Longtemps réservé aux hommes, l’apiculture est de plus en plus pratiquée par les femmes rurales. Elle leur procure des revenus et participe à leur autonomisation. Cependant, de les difficultés d’accès aux crédits, aux technologies de production et de transformation handicapent l’entrée des femmes dans cette activité « rentable ».
« En milieu rural, la pauvreté frappe surtout les femmes. De plus en plus, les maris n’assistent financièrement leurs femmes. Pour faire face à nos besoins quotidiens et ce de nos enfants, nous sommes obligées de nous trouver des activités génératrices de revenus ». Ce témoignage est de Kabouga Neyaga, une femme rurale de Oualem, un village situé dans la commune de Pô, région du Centre-Sud, à environ 180 km de Ouaga. Depuis qu’elle vit en couple dans cette bourgade, il y a une dizaine d’années, cette dame de 38 ans, mère de cinq enfants, ne mène autre activité que l’agriculture qu’elle pratique dans le champ de son conjoint. Maïs, coton, soja, sorgo sont les principales spéculations de l’exploitation familiale. Depuis trois, elle s’est engagée à entreprendre une activité pourvoyeuse de revenus. Mais elle refuse de se mettre dans des activités traditionnellement réservées aux femmes rurales : commerce de dolo (bière locale), vente de beignets ou de galettes, de produits maraichers. Dame Neyaga opte de s’investir dans un métier réservé aux hommes : l’apiculture ou la production du miel. « Ce que l’homme peut faire, je peux le réaliser. Je n’ai pas abeilles des abeilles. Depuis que je me suis lancée dans cette activité apicole, je conduis moi-même tout le processus de production, de la préparation des ruches à la récolte du miel, en passant par le suivi, l’entretien des ruches. C’est lorsque j’étais enceinte de mon dernier que mon époux a m’aidé à récolter mon miel », raconte-t-elle, l’air fière de ce qu’elle accomplit comme boulot. En cette mi-journée d’août 2022, cette apicultrice va au contrôle de ses ruches placées dans les endroits boisés et ombragés, aux alentours du champ familial.
Enfilé dans une combinaison anti-abeilles qui a quelque peu perdu de sa blancheur, qui couvre tout son corps, Kabouga Neyaga est à son premier poste de contrôle. Comme une joueuse de ski, elle n’est plus méconnaissable ! Là, dans une fourrée, trois ruches en bois de forme paraléllopédique sur des supports ferrés d’environ un mètre de haut espacés d’environ 10 mètres l’un de l’autre. « Les gros moellons sur les ruches visent à éviter que le vent ne les décoiffe. Celle-ci n’est pas encore colonisée. Il faudrait que je l’amène à la maison pour la préparer », dit-elle à propos de la ruche qu’elle vient d’ouvrir soigneusement. Ses récoltes varient entre 20kg et 30kg. L’année dernière, j’ai eu 30 kg de miel. Cela m’a rapporté cent mille FCFA. Ce n’est pas une grosse fortune, mais un revenu qu’elle n’aurait pas engrangé si elle ne menait pas cette activité. « L’apiculture me permet de n’est plus dépendante financièrement de mon mari, de me prendre en charge, d’améliorer la qualité des repas de la famille. Par exemple l’année écoulée, j’ai pu payer la les frais de scolarité de ma fille au collège qui s’élèvent à 20 000 F CFA », se satisfait-elle. Elle nourrit l’ambition d’augmenter ses capacités de productions et d’optimiser ses revenus. « Je peux gérer une cinquantaine de ruches. J’ai un environnement propice à l’activité apicole », souligne-t-elle, en montrant du doigt les espaces indiqués.
3 milliards F CFA de revenus générés
Tout comme Mme Neyaga, elles sont une quinzaine de femmes dans les villages de Oualem et de Bourou et Yaro, dans la commune de Pô, qui se sont lancés dans l’acticité apicole. Institutrice dans le village de Bourou, Ouêpia Yacari est la secrétaire générale des producteurs de miel de ladite localité. Elle dit être arrivée à l’apiculture par passion mais aussi à cause de la rentabilité. « C’est l’amour du métier qui m’y a amené. En plus, je vois que c’est une activité qui rapporte beaucoup d’argent aux hommes », confie-t-elle. A côte de son salaire d’enseignante du primaire, elle engrange ne moyenne 100 mille F CFA par récolte de miel. Mais au-delà des revenus monétaires, l’apiculture constitue une activité qui participe à la protection de l’environnement. Son rêve est d’abandonner un jour l’enseignement pour se consacrer à l’entrepreneuriat apicole qu’elle trouve promoteur. Pour les femmes rurales, l’apiculture est un levier de lutte contre la pauvreté qui a un visage plus féminin surtout en milieu rural. Cependant, l’accès les difficultés d’accès au financement, aux équipements de production et de transformation constitue le principal frein à l’entrée dans cette activité traditionnellement réservée aux hommes.
Selon le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Alassane Ouédraogo, représentant le ministre, la filière apicole au Burkina Faso compte plus de 16 000 apiculteurs, avec une production nationale de miel qui est passée d’environ 500 tonnes en 2017 à plus de 1 300 tonnes en 2023, générant plus de 3 milliards F CFA pour l’économie nationale.
Pour le président de l’interprofession miel, Désiré Yaméogo, au regard de l’important rôle que l’abeille joue dans la préservation de la vie humaine, animale et végétale, l’apiculture devrait bénéficier d’un appui structurel conséquent, car en plus de sa rentabilité économique est une activité à forte valeur ajoutée écologique et environnementale. Il regrette que l’impact économique dans la production agricole soit encore insuffisamment valorisé dans les politiques agronomiques. « Malheureusement, cette dimension de l’impact écologique, environnemental et sur la production agricole et alimentaire n’est pas toujours prise en compte dans l’appréciation de notre filière. On résume le plus souvent l’apiculture à la production du miel et des produits dérivés. Alors qu’il ne peut pas y avoir de développement agricole sans l’apiculture », déplore-t-il président.
Mahamadi SEBOGO
Windmad76@gmail.com





