S’achemine-t-on, dangereusement, vers une externalisation de la guerre qui déchire le Soudan, depuis quelques années ? Sans être pessimiste, ce qui se passe sur le terrain des hostilités le laisse croire. En effet, la semaine dernière, une incursion des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises, en territoire tchadien, a coûté la vie à sept soldats, après de violents combats, près de la ville de Tiné. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que cet incident n’est pas un acte isolé. Il vient compléter une série de violations de la souveraineté tchadienne, dont une attaque de drone fin décembre dernier, ravivant ainsi les tensions entre les deux voisins.
Le hic, c’est que cet incident à la frontière soudanaise survient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays, déjà marquées par des violences répétées faisant craindre un affrontement entre les deux pays. Autant dire que la paix se fragilise peu à peu dans cette partie du continent. Confirmant l’incident, le porte-parole du gouvernement tchadien, Gassim Cherif, a réaffirmé qu’il ne tolérerait aucune violation de son territoire. Il a appelé l’ensemble des parties au conflit soudanais à respecter la souveraineté du Tchad, tout en réitérant son soutien à un règlement pacifique de la crise au Soudan par le dialogue et la négociation.
« Nous ne pouvons pas tolérer que nos forces de défense et de sécurité soient entraînées dans ce conflit ni que des Tchadiens meurent », a-t-il déclaré, qualifiant l’acte de « dernier avertissement » aux parties belligérantes.
Le conflit actuel au Soudan, faut-il le rappeler, est une guerre civile et meurtrière déclenchée en avril 2023 pour une lutte de pouvoir entre deux généraux rivaux. Il s’agit du général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée régulière et du général Mohamed Hamdan Dagalo, alias Hemedti, chef des FSR. Ces deux personnalités de la hiérarchie militaire soudanaise s’affrontent pour le contrôle du pays, après avoir renversé le Président Omar El Béchir. Nonobstant les initiatives de médiations tous azimuts, la rivalité entre les belligérants a conduit à des combats intenses, causant des millions de déplacés et une crise humanitaire massive, avec des allégations de crimes de guerre et une implication tacite de certains pays.
Si pour l’instant, le risque que ce conflit ne se polarise hors des frontières soudanaises est minime, il faut toutefois s’inquiéter des tournures graves que peut prendre l’évolution de la situation, déjà à l’origine d’un afflux massif de réfugiés au Tchad, alors que les FSR dominent désormais la quasi-totalité du Darfour, après la prise d’El-Facher en octobre 2025. Il importe donc que quelque chose soit fait par les dirigeants de cette partie du continent, avant qu’il ne soit trop tard. Malheureusement, les efforts de médiation, pour sortir les belligérants de l’impasse politique n’ont pas permis, à ce jour, de parvenir à un règlement politique ni à un plan de transition négociée.
Or, il faut, à tout prix, éviter l’enlisement dans la région qui, à la vérité, va fragiliser davantage la stabilité régionale. A ce propos, la médiation en cours, bien que se heurtant à des accusations de partialité, à des intérêts divergents liés au soutien supposé ou non aux deux camps et à l’instabilité politique interne, doit se remettre en branle pour éviter un futur bourbier. Cela sera dans l’intérêt de la région mais bien plus dans celui du peuple soudanais dont le supplice n’a que trop duré.
Soumaïla BONKOUNGOU





