leurs champs pour en faire des haies vives et disposer facilement de la matière première.
Une bonne idée, selon les dames, mais elles disent craindre les dégâts des animaux domestiques, puisque l’Andropogon gayanus est bien appété par les ruminants. L’astuce utilisée pour le moment pour ne pas être en rupture de paille est de la faucher en grande quantité, dans le mois de décembre, pour conserver. Sinon, Albert Héma demeure convaincu que l’alternative est de semer cette herbe qui n’est pas seulement prisée par les vannières mais aussi par ceux qui confectionnent les seccos, ces nattes tissées servant à couvrir les toitures des cases ou les hangars. Pour lui, la préservation de cette espèce d’herbe est une question transversale, impliquant plusieurs ministères.
Conscientes de la menace qui pèse sur leur matière première, les vannières de Holly semblent déjà trouver des solutions alternatives à la paille. De temps à autre, elles utilisent de petites tiges de mil ou des brindilles de neem pour fabriquer les paniers. Mais pour ce qui concerne la plante à fibres, l’Hibiscus cannabinus, elle est très disponible, puisque cultivée aux alentours des concessions et dans les champs.
En vue de promouvoir davantage leur activité, les femmes de Holly compte sur l’accompagnement de l’Etat ou de bonnes volontés pour obtenir un cadre idéal de travail. « Si nous avons un local et un magasin, cela allait nous permettre de nous abriter en cas de pluie et de stocker nos paniers. Sinon, pour l’instant, nous travaillons sous l’ombre des manguiers », plaide Goukounami Da. Pour bénéficier du soutien de l’Etat, le DP Albert Héma exhorte les vannières à se mettre en groupement. Les femmes disent être déjà dans cette dynamique. Seulement, elles attendent toujours le récépissé de leur structure, selon les explications de Goukounami Da.
Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr
Une activité transmise de génération en génération
A Holly, on a l’impression que la vannerie est seulement l’apanage des vieilles femmes. Puisque la plupart de celles qui l’exercent sont d’un âge avancé. Pourtant dans le lot, il y a bel et bien de jeunes filles qui expriment aussi leur talent dans la confection des paniers. Inni Kambou, la vingtaine environ, est de celles-là. Elle dit avoir appris l’activité en 2016, alors qu’elle était en classe de CM2, auprès de sa maman. Non pas par contrainte mais par passion. « Au fil du temps, moi aussi j’arrive à fabriquer mes paniers que je vends pour avoir un peu d’argent », se réjouit-elle. Elle compte aussi enseigner ce savoir-faire à ses filles pour montrer que la vannerie est transmise de génération en génération dans sa communauté.
M.K.




















