Lutte contre le SIDA dans les Cascades: 100% des malades dépistés sous traitement

Maladie sexuellement transmissible, le Syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) a fait son apparition dans les années 80. Passé la période de psychose, cette pandémie est de nos jours une maladie comme les autres grâce aux nombreux progrès enregistrés dans la lutte et le traitement. Dans la région des Cascades, 3 870 personnes séropositives ont été répertoriées à la date du 30 juin 2023 (SP/CNLS-IST). Des avancées notables sont enregistrées dans cette partie du Burkina dans la prise en charge de la maladie, notamment l’élimination de la transmission mère-enfant et la mise de 100% des malades dépistés à l’échelle régionale sous traitement Anti-retro viraux (ARV) contre un objectif national de 95% à l’horizon 2025.

S.O. et S.D. forment un couple malade du Syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA). Le couple vit avec le Virus de l’immunodéficience humaine (VIH) du SIDA, qualifié de mal du siècle, depuis 2006. La mine crispée, la peau ridée sous le poids de l’âge (56 ans) et de la fatigue des travaux champêtres de ce mois d’août, petit commerçant dans la ville de Banfora, S.O., le chef de ménage, raconte avec gêne, ce vendredi 11 août 2023, comment il a découvert son état de sérologie.

Après avoir « hérité » de S.D., la femme de son grand frère défunt, en 2006.Le quinquagénaire confie avoir constaté qu’il était régulièrement malade. Malgré les différents soins au niveau de la médecine moderne comme à l’indigénat, son état de santé se détériorait. « C’est lorsque j’ai fait les examens médicaux une fois admis à l’hôpital que j’ai été déclaré malade du SIDA », narre-t-il, la tête baissée en présence de son épouse S.D.

Toute hésitante après les confidences de son mari, S.D., « en bonne femme africaine », se refuse à tout commentaire. Mais avec notre insistance, elle finit par se lâcher. « Je tombais aussi régulièrement malade après le décès de mon défunt mari. Mon petit frère qui vit à Bobo-Dioulasso m’a fait venir chez lui pour faire un test de SIDA.

Et c’est là que j’ai su de quel mal je souffrais », détaille-t-elle, convaincue que c’est de cette maladie qu’est mort son précédent époux. Malade aussi du SIDA, H.N.C., une jeune dame, est un agent de santé. C’est aussi dans les années 2000, lorsqu’elle vivait avec son premier époux à Djibo dans la région du Sahel (Dori), que sa santé s’est fortement dégradée. Le test du SIDA fait, elle est déclarée séropositive au VIH. Soucieuse du bien-être de son foyer, elle demande à son compagnon de faire le sien, confie-telle. Mais elle se heurte à un refus catégorique de ce dernier.

3 870 malades dans les Cascades

C’est en 2021 que O.M. a découvert son état de sérologie.

tant la seule à se soigner, elle fait le choix, dit-elle, de se séparer de lui. De sa séparation, elle rencontre un autre homme qui l’accepte malgré sa séropositivité, et surtout de se soumettre au test de la sérologie. « Lorsque je lui ai fait part de mon état sérologique, il ne s’est pas opposé à notre relation. Il a même accepté de se faire dépister et a été lui aussi déclaré séropositif », explique l’agent de santé.

Vendeuse de légumes, O.M. a pour sa part découvert son état sérologique il y a deux. Mariée à un homme polygame, elle confie que sa coépouse et son mari ont rendu l’âme pour avoir refusé de se faire dépister. Comme le couple S.O. et S.D., de même que H.N.C. et O.M, elles sont nombreuses les Personnes vivant avec le VIH-SIDA (PVVIH) dans la région des Cascades.

Selon les statiques de l’antenne régionale du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les Infections sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST) des Cascades, ce sont 3 870 personnes séropositives qui ont été répertoriées dans la région à la date du 30 juin 2023, soit un taux de prévalence de 0,7% dans la région. Ce taux est légèrement au-dessus du taux national (0,6%), malgré les progrès significatifs dans la lutte contre le VIH/SIDA.

La preuve que la maladie du SIDA est toujours une réalité dans cette partie du pays. « La maladie est toujours d’actualité. Le problème est qu’on ne communique plus beaucoup comme avant », estime le chef d’antenne du SP/CNLS des Cascades, Alassane Sanou. Même si la séroprévalence a beaucoup baissé, le président de l’Association aide et assistance aux victimes et orphelins du SIDA du VIH/SIDA (AVO/SIDA), Joseph Karambiri, agent de santé à la retraite, renchérit que la maladie existe bel et bien.

« C’est vrai que dans les années 1990, la séroprévalence au Burkina Faso était de 7,17%, c’est-à-dire que 7,17 personnes sur 100 étaient atteintes du VIH/SIDA, mais de nos jours ce taux est de 0,6%. Mais cela ne veut pas dire que le VIH a disparu », prévient Joseph Karambiri. Les modes de transmission, poursuit-il, n’ont pas changé. Il s’agit entre autres de la transmission par voie sexuelle, de la mère à l’enfant, des objets souillés.

Du coût exorbitant à la gratuité des ARV

Ce progrès, selon le président de AVO/SIDA est à mettre à l’actif des moyens de lutte contre cette pandémie qui sont orientés vers les cibles sensibles. L’engagement dans la lutte, dit M. Karambiri, s’est véritablement manifesté en 2001 avec la première Conférence internationale sur le SIDA (CISMA) sur le thème : « La communauté s’engage ».

Le président de AVO/SIDA, Joseph Karambiri : « Le VIH/SIDA, est toujours d’actualité, même si l’on ne communique pas assez sur la maladie ».

« C’est à partir de cette conférence que le monde communautaire et les Organisations non gouvernementales (ONG) se sont donné la main avec ou sans argent pour prendre à bras-le-corps cette lutte », fait savoir Joseph Karambiri. Avant cet engagement à grande échelle, le traitement aux médicaments antirétroviraux (ARV), aux dires de l’agent de santé à la retraite, n’était pas accessible à toutes les couches.

« En plus de leur coût monstrueux, on ne trouvait pas ces médicaments partout au Burkina Faso », relate-t-il. Le couple S.O. et S.D. a dû faire face à cette « dure réalité ». N’eut été l’assistance de AVO/SIDA, S.D. est convaincue qu’elle et son époux seraient six pieds sous terre. « Lorsque j’ai été déclarée malade, je n’avais aucune envie de vivre, tellement je souffrais en plus du regard méprisant de la société.

J’ai même failli me suicider parce que, non seulement mon mari et moi n’avions pas les moyens pour nous procurer le traitement, mais aussi, le regard de la société était un véritable poids pour moi », confie dame S.D., les yeux embués de larmes. Avec le conseil et l’assistance de l’AVO/SIDA, se réjouit-elle, le couple est « bien portant » aujourd’hui. « Nous vaquons à nos activités sans souci », renchérit-elle.

Le président de AVO/SIDA se rappelle encore de son combat avec et pour le couple. « Nous avons dû batailler avec ce couple que nous amenions à Bobo-Dioulasso pour leur prise en charge parce qu’il n’y avait pas les ARV sur place ici à Banfora », indique M. Karambiri. Le traitement est aujourd’hui gratuit, selon Fatimata Tou, la coordonnatrice du Centre Rakieta santé et développement, une association qui s’investit dans la lutte contre le VIH/SIDA dans la cité du Paysan noir (Banfora).

« Dès qu’une personne est dépistée séropositive, elle est mise directement sous traitement », soutient Mme Tou. « Selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), si une personne vivant avec le VIH doit vivre 80 ans, elle vivra 80 ans si elle respecte les conditions de vie rangée, de prendre ses médicaments à l’heure. Le VIH/SIDA n’est plus synonyme de mort », appuie Joseph Karambiri.

La transmission de mère enfant éliminée

La prise en charge des PVVIH dans la région des Cascades est à 100%, soit plus que la prévision de l’horizon 2025 (95%), selon le chef d’antenne du SP/CNLS, Alassane Sanou.

Grâce à ces progrès, S.O. et S.D. ne peinent plus à avoir leur traitement. Mieux, de 24 à 8 comprimés par jour, puis à 3, les malades du SIDA ne prennent qu’un seul comprimé par jour pour leur traitement. Un traitement « efficace » contre toutes les formes du VIH (VIH1 et VIH2) explique le chef d’antenne du SP/CNLS-IST, Alassane Sanou.

« Le traitement est très efficace. Il est même considéré comme un moyen de prévention. Si la personne malade suit à la lettre son traitement, sa probabilité de contamination diminue », confie M. Sanou. Dans la région des Cascades, poursuit le chef d’antenne du SP/CNLS-IST, tous les malades dépistés sont sous traitement à 100% de prise en charge.

« L’objectif national de la prise en charge de la maladie à l’horizon 2025 est de 95%, mais dans les Cascades nous sommes déjà à 100% », informe Alassane Sanou. L’avancée la plus notable, foi de M. Sanou, se trouve dans la transmission du virus de la mère à l’enfant. Et c’est le programme de l’Elimination de la Transmission mère enfant du VIH (e-TME) qui a permis cette évolution.

« Une mère ne peut plus transmettre le virus à son enfant pendant la grossesse. Il y a des soins appropriés administrés aux femmes enceintes pour que les enfants ne soient pas infectés », affirme avec joie M. Sanou. Pourtant, H.N.C. avait perdu l’espoir de redevenir mère parce que malade du SIDA. En suivant à la lettre ces soins appropriés, elle a enfanté un garçonnet.

« Mon mari et moi avons accepté la maladie et on vit comme s’il s’était agi du paludisme. Nous avons eu un enfant bien qu’étant malades », conte H.N.C. En classe de CP2 (cours préparatoire 2e année), l’enfant, raconte sa mère avec fierté, est saint (non infecté) et se porte aujourd’hui « à merveille ».

Kamélé FAYAMA


Insécurité et rareté des partenaires

Insécurité et rareté des partenaires Tout comme de nombreuses associations, l’Association aide et assistance aux victimes et orphelins du VIH/SIDA (AVO/SIDA) a fait de la cause des personnes infectées du VIH/SIDA sa raison d’être dans la région des Cascades. Créée en 1996, AVO/SIDA a des points focaux sur l’ensemble du territoire régional. Si l’association a engrangé des résultats positifs depuis une vingtaine d’années dans la lutte contre la maladie et la prise en charge du VIH/SIDA, elle fait aujourd’hui face à des difficultés financières parce que les partenaires techniques et financiers se font quasiment rares. A cela s’ajoute la situation sécuritaire qui limite les actions de l’association. « Un bon nombre de formations sanitaires sont aujourd’hui fermées du fait de la situation sécuritaire. Sinon, on pouvait leur envoyer les médicaments. Du coup, nous n’arrivons pas à atteindre notre cible dans ces localités. Mais nous avons pu contourner cette difficulté en nous appuyant sur les agents de santé communautaire qui, heureusement sont basés dans les villages », soutient Joseph Karambiri, président de AVO/SIDA.

K.F.


Quid du vaccin ?

« Nous avons été témoins des prouesses spectaculaires de la recherche pour le vaccin contre la COVID-19. Cela est dû à l’enjeu de cette maladie qui avait plombé le monde entier. Et si rien n’était fait c’est la survie de l’humanité qui était compromise. Mais comparaison n’est pas raison, l’on ne peut pas comparer ces prouesses pour le vaccin anti-COVID au futur vaccin contre le SIDA. Le cas du SIDA est plus complexe. Ces deux maladies ne sont pas pareilles. Dans le monde, il y a près de 40 millions de personnes qui sont touchées par le VIH/SIDA, et 75% de ces personnes vivent en Afrique et précisément au sud du Sahara. Cette répartition géographique nous pose des problèmes pour ce qui concerne la situation du VIH en Afrique. Mais sachons que vaccin ou pas vaccin, on ne meurt plus du VIH-SIDA mais le vaccin viendra mettre un terme à tout cela. Il est en cours », Joseph Karambiri, président de AVO/SIDA.

K.F.


Une tendance en baisse

L’évolution de la prévalence du VIH en population générale au Burkina Faso au cours des dix dernières années présente une tendance à la baisse. Le Burkina Faso est ainsi placé parmi les pays à épidémie mixte avec une prévalence en population générale qui s’établit à moins de 0,6% et de poches de concentration dans certains groupes spécifiques. Le niveau de prévalence de 2015 à 2018 reste élevé dans certaines régions. Il s’agit du Centre, du Centre-Ouest, Hauts-Bassins, du Nord et Sud-Ouest.

Graphique évolutif de la prévalence par région, suivant la surveillance par site sentinelle de 2015 à 2020 (Source : SP/CNLS-IST)

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