Forger notre défense

Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a présidé, le vendredi 18 septembre 2026 à Ouagadougou, la cérémonie officielle d’ouverture de l’école de guerre de l’Institut de l’enseignement militaire supérieur Tiéfo-Amoro (IEMS-TA). La première promotion de cette école compte 15 lieutenants-colonels burkinabè. Pendant onze mois, ils suivront une formation destinée à renforcer leur capacité d’analyse, d’anticipation et de décision.

En soi, l’ouverture de cette école de guerre marque une nouvelle étape dans l’organisation des Forces armées nationales, en ce qu’elle traduit une volonté des plus hautes autorités de renforcer la capacité du Burkina Faso à penser lui-même sa défense, à former ses cadres supérieurs et à construire sa propre vision stratégique.

C’est en cela que le chef du gouvernement établit le rapport entre cette initiative et la souveraineté nationale. « On ne peut parler de souveraineté en matière de défense et de sécurité tant que nous allons continuer à envoyer notre élite militaire en formation ailleurs », a-t-il déclaré.

Une défense souveraine ne repose pas uniquement sur des hommes, des armes ou des équipements. Elle se bâtit aussi sur la capacité à produire ses analyses et à élaborer une stratégie adaptée à son environnement. Le Premier ministre insiste d’ailleurs sur la nécessité de disposer de cadres capables de penser, de concevoir et de conduire les opérations selon « une approche doctrinale endogène inspirée de notre propre expérience, de nos traditions et de notre histoire ».

Cette ambition ne surgit pas dans un paysage militaire vierge. En effet, l’IEMS-TA vient compléter une architecture composée des centres régionaux d’instruction, du Groupement d’instruction des forces armées (GIFA), de l’Académie militaire Georges-Namoano, de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) et de plusieurs autres structures spécialisées.

Ces établissements militaires accueillent déjà des stagiaires venant de plusieurs pays. Cette expérience montre que le pays dispose de compétences et d’instructeurs capables d’assurer des formations de haut niveau. L’enjeu consiste désormais à mieux capitaliser cette expertise pour faire émerger une pensée militaire qui puise dans l’expérience nationale et répond aux réalités du théâtre sahélien.

Cette orientation invite aussi à regarder autrement les modèles de formation des armées africaines. Pendant longtemps, celles-ci bénéficiaient de coopérations et de formations dispensées par des partenaires extérieurs. Ces échanges apportent des savoirs et des expériences utiles. Mais une question demeure : ces enseignements répondent-ils toujours aux réalités particulières des terrains africains ? Le choix fait aujourd’hui par le Burkina Faso consiste précisément à tirer davantage de leçons de sa propre expérience, à analyser ses engagements et à construire des référentiels qui correspondent à ses besoins.

Pour autant, l’endogénéisation de la formation ne signifie pas le repli sur soi. Le Burkina Faso peut renforcer ses capacités propres tout en maintenant les coopérations militaires qui lui sont utiles. Une expertise nationale mieux affirmée permet même d’aborder ces partenariats avec davantage de maîtrise, sans se couper des évolutions technologiques et doctrinales qui transforment en permanence l’art de la guerre.

Le Burkina Faso inscrit désormais son école de guerre dans cette tradition internationale, avec l’ambition d’y apporter une réponse adaptée à son expérience et aux réalités stratégiques du Sahel. Une école de guerre ne se résume pas à transmettre des connaissances. Elle doit faire vivre la réflexion, exploiter le retour d’expérience, encourager la recherche et contribuer à l’évolution de la doctrine militaire.

Le progrès technologique et les nouveaux défis sécuritaires, dont le terrorisme bouleversent déjà les modes de préparation et de conduite desopérations.
Dans cet environnement en mutation, à travers cette école de guerre, devrait désormais apporter les réponses appropriées aux défis sécuritaires auxquels le Burkina Faso fait face.

Par Assetou BADOH

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