Diplomatie et coopération financière : en quête d’une synergie pour une politique extérieure efficace

Le directeur de la coordination et de l'efficacité de l'aide, Jean Marie Kébré,  a recommandé la digitalisation du circuit budgétaire pour renforcer la traçabilité et la transparence des flux financiers.

L’Institut des hautes études internationales (INHEI) a organisé un panel scientifique, le vendredi 6 mars 2026, à Loumbila. Le thème a porté sur : « Synergie stratégique entre diplomatie et coopération financière : quelle gouvernance pour une politique extérieure cohérente et efficace ? ».

Dans le but de mieux former ses étudiants et d’éclairer l’opinion nationale sur les enjeux diplomatiques et internationaux actuels dans un contexte de mutations géopolitiques mondiales, l’Institut des hautes études internationales (INHEI) a organisé un panel scientifique, le vendredi 6 mars 2026, au sein de son établissement à Loumbila. Pour cette rencontre, quatrième du genre, l’institut a décidé d’organiser les échanges autour du thème : « Synergie stratégique entre diplomatie et coopération financière : quelle gouvernance pour une politique extérieure cohérente et efficace ? ».

Le panel a connu la présence du ministre de l’Economie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, patron de la cérémonie et du ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré.

Afin de mieux aborder la thématique, elle a été présentée en deux sous-thèmes. Le premier a porté sur « l’alignement budgétaire et le financement de la coopération internationale » et le second sur « le suivi-évaluation des programmes de coopération liés à la politique extérieure ».

Abordant le premier sous-thème, le directeur de la coordination et de l’efficacité de l’aide au ministère des Affaires étrangères, Jean Marie Kébré, a indiqué que dans un contexte de besoins de financement élevés, la question n’est plus seulement de savoir combien de ressources extérieures le Burkina reçoit, mais comment ces ressources sont intégrées dans le budget national et soutiennent les priorités du pays. Il a noté une tendance croissante de l’apport extérieur dans le budget de l’Etat, avec une part moyenne de 20,09% sur la période 2001-2022. Toutefois, M. Kébré a relevé une dynamique baissière à partir de 2020, passant de 23,78% à 16% en 2024.

Le conférencier a expliqué que cette baisse est due en grande partie à la situation humanitaire et socio-politique difficile que connaît le pays. Il a, en outre, fait savoir que malgré les efforts d’inscription de l’aide dans le budget de l’Etat, la part des ressources extérieures s’exécutant hors budget reste très élevée au Burkina. « Sur la période 2021-2022, la part des ressources extérieures hors budget s’élève à 79,91% contre 20,09% inscrit dans le budget de l’Etat », a-t-il justifié. Le communicateur a, à l’occasion, attiré l’attention des autorités que l’importance de cette part hors budget peut être source de fragmentation de l’aide. Elle pourrait aussi montrer que le leadership dans sa coordination échappe au gouvernement, a-t-il poursuivi.

C’est pourquoi, Jean Marie Kébré a proposé des pistes pour renforcer l’alignement budgétaire. Au niveau de l’Etat burkinabè, il a souhaité la mise en place d’un système intégré de l’information sur la coopération au développement permettant à chaque acteur de saisir et de partager les données en temps réel. Le directeur de la coordination et de l’efficacité de l’aide a aussi recommandé la digitalisation du circuit budgétaire (recettes, dépenses) pour renforcer la traçabilité et la transparence des flux financiers.

Privilégier les appuis budgétaires

Concernant, les Partenaires techniques et financiers (PTF), il leur a été demandé d’utiliser davantage les systèmes nationaux en privilégiant les appuis budgétaires et fonds communs pour réduire la fragmentation. Aussi, les PTF doivent-ils œuvrer à renforcer le dialogue de confiance en soutenant l’Etat sans substituer ses structures ni multiplier les systèmes parallèles. Le deuxième sous-thème a été présenté par l’ancien ministre de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur, Paul Robert Tiendrébeogo.

Il s’est appesanti sur la place et le rôle du ministère des Affaires étrangères dans le processus de suivi-évaluation des programmes de coopération liés à la politique extérieure. A ce propos, il a rappelé que le ministère des Affaires étrangères a pour mission de coordonner la mise en œuvre de la politique étrangère. A ce titre, il est chargé de coordonner, en coopération avec les départements ministériels concernés, de l’action diplomatique et de la coopération, aussi bien bilatérale que multilatérale. Il est aussi chargé de la mobilisation de la diaspora pour le développement national.

Quant au ministère de l’Economie et des Finances, le conférencier a fait savoir que le département a pour rôle de piloter la mise en œuvre et le suivi des programmes de coopération économique, financière et technique. Cependant, M. Tiendrébeogo a relevé la nécessité d’une collaboration renforcée dans la gestion de la diplomatie économique entre les deux ministères.

Le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a salué les panélistes, les responsables de l’INHEI et les stagiaires, dont l’engagement contribue à faire de l’institut un véritable laboratoire stratégique de la diplomatie burkinabè. Dans un contexte de recompositions géopolitiques, le ministre Traoré a relevé que la diplomatie ne peut plus être uniquement politique, tout comme l’économie ne peut plus être pensée indépendamment de la stratégie diplomatique.

D’où l’intérêt du panel. « Le thème est particulièrement pertinent, car il s’inscrit dans la dynamique de transformation profonde engagée par notre pays sous l’impulsion du chef de l’Etat, dont la vision politique repose sur une conviction simple mais fondamentale : la souveraineté politique ne peut être durable que si elle repose sur une souveraineté économique, financière et stratégique », a-t-il soutenu.

Dans la même veine le directeur général par intérim de l’INHEI, Philippe Sandwidi, a indiqué que l’organisation de ce panel vise à susciter la réflexion sur les mécanismes de rapprochement entre la diplomatie et la coopération économique et financière. « Ce qui permettra de renforcer la cohérence et l’efficacité de politique extérieure de notre pays pour relever les défis de financement au développement et faire face aux défis sécuritaires », a-t-il ajouté.

Abdoulaye BALBONE

 

 

 

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