Chronique du carême: le désert, école du cœur et chemin vers Dieu

Chaque année, le Carême s’ouvre par une parole qui nous déstabilise : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Ce n’est pas une menace, mais une révélation puisque nous sommes fragiles, dépendants de Dieu, appelés à renaître par sa grâce. D’où cet appel annuel de l’Eglise nous invitant à revenir à l’essentiel. Aussi, fait-elle de cette quarante ce temps privilégié où prière, jeûne et partage deviennent les trois piliers d’une marche intérieure qui transforme le cœur. C’est un chemin de dépouillement, mais aussi de fécondité spirituelle.

Le désert, lieu de rencontre avec Dieu
Dans la Bible, le désert n’est pas un espace de malédiction, mais de révélation.
• Moïse y reçoit la Loi ;
• Israël y est conduit « pour lui parler au cœur » (Os 2,16) ;
• Jésus y prie et jeûne 40 jours, affrontant les tentations (Mt 4,1-11).
Le désert devient une école de confiance, un lieu où l’on passe de la plainte à l’espérance. Le pape François le décrit comme un espace de silence, loin du tumulte, où la Parole de Dieu peut se faire entendre. Saint Augustin y voit une terre aride où Dieu fait jaillir l’Esprit comme une source. Les moines, depuis des siècles, choisissent ce « désert » pour chercher l’union avec Dieu.
Ainsi, le désert n’est pas vide. Au contraire, il est plein de promesses. Il est le lieu où Dieu nous rejoint pour renouveler notre vie.
Trois attitudes pour vivre le désert
Le Carême nous invite à entrer dans ce désert spirituel à travers trois attitudes essentielles :
• Le silence : il ouvre l’espace intérieur à la Parole de Dieu. Jésus lui-même se retirait dans des lieux déserts pour prier ;
• Le dépouillement : renoncer à l’inutile, aux excès et aux distractions pour retrouver la liberté intérieure.
• L’écoute : accueillir la voix de Dieu dans la prière et dans les signes de la vie quotidienne. Le pape Léon XIV a du reste fait de l’écoute, le premier point de développement de son message de carême de cette année :  cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre.
Ces trois dimensions se complètent car le désert dépouille pour faire silence, le silence prépare à l’écoute, et l’écoute conduit à la rencontre avec Dieu.
Transformer nos déserts quotidiens
Nos vies modernes connaissent aussi des déserts : embouteillages, solitude, monotonie du travail, épreuves familiales, déplacements forcés de populations. Le Carême nous invite à les transformer en occasions de prière ! En quoi faisant ? On peut par exemple, tout simplement :
• Cultiver le silence intérieur : commencer la journée par un temps de prière avant le tumulte ;
• Pratiquer le dépouillement : réduire les distractions, partager avec les plus pauvres, jeûner des excès (chacun connait ses excès ou le lieu de ses excès !) ;
• Ecouter activement : discerner la voix de Dieu dans les événements, les rencontres, les fatigues. C’est ainsi que dans son message pour le carême 2026, le Saint-Père invite à se dépouiller pour mieux entendre la voix de Dieu et se laisser transformer par sa Parole vivante, dans un monde saturé de paroles et de désirs.
Comme on peut le voir, le Carême n’est pas une marche vers le vide, mais vers Pâques : au bout du désert, la lumière du Ressuscité nous attend pour faire de nos vies des oasis de grâce. Et alors, pour que le désert ne soit pas une absence, mais une rencontre, il nous faut accepter de nous dépouiller et nous découvrirons que Dieu nous attend là où nous pensions être seuls. Voilà pourquoi, reconnaître notre fragilité, comme nous le faisons le mercredi des cendres, c’est ouvrir la porte à la grâce qui nous relève !

Abbé Paul DAH
Chargé de communication des CERAO

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