
Après des mois, parfois des années d’exil forcé, les populations chassées par la terreur des groupes terroristes regagnent progressivement leurs villages. Dans la région du Sourou et du Bankuy, Sidwaya est allé à la rencontre de ces familles qui réapprennent à vivre. Entre espoir et cicatrices, le récit d’une reconquête aussi militaire qu’humaine.
Y.K. est un jeune élève d’une localité de la province du Sourou (Tougan). Malgré son jeune âge (9 ans), il a déjà une vision claire de ce qu’il veut devenir plus tard : militaire. Ce choix n’est pas anodin. Comme lui, plusieurs de ses camarades, ont dû fuir le village en février 2023 pour se réfugier à Tougan en raison des incursions répétées des Groupes terroristes (GT). L’école qu’il fréquentait avait fermé ses portes depuis 2021 à cause de la menace persistante des GT. Délocalisés à Tougan, plusieurs élèves comme Y.K., dont les parents avaient fait le choix de rester au village en dépit du danger, se retrouvent déscolarisés.
Malgré leur détermination à défendre leur terre, les habitants de cette bourgade, en raison de l’ampleur croissante des assauts des forces du mal, se résignent à quitter la localité. Ils n’avaient que des machettes et des gourdins pour se défendre face à des hommes lourdement armés.
Plusieurs villageois optent alors de s’installer dans la ville de Tougan. Y.K. et sa famille quant à eux décident d’aller à Toma dans l’espoir de trouver l’hospitalité chez son oncle qui y résidait depuis plusieurs années. Toutefois son oncle, qui peinait déjà à s’occuper convenablement de sa grande famille avec les maigres recettes issues de la mécanique, a du mal à prendre en charge ses invités.
L’élève d’autrefois perdit ainsi tout espoir de s’asseoir à nouveau dans une salle de classe. Mais c’était sans compter sur la détermination et le courage des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) qui mettent tout en œuvre pour reprendre son village des mains des forces du mal.
« C’est grâce aux FDS et aux VDP »
Grâce à leurs efforts, le village est réinstallé le 1er mars 2024. Bien qu’ayant entendu les échos de ce retour, le père de Y.K. décide de jouer la carte de la prudence.
Après avoir été rassuré par plusieurs de ses parents retournés au village, il décide lui aussi, en février 2025, de tenter le pari du retour avec les siens.
Grande fut sa joie de constater que la vie a bel et bien repris ses droits dans cette localité autrefois en proie à la terreur et à la désolation. La plupart des commerces sont ouverts et le bruit du tam-tam se fait entendre à nouveau sur la place du marché. Le père de Y.K., qui pensait avoir tout perdu, constate avec surprise que sa boutique, scellée avant son départ, bien qu’ayant subi le passage des bandits de grand chemin, est encore dotée de la plupart de ses produits. Seuls les sacs de ciment et le matériel de construction entreposés sous le hangar ont été saccagés. Coup de chance ou cadeau du Nyinzo (fétiche de la localité), le quinquagénaire peine à trouver une explication à ce miracle. Mais qu’à cela ne tienne ! Le plus important pour lui est de reprendre son commerce au plus vite.

Y.K, quant à lui, est ravi de constater que les salles de classe sont réouvertes depuis le 6 janvier 2025. C’est donc avec joie qu’il a repris le chemin de l’école. Aujourd’hui en classe de CE2, nous le retrouvons le 10 février 2026 gambadant dans la cour de l’école avec ses camarades. Son maître, qui, auparavant devait les contraindre à apprendre leurs leçons, n’a plus trop d’efforts à faire depuis leur retour. Le temps passé loin des bancs leur a fait prendre conscience de la chance qu’ils ont d’être scolarisés. Mais bien plus que cette prise de conscience, cette épreuve a fait naître en Y.K. une vocation : celle de devenir militaire afin de défendre son pays contre tout ce qui pourrait nuire à sa quiétude. « Si nous sommes de retour dans notre village aujourd’hui, c’est grâce aux FDS et aux VDP », reconnaît-il.
Bien que les FDS dans leur ensemble suscitent beaucoup d’admiration chez le jeune garçon, son plus grand modèle reste le chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré. Vêtu d’un tee-shirt à l’effigie du chef suprême des armées, il ne cache pas sa volonté de lui ressembler. « Je veux un jour devenir comme IB », lâche-t-il avant de clamer, le poing fermé, la devise nationale, en signe de résilience.
Tout comme Y.K., H.D., un autre élève du village, est heureux de retrouver le temple du savoir. Elève en classe de CM2 dans une autre école du village (toutes les écoles étaient réouvertes lors de notre passage), il prend plaisir en cet après-midi à apprendre l’anglais aux côtés de son maître. « Moi qui ne pensais plus revoir une salle de classe, me voilà en train d’apprendre l’anglais dans mon école », se réjouit-il.
Comme les élèves, les enseignants sont aussi contents de reprendre le chemin de l’école. M.C., institutrice dans l’une des trois écoles du village, ne cache pas sa joie de retrouver ses « enfants ». Bâton en main, nous la retrouvons en pleine séance de lecture. « Je suis tellement contente de les retrouver », confie-t-elle.
Un nouveau départ
Si l’ensemble des personnes interviewées lors de notre passage ont manifesté leur joie de retrouver leur terre, cette réinstallation, plus qu’un simple retour, représente un nouveau départ selon le chef du village S.D. « Je n’ai jamais perdu l’espoir de retrouver mon village. C’est pourquoi, lorsque les FDS ont confirmé que la zone est reconquise, j’ai été le premier à fouler le sol du village », explique-t-il. De ce qu’il a dit, c’est son retour qui a encouragé les autres habitants à revenir.
« Beaucoup disaient que l’eau des puits avait été empoisonnée par les terroristes et ils avaient peur de revenir. Mais quand ils ont vu que j’étais rentré et que j’ai bu l’eau sans mourir, ils sont venus », raconte-t-il. Heureux de retrouver son village, il ne tarit pas d’éloges et de bénédictions à l’endroit des FDS et des VDP pour le travail formidable qu’ils
ont accompli. « Mon village leur sera infiniment reconnaissant. Cette terre représente nos racines. C’est celle de nos ancêtres », clame-t-il.
M.O., élève en classe de 5e, a vécu la même situation que Y.K. et H.D. Son village, situé

dans la province du Banwa dans la région de Bankuy, a dû être abandonné en raison des assauts des GT. Les impacts de balles constatés çà et là lors de notre passage le 13 février 2026 nous convainquent de l’ampleur des attaques dont a été victime le village.
Fort heureusement, cet épisode n’est plus qu’un mauvais souvenir pour les habitants de la localité qui sont à nouveau réinstallés sur leur terre. « Désormais, nous pouvons aller et venir comme bon nous semble », nous confirme M.T, préfet du village.
Des va-et-vient paisibles
Effectivement, lors du trajet ralliant Dédougou à la localité, des va-et-vient paisibles de populations sont constatés çà et là sur la route principale.
Une fois dans le village, un tour rapide de ses artères nous permet de constater la quiétude qui y règne. La plupart des services et des lieux de culte sont ouverts. « Notre paroisse a été vandalisée et nos statues détruites par les forces du mal.
Fort heureusement, nous avons tous eu la vie sauve. Nous sommes de retour grâce au travail des FDS et des VDP », se réjouit J.F, représentant de la communauté catholique du village. Bien que l’église soit encore en rénovation, les célébrations ont repris au grand bonheur des fidèles.
Tout comme les célébrations religieuses, le commerce a repris de plus belle dans la localité.
A.K. est le gérant de la seule station-essence du village. Si les débuts de la réinstallation n’étaient pas faciles, il ne regrette pas aujourd’hui d’avoir accepté de revenir. « Au début, quand nous sommes arrivés, les FDS étaient obligés de nous escorter pour aller chercher le carburant dans des bouteilles pour vendre aux habitants. Mais aujourd’hui, la sécurité est revenue et ce sont maintenant des citernes qui nous livrent l’essence », se réjouit-il.
M.Z., sage-femme d’Etat au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du village, a aussi fait le choix de revenir malgré la terreur qu’elle y a vécue et les tentatives de dissuasion de son époux. « Il me disait que ce n’est pas prudent de revenir car la zone n’est pas tout à fait sécurisée. Mais depuis le 5 mars 2025 que je suis là, je n’ai jamais été inquiétée », confie-t-elle.
C’est le même sentiment de quiétude qui habite G.Y., professeur d’Histoire-Géographie au lycée départemental du village. « J’avoue qu’à l’époque, ça n’a pas été simple pour nous. Voyez vous-mêmes les dégâts laissés par les GT lors de leur passage au lycée. Mais actuellement, je peux affirmer sans peur que tout va bien. Nous avons repris les cours dans le mois de janvier de l’année passée », affirme-t-il. Pour lui, au-delà de contribuer à former des hommes, servir dans une localité reconquise est une véritable fierté et un sacerdoce. C’est pourquoi, il n’a pas hésité à revenir lorsqu’il a appris le retour de la population. Toutefois, il avoue faire face à plusieurs difficultés. « Les GT ont pratiquement tout détruit lors de leur passage. Nous n’avons pas de matériel informatique, ni de secrétariat. Même l’électricité, ce n’est que la semaine passée qu’il a été rétabli », informe-t-il.
Un tandem gagnant
En plus du manque de matériel, le lycée fait également face à un déficit de personnel, selon G.Y. « Je suis pratiquement le seul », déplore-t-il. Le manque de ressources humaines semble être la principale difficulté rencontrée par la plupart des services sociaux de base dans les localités réinstallées.

A Guilo (nom d’emprunt), un village reconquis dans la province du Mouhoun, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) fait également face à un manque criant de personnel. « J’ai démarré seul le CSPS après la réinstallation grâce aux agents de santé à base communautaire. Par la suite, le district a envoyé un responsable maternité et un volontaire pour nous appuyer, mais c’est toujours difficile surtout qu’il y a des Personnes déplacées internes (PDI) estimées à plus de 3 000 qui ont rejoint le village. Si nous pouvons avoir un petit renfort, il serait le bienvenu », plaide O.O., infirmier, chef de poste du CSPS.
Il a toutefois exprimé sa reconnaissance aux FDS qui, en plus d’assurer la sécurité de la localité, appuient les agents de santé. « Dans chaque Groupe des unités mobiles d’intervention (GUMI) qui s’installe dans le village, il y a un major qui nous aide », salue-t-il. Un exemple concret qui témoigne de la bonne collaboration entre FDS et populations civiles. Cette coopération a largement contribué aux bons résultats engrangés dans la lutte contre l’insécurité dans la province, selon le commandant du GUMI 8, le commissaire M.S.
M.B., Président de la délégation spéciale (PDS) de la commune dont relève Guilo, est aussi convaincu de l’apport significatif du tandem armée-population dans le combat que mène le Burkina Faso pour la reconquête de l’intégrité de son territoire. « Lorsque les FDS luttent pour reconquérir un village, si cela ne s’accompagne pas d’un retour de la population, c’est comme si rien n’avait été fait », estime-t-il. Il a donc invité les populations à faire confiance aux FDS.
« Lorsqu’ils vous donnent l’assurance qu’une localité est sécurisée et que vous pouvez revenir, n’hésitez pas », appelle-t-il. Depuis que sa commune a été réinstallée le 4 avril 2024, il affirme que la population n’a jamais été inquiétée par une quelconque incursion des GT. Au regard de la détermination des forces combattantes, il est convaincu que la reconquête totale du territoire ne saurait tarder.
Nadège YAMEOGO





