Le Burkina Faso vient de déjouer un nième coup d’Etat contre le capitaine Ibrahim Traoré. L’annonce de la nouvelle a plongé plus d’un Burkinabè dans la stupeur. Pendant que les uns s’interrogeaient sur l’opportunité d’une telle tentative de déstabilisation, d’autres mettaient en doute la véracité même des faits. Il a fallu juste quelques jours pour voir la vérité crever nos écrans de télé et faire le tour de la toile. Et même que ce sont les acteurs commis à la tâche sordide qui crachaient les morceaux crus du coup foiré.
Comme dans une fiction à la Nollywood, les protagonistes ont vidé leur sac en public avec une concordance de témoignages qui frise le crime parfait. Mais le parfait n’existe pas dans le mal. Ils ont confessé leurs méfaits sans manquer de demander pardon pour l’erreur ou la faute commise. Oui, ils ont demandé pardon et certains ont même clairement salué la dynamique en cours.
Si seulement la clémence de la Nation pouvait s’accommoder avec celui qui devait tirer à bout portant sur le président ou cet autre qui devait neutraliser pour ne pas dire couper la tête du commandant de la base des drones de Saponé. Où sont-ils ces Burkinabè qui réfutaient la véracité des faits ? Pourquoi s’empressaient-ils de nier cette véracité ? Pourquoi malgré les efforts consentis, il y en a dont le regard manque d’acuité pour juger la Transition avec équité ?
Cette nième tentative de déstabilisation vient simplement rappeler aux Burkinabè que la profondeur de la haine des uns est parfois à l’aune de l’étendu de l’espoir des autres. Il y a des Burkinabè qui ne pardonneront jamais, au point de vouloir brûler tout le pays pour assouvir le ressentiment d’un cœur dont la taille ne dépasse pas un poing. Il y en a qui sont prêts à tuer pour semer le chaos et exulter dans l’inconfort de leur retranchement. En écoutant les aveux des acteurs du putsch avorté, les mêmes noms de mentors reviennent, les mêmes lieux de préparations s’affichent et l’argent du forfait s’évalue en centaine de millions de francs CFA, voire plus.
Jusqu’à quand allons-nous nous défier au prix du sang et de l’incurie ? A quand la fin de la cabale contre la cabane natale sans le moindre égard pour le tissu indélébile de la fratrie ? Quelle patrie voulons-nous bâtir si depuis la natte de l’autre, nous nous aventurons à sonner l’autodafé de la nôtre sans penser à la suite, sans panser nos propres blessures.
Dans cette tragédie qui frise la comédie, on serait tenté de rire du pire quand on sait que ce sont des Burkinabè qui sont commis à la tâche de détruire leur propre patrie. C’est d’autant plus renversant de voir que la revanche de l’échec s’entête à mettre à prix sa tête quitte à perdre la face dans l’hérésie de sa propre inconséquence.
Pour quel Burkina nous battons-nous tant, quand malgré les efforts sacrificiels, des citoyens burkinabè remettent tout en cause, à plat, sans bémol et balaient du revers de la main ce que certains ont bâti à mains nues, avec le cœur, dans la sueur brûlante, parfois au prix du sang ? Le Burkina Faso a besoin de rêveurs pragmatiques qui pensent qu’il y a des possibilités dans l’impossible et marchent au rythme de l’ambition fougueuse de transformer ce pays et le sortir de la soumission.
Le Burkina Faso a besoin de dirigeants qui vont au charbon sans retrousser les manches. Il a besoin d’un peuple qui sait que même à mains nues, il peut agir sur son destin et changer son quotidien. Il a besoin de compter sur ses propres forces au lieu de tendre la main pour compter sur la générosité des autres ou mettre à pris la tête de ses enfants et petits-enfants dans le nœud gordien de la corde à crédit.
Mais entre nous, combien de grandes choses avions-nous réussi à réaliser sans crédit ? Combien de fonds les Burkinabè ont-ils mobilisé de leurs poches au-delà des objectifs escomptés pour s’équiper, s’armer, faire la guerre tout en se construisant, sans tendre la maudite main de la honte qui assujettit ? Oui, la douleur de l’investissement est perceptible, mais le prix du sacrifice dépasse le coût de la déchéance que
certains érudits anachroniques avaient prévue.
Il suffit de voir les émois suscités partout et tout autour de nous pour se rendre compte que l’impérialisme ne félicite jamais les meilleurs des bons exemples mais plutôt les meilleurs des pires exemples. Et pour un Burkinabè digne de ce nom qui vit au Burkina Faso et aime le Burkina Faso, cette vérité n’est qu’une lapalissade. On ne lapide que l’arbre qui porte des fruits !
Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr






