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Subvention des labours: un soulagement dans les plaines de la Léraba et de Bama

Les tracteurs de l’Etat offrent des prestations de labour à coûts réduits aux producteurs.

Depuis quelques années, le gouvernement burkinabè a pris l’initiative de subventionner les prix des labours au profit du monde agricole. Dans les périmètres aménagés de la Léraba (Tannounyan) et de Bama (Guiriko), les producteurs saluent une mesure qui leur permet de réduire la pénibilité du travail, de faire des économies et de booster leurs rendements agricoles.

Les producteurs sont en pleine campagne agricole en cette mi-juillet 2026 dans la région des Tannounyan. Dans la plaine de la Léraba, à Douna (environ 10 km de Sindou), c’est la course contre la montre chez les riziculteurs et producteurs de maïs. Alasson Soura produit le riz et aussi la semence. Sa parcelle d’un demi-hectare présente déjà une belle physionomie, le riz étant au stade de tallage. Ce champ, M. Soura ne l’a pas labouré à l’aide d’une charrue mais d’un tracteur de l’Etat dont le coût de la prestation est subventionné à 15 000 F CFA par hectare (ha). Pour sa superficie de 0,5 ha, il a dû débourser 7 500 F CFA.

De quoi réjouir le producteur qui apprécie à sa juste valeur cette initiative gouvernementale qui consiste à subventionner les prix des labours au profit du monde agricole. Son seul souci est que les bons de labour sont accordés pour un ha, alors que les superficies de leurs parcelles vont de 0,10 à 0,5 ha.

La mise en boue par un motoculteur sur la plaine rizicole de Bama.

« Quand tu veux labourer et que tes voisins ne sont pas prêts, tu ne peux pas avoir le bon. Là, tu es obligé d’attendre. C’est pourquoi certaines parcelles sont en retard de labour », explique Alasson Soura. Bassara Soura, lui, produit le maïs sur 0,5 ha également. Ayant bénéficié du même appui en labour, il ne tarit pas non plus d’éloges à l’endroit des autorités sur cette décision qui soulage. Car, à l’entendre, les mêmes opérations chez les prestataires privés coûtent deux fois plus cher. Les appuis de l’Etat ne s’arrêtent pas aux labours. Il y a aussi les intrants et les prestations de récolte et de post-récolte qui sont subventionnés.

Le chef de plaine de la Léraba, Yassine Traoré, soutient que le périmètre dispose de toutes sortes d’équipements, notamment des tracteurs, des semoirs manuels et motorisés, des motoculteurs, des moissonneuses, des moissonneuses batteuses de blé, etc. et qui sont gérés par une Brigade de mécanisation agricole (BMA). « Les opérateurs qui travaillent avec ces outils sont recrutés sur place.

Ce sont des équipements de l’Etat et les prestations sont à moindre coût », mentionne-t-il. Par exemple, M. Traoré note que le battage du riz chez les prestataires privés est facturé à 150 F CFA par minute. Alors que ceux-ci peuvent passer des heures à battre. « En ce moment, le producteur perd. Mais avec la moissonneuse batteuse de l’Etat, la prestation est subventionnée et coûte 5 000 F CFA par ha. C’est vraiment du cadeau », relève-t-il.

12 tracteurs pour la Léraba

Des équipements de récolte et de post-récolte sont aussi mis
à la disposition des producteurs.

Le Directeur provincial (DP) de l’agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques de la Léraba, Karim Traoré, informe que les labours à prix subventionnés ont débuté au niveau de la plaine à partir du 22 mai. Selon lui, quatre tracteurs ont été mis à contribution pour labourer les 1 200 ha de périmètre. Malheureusement, à l’écouter, l’engouement était timide au début, car, nombre de producteurs estimaient que ce n’était pas la bonne période.

« Cela a fait qu’à un moment donné, tout le monde voulait le labour à la fois. Pourtant, le nombre de tracteurs est limité. Dans le souci de respecter le calendrier cultural, certains ont été obligés de labourer leurs parcelles à la traction animale », déplore le DP Traoré. C’est le cas de Kanama Son qui a fait recours à la charrue pour labourer sa parcelle de maïs de moins d’un demi-hectare à 17 000 F CFA. « Si j’allais attendre que le tracteur revienne, je n’allais pas être dans le délai », souligne-t-il. Néanmoins, il dit avoir bénéficié des intrants à prix subventionnés de l’Etat. Ce 16 juillet, c’est de l’engrais NPK qu’il est en train d’appliquer dans son champ de maïs.

Pour sa part, le DP chargé de l’agriculture de la Léraba précise que la majorité des producteurs ont pu bénéficier des labours subventionnés. « Pour la campagne écoulée, la

Alasson Soura, producteur de riz dans la plaine
de la Léraba : « si on pouvait nous accorder des bons de labour pour 0,5 ha, cela allait nous arranger ».

province avait bénéficié de 8 tracteurs dont un par commune. Cette année encore, nous avons eu une dotation de 4 tracteurs. Outre cela, le Projet d’aménagement et de valorisation de la plaine de la Léraba (PAVAL) a acheté 3 autres tracteurs qu’il a mis à la disposition des producteurs du périmètre. Ce qui fait 12 tracteurs pour notre province », détaille-t-il.

Dans la plaine irriguée de la vallée du Kou, à Bama (région du Guiriko), la mécanisation agricole est aussi nécessaire pour le respect des calendriers culturaux. Selon les explications du trésorier de l’Union des coopératives rizicoles de Bama (UCR-B), Mahamadou Konkobo, la stratégie du travail a changé sur la plaine.

Désormais, avance-t-il, les équipements sont remis directement aux coopératives de base qui font des prestations à bons prix. « Pour la campagne en cours, le labour et le concassage d’un hectare font 35 000 F CFA. Alors que chez les prestataires privés, c’est entre 45 et 50 000 F CFA. L’an passé aussi, l’Etat a fait venir des moissonneuses qui récoltaient à prix réduits », mentionne M. Konkobo. A son avis, ce soutien a fortement contribué à booster leurs rendements agricoles et à réduire la pénibilité du travail.

Alasson Soura, producteur de riz dans la plaine
de la Léraba : « si on pouvait nous accorder des bons de labour pour 0,5 ha, cela allait nous arranger ».

« On reconnait que ce n’est pas suffisant mais l’Etat fait des efforts. Depuis l’année passée, il y a eu une amélioration des productions, parce que les travaux vont vite », se réjouit le trésorier de l’UCR-B qui estime que les producteurs font aussi des économies à travers ces prestations à prix subventionnés.

Dans le périmètre irrigué de Bama, ce sont les motoculteurs qui interviennent le plus pour le labour, le concassage et le planage. Mais au regard de leur nombre limité, beaucoup font recours à la charrue à traction bovine ou aux prestataires privés.

Des BMA dans chaque commune

« En début de campagne, nous avons reçu des motoculteurs, au nombre de 5, pour les 10 coopératives de base. Nous estimons que ce n’est pas suffisant. Notre souhait est que chaque coopérative ait son motoculteur. Cela va permettre de respecter le calendrier agricole », plaide le vice-président de l’UCR-B, Salifou Ouédraogo. Le président de la coopérative 2, Mahamadi Soré, indique que ses membres se sont cotisés pour acheter un motoculteur mais actuellement, il est en panne à cause des multiples travaux.

De leur côté, les femmes plaident aussi pour l’obtention d’équipements de labour, de récolte et de post-récolte. Organisées en coopérative unique de 85 femmes, elles exploitent 12 ha de riz dans la plaine de Bama. Leur présidente, Mariam Ouédraogo, confie qu’il est difficile pour les femmes d’avoir des bœufs pour labourer leurs parcelles tant que les hommes n’ont pas fini pour eux.

Karim Traoré, DP chargé de l’agriculture de la Léraba : « la majorité des producteurs ont bénéficié de labours à prix subventionnés ».

« Si nous avons des motoculteurs, en trois jours, nous finissons de labourer les 12 ha », se convainc-t-elle.
Selon le Directeur régional (DR) chargé de l’agriculture du Guiriko, Eric Pascal Adanabou, des efforts sont faits pour doter les 33 communes d’équipements agricoles, notamment des tracteurs, des moissonneuses, des despatheuses, etc. Dans les grandes plaines, signale-t-il, ce sont en majorité les motoculteurs qui font le travail.

« Conformément à la nouvelle stratégie, nous avons mis en place des BMA dans les 33 communes qui sont toutes dotées d’équipements au profit des producteurs », déclare le DR Adanabou. Il note également que cette année, son ministère a mis en vente des motoculteurs à raison de 2 millions francs CFA, avec tous les accessoires, au profit des producteurs. « Au niveau de la région du Guiriko, il y a un certain nombre de producteurs qui ont pu acquérir ces motoculteurs pour faciliter les opérations culturales », atteste-t-il.

En ce qui concerne les tracteurs, M. Adanabou informe que leur vente est assurée par la Société nationale de l’aménagement des terres et de l’équipement rural (SONATER). Toutefois, il confie que les prix diffèrent en fonction du gabarit du tracteur. « Un tracteur de 60 chevaux n’a pas le même prix qu’un tracteur de 80 ou de 120 chevaux », dit-il.

Mady KABRE

 

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