Relance du MAEP : le nouveau secrétaire permanent reçoit les orientations du chef de la diplomatie burkinabè

Le ministre des Affaires étrangères de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur, SEM Karamoko Jean Marie TRAORE a accordé le jeudi 18 avril 2024, une audience à monsieur Brahima OUEDRAOGO, nouveau secrétaire permanent du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs ( MAEP).
Celui-ci dit être venu recueillir les conseils, les avis et les orientations du ministre des Affaires étrangères pour une bonne exécution de sa feuille de route, conformément aux missions que les premières autorités ont bien voulu lui confier.
Sur la question de la mise en œuvre de sa feuille de route, monsieur Brahima OUEDRAOGO fait savoir qu’il faut y aller de façon « prudentielle », étant donné que le MAEP a connu ses heures de gloire et ensuite la période d’accalmie.
Il s’agira donc << d’une relance, et qui dit relance dit partir à petits pas pour rendre fonctionnelle l’institution et la déployer progressivement>>, selon le premier responsable du MAEP.
Quant au ministre en charge des Affaires étrangères, il a reconnu l’immensité du défi qui se présente aujourd’hui au MAEP, un instrument qui dans ce contexte particulier au Burkina Faso, doit servir d’opportunité pour accompagner la Transition en matière de bonne gouvernance, un volet pris en compte à travers le pilier << Refondation>> dans le programme de la Transition.
SEM Karamoko Jean Marie TRAORE a encouragé le Secrétaire permanent du MAEP et son équipe, et les a invités à proposer un plan de travail qu’il s’engage à accompagner pour une mise en œuvre réussie.
Pour lui ce travail doit commencer par une bonne communication sur la relance du MAEP, afin que le citoyen burkinabè puisse se l’approprier à nouveau.
Le nouveau secrétaire permanent du Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP), Brahima OUEDRAOGO a officiellement pris fonction le 5 avril 2024 à Ouagadougou.
Il est attendu de lui, de faire du MAEP une structure porteuse d’espoir pour le Burkina Faso, notamment sur le terrain de la bonne gouvernance.
En rappel, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), a été créé en 2003 par le Comité des chefs d’État et de Gouvernement chargé de la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), comme un instrument d’auto-évaluation volontaire, de la performance des États membres en matière de gouvernance.
DCRP/MAECR-BE

Contrat de performance de l’Enseignement supérieur : le ministre Adjima Thiombiano satisfait des réalisations

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), Pr Adjima Thiombiano a effectué une série de visites de chantiers à l’université Joseph-Ki-Zerbo, le mercredi 17 avril 2024, à Ouagadougou.

L’Etat a entrepris un certain nombre d’investissements dans les universités publiques. Le mercredi 17 avril 2024, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), Pr Adjima Thiombiano était à l’Université Joseph-Ki-Zerbo (UJKZ) à Ouagadougou pour s’assurer de l’état d’avancement des chantiers et de la qualité d’exécution des travaux. Il s’agit du laboratoire de l’Unité de formation et de la recherche en Sciences de la vie et de la terre (UFR-SVT), du Pavillon K (L’amphi 2 500), du centre de pédagogie universitaire, du datacenter et de la bibliothèque universitaire central (BUC) en construction. Pour le laboratoire de l’UFR-SVT, déjà réceptionné, Pr Adjima Thiombiano a salué sa « transformation totale » en termes de qualité, mais surtout l’esprit qui a accompagné cette rénovation en termes de capacité d’accueil des étudiants. « La question des travaux pratiques a toujours été une question cruciale en termes d’insuffisance des infrastructures », a-t-il-fait savoir. Il a poursuivi que la mise en place de ce laboratoire multifonctionnel avec des équi-pements de dernière génération va contribuer significativement à la normalisation des années académiques. « Des travaux pratiques par exemple de biologie digitale, de chimie, de physique peuvent s’y dérouler et la salle peut accueillir plus de 200 étudiants en travaux pratiques, alors, ils n’auront plus à attendre comme, ils le faisaient avant », a-t-il expliqué. Après le laboratoire, le ministre a visité le pavillon K qui renferment des amphithéâtres qui est en pleine rénovation. « Nous avons constaté une transformation totale du pavillon. Il est doté d’écrans, une innovation dans la sous-région. Les étudiants suivront les cours dans les meilleures conditions en présentiel comme en ligne », a t-il laisser entendre. Le ministre en charge de l’enseignement supérieur a également visité le service Datacenter de l’UJKZ. Selon lui, il a pour objet de gérer la connexion internet qui alimente les autres universités comme celui de Fada, de Thomas-Sankara et de Koudougou. « Je dirais que ce service est une adéquation entre les conditions d’études et les exigences du système LMD dont l’une des exigences est de permettre à l’étudiant d’aller chercher les con-naissances là où elles se trouvent », a soutenu le ministre Thiombiano.

La qualité des travaux menés

Le laboratoire de l’UFR-SVT, multifonctionnel, reçoit désormais plus de 200 étudiants pour les travaux pratiques.

Pour le centre de pédagogie universitaire, le Pr Thombiano a déclaré qu’il y a désormais la capacité de mettre en place une commission pour suivre les enseignements dispensés par chacun des enseignants-chercheurs et établir des rapports afin de permettre à l’administration de les sanctionner positivement ou négativement, en vue d’améliorer donc leurs performances. Car, pour lui, la qualité de l’enseignement commence par la qualité des ressources humaines et il s’agit ici naturellement des enseignants. Il a également fait un tour sur le chantier de la Bibliothèque universitaire central (BUC) qui est en cours de construction. A l’issue des visites, le ministre s’est dit satisfait des différents chantiers au regard du travail qui a été abattu. « Nous sommes véritablement rassuré, non seulement de l’efficacité des équipes mais aussi, de la qualité du travail qui est opéré », a-t-il souligné. Il a traduit sa reconnaissance aux Partenaires techniques et financiers (PTF) notamment la Banque mondiale pour l’appui en faveur de l’enseignement au Burkina Faso. Adjima Thiombiano, a relevé que plusieurs chantiers poussent dans presque toutes les universités publiques.

Le président de l’UJKZ, Jean François Silas Kobiane a souligné que les différentes rénovations réduiront les chevauchements académiques. Il a par ailleurs souhaité que les chantiers en cours, soient fonctionnels dès la rentrée académique prochaine. Le président de l’UJKZ a remercié le ministre en charge de l’enseignement supérieur au nom du personnel. Quant au coordonnateur du Projet d’appui à l’enseignement supérieur (PAES), Mamoudou Cissé, il s’est réjoui de cette visite du premier responsable de département. Il a précisé que dans ce projet, 11,5 milliards FCFA ont été répartis sur l’ensemble des universités en fonction des effectifs et des difficultés de chacune d’elles. « L’UJKZ a bénéficié de 5,750 milliards FCFA. La somme a été investie beaucoup plus dans la rénovation de certains bâtiments qui ont été visités par le ministre », a fait savoir M. Cissé. Il a ajouté que plusieurs d’actions se poursui-vent dans les universités en vue d’améliorer la qualité et la performance de l’enseignement supérieur. Le projet d’appui à l’enseignement supérieur est le fruit du partenariat entre l’Etat Burkinabè et la Banque mondiale à travers les ressources de l’Association internationale de dévelop-pement (IDA).

Donald Wendpouiré NIKIEMA tousunis.do@gmail.com

Jacqueline Wêndengûudi OUEDRAOGO (Stagiaire)

Une grande base terroriste détruite

Les forces combattantes ont réussi à neutraliser plusieurs terroristes après de violents combats ces derniers jours dans les régions du Centre-Nord et du Centre-Est, a appris l’AIB mercredi, ce 17 avril 2024.

Entre le 15 et le 17 avril 2024, le 8e Bataillon d’inter-vention rapide (BIR) a mené un travail titanesque dans la région du Centre-Nord, plus précisément à Guinbila, au Nord de Barsalgho. En effet, l’armée s’était repliée de la localité depuis 5 ans et les groupes terroristes ont eu le temps d’y bâtir une grande base. Le 17 avril 2024, à l’entrée de la base, les patriotes ont essuyé des tirs nourris de l’ennemi. S’en sont suivis de violents combats avant que les vecteurs aériens ne viennent en appui. Sur le champ, une frappe ciblée a touché un premier groupe de terroristes qui essayaient de fuir avec des cadavres et des blessés. D’autres fuyards prennent la direction de Taouremba, où, ils se réfugient sous de grands arbres pour échapper aux vecteurs aériens. Les pilotes qui les suivaient depuis belle lurette vont les neutraliser avec des missiles. Des criminels brûlent alors avec leur logistique dans les flammes. Le reste de leurs acolytes sera neutralisé par des chasseurs munis de canons. Outre le Centre-Nord, les boys ont réalisé un exploit, le 16 avril 2024 au matin dans la zone de Sablogo, province du Koulpélogo. En effet, lors d’une mission de reconnaissance dans la forêt de Kankanmogre du côté de Sablogo, les hommes du 11e BIR ont fait face à l’ennemi. C’est au bout d’une heure de combat intense que les terroristes vont prendre la fuite, laissant derrière eux des cadavres et de la logistique.

Agence d’information du Burkina

 

Sécurité : des autorités militaires de la Côte d’Ivoire souhaitent rencontrer leurs homologues du Burkina Faso

Des autorités militaires du Burkina Faso ont accepté la demande de rencontre formulée par leurs homologues de la République de Côte d’Ivoire, a appris l’AIB mercredi 17 avril 2024 auprès de plusieurs sources.

Selon les sources de l’AIB, la rencontre aura lieu dans les prochains jours. Pour l’instant, ni le lieu ni le mobile des échanges n’ont été dévoilés. Mais tout porte à croire que la question de la sécurisation de la frontière commune aux deux pays face aux menaces terroristes et les différends enregistrés ces derniers mois seront à l’ordre du jour.

Agence d’information du Burkina

Sécurité alimentaire et nutritionnelle : ces personnes vivant avec un handicap au front contre la faim

Dans les zones à fort défi sécuritaire du Burkina comme les régions du Nord, du Centre-Nord, du Sahel et de l’Est, la crise humanitaire et le changement climatique ont accentué la vulnérabilité alimentaire et économique des populations. Ainsi, pour renforcer leurs moyens d’existence, les personnes en situation de handicap entreprennent des activités agropastorales et halieutiques. Sidwaya est allé, courant février et mars 2024, à la rencontre de ceux dont la prouesse contribue à la sécurité alimentaire, nutritionnelle et sanitaire des Burkinabè.

Le président du MBDHP/Sanmatenga, Issaka Ouédraogo : « dans la prise en charge d’urgence, on parle de moins en moins des personnes en situation de handicap ».

Sans fil, quartier périphérique à l’Est de Fada N’Gourma, capitale régionale de l’Est. Le soleil commence à distiller ses rayons sur le centre agroforesterie TIN BA, d’une superficie de cinq hectares, sis au secteur 1 de la cité de Yendabli. 8h34mn. En cette matinée du lundi 4 mars 2024, pendant que certaines femmes s’attèlent à la saponification, Oumou Lido, déplacée interne venue de Namounou et handicapée motrice, armée de deux béquilles en aluminium et d’une binette, elle s’attache à désherber ses deux planches verdoyées d’oignon, de chou et d’oseille. Teint clair et voile couvrant tout le corps, la veuve de 42 ans pratique, depuis deux ans, la culture maraîchère dans ce centre, afin de subvenir aux besoins alimentaire, sanitaire et scolaire de ses sept orphelins et quatre autres Personnes déplacées internes (PDI). Selon le gestionnaire du centre, Moussa Combary, pour cette année, 65 femmes sont bénéficiaires d’un jardin potager collectif d’une superficie d’un hectare. Ces amazones pratiquent aussi la pisciculture dans 26 bassins empoissonnés disposés entre les planches de sorte à utiliser les eaux usées des alevins riches en nutriments pour alimenter les plantes potagères. Une activité « très rentable » pour ces femmes devenues cheffes de ménage par la force des choses (le terrorisme, NDLR). Oumou Lido rassure que ses planches lui procurent quotidiennement des condiments bios. Mieux, elle arrive à écouler le surplus de ses récoltes, afin de doter sa famille de vivres. « Rien qu’hier (3 mars 2024, NDLR), j’ai vendu deux sacs et demi d’oseille et de barembouli à 2 500 F CFA. J’ai économisé la moitié et le reste, j’ai géré les petites dépenses de mes enfants », se félicite-t-elle, sourire aux lèvres.

L’handicapée motrice, Oumou Lido : « je n’ai plus de soucis de condiments ».

Oumou dispose d’un autre jardin de culture hors-sol dans sa cour. Avec des pneus, des bidons et des sceaux usés, elle cultive l’oignon, le chou, la salade, l’oseille, le haricot, le gombo, etc. Toute chose qui permet à sa famille de bénéficier d’une ration alimentaire équilibrée. « Depuis le début de mon activité, il y a deux ans, j’ai eu au moins un bénéfice de 100 000 F CFA dans la vente des condiments », précise-t-elle. Des bénéfices qui l’épargnent, selon elle, de la mendicité, et ses cinq bambins, de la malnutrition et de la déscolarisation. D’autres amazones forcent l’admiration à Kaya, chef-lieu de la région du Centre-Nord. Au centre de l’association Tumtumdé des personnes vivant avec un handicap du Sanmatenga (ATPVHS), une vingtaine de combattantes de la faim exploitent depuis deux ans, un jardin collectif d’une superficie d’un hectare. Elles produisent la salade, l’oignon, le chou, l’aubergine, la tomate, l’oseille, le concombre, le haricot local, le gombo, le maïs, le manioc et la patate douce. L’on y trouve également de la papaye, de la mangue et du baobab. Leur jardin est connecté à deux grands bassins d’une capacité de 3 000 alevins. A notre passage, un seul bassin était empoissonné avec 1000 alevins. « Nous utilisons uniquement les eaux usées de la pisciculture et les engrais bio (liquide et compost) fabriqués par nous-mêmes pour la culture maraîchère », rassure le président de l’ATPVHS, Souleymane Tontorogbo, handicapé moteur. Cette pratique est recommandée par les spécialistes afin de réduire l’utilisation excessive des engrais minéraux qui peuvent entrainer la carence des sols en éléments nutritifs.

Des produits maraîchers 100% bio

Zakaria Ouédraogo exploite 450 planches de pomme de terre, de tomate et d’oignon sur les berges du barrage Kanazoé à Ouahigouya.

7h14mn. En cette matinée du lundi 19 février 2024, Haoua Ouédraogo, la cinquantaine bien sonnée, est chargée d’arroser les plantes potagères. Malgré qu’elle ait perdu la planche de son pied gauche, la multipare de cinq enfants manie l’arrosoir avec dextérité. Croix au cou et foulard jaune solidement noué à la tête, dame Haoua soutient que leurs produits 100% bios assurent une consommation saine et une alimentation équilibrée. En termes de recette, la secrétaire générale de l’association, Salamata Kafando, handicapée motrice, juchée sur sa moto tricycle et verre correcteur fixé aux yeux, estime que pour cette année agricole, leur bénéfice mensuel s’élève à environ 150 000 F CFA, après déduction des charges, soit une cagnotte annuelle de 1 800 000 F CFA. Des bénéfices leur permettant d’assurer les besoins alimentaire, sanitaire, scolaire et vestimentaire de leurs enfants. Les pensionnaires du centre pratiquent aussi l’élevage de porcs, d’ovins, de bovins et de la volaille. Philippe Sawadogo, handicapé moteur, s’occupe d’une quarantaine de porcs repartis dans huit compartiments du parc. Son expertise est quotidiennement sollicitée par les populations en termes d’accouplement des porcs et de leur entretien. Pour lui, en plus d’être une source de revenus, l’élevage procure régulièrement de la fumure organique pour la fabrication du compost.

Depuis la survenue de son handicap en 2013, Joseph Ilboudo vit de l’élevage.

Le 17 juillet 2023, le centre a reçu la visite du ministre délégué en charge de l’agriculture et de l’élevage, Dr Amadou Dicko. Une visite qui a permis à l’association de bénéficier d’un traitement vétérinaire gratuit de tous les porcs et d’une dotation de 3 000 alevins pour renforcer sa pisciculture. De même, la direction provinciale de l’agriculture du Sanmatenga leur a octroyés des intrants agricoles dont quatre sacs d’engrais (trois sacs d’urée et un sac de NPK) et quatre boites de semences de concombre. Ces soutiens entrent dans le cadre de la mise en œuvre de l’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025. A Kaya, de nombreuses Personnes en situation de handicap (PSH) mènent des cultures hors-sols. Agée de 40 ans, Edith Ouédraogo, handicapée motrice, exploite, depuis un an, un jardin d’une vingtaine de pneus de véhicules, de sceaux et de sacs en plastique où elle cultive la tomate, l’oignon, l’oseille, l’aubergine, la salade, le poivre, le haricot local, le barembouli et le maïs. Visité, le jeudi 15 février 2024, dans sa cour, sise au secteur 2 de Kaya, son jardin présente une bonne physionomie. La mère de sept enfants indique que les produits de son potager sont exclusivement destinés à la consommation. Edith dit bénéficier du soutien technique et financier de l’OCADES-Kaya en termes de formation, de matériels tels que le grillage, l’arrosoir, le compost, les intrants agricoles et de suivi à domicile. Elle possède aussi une truie, un verrat, un bélier, une brebis et une trentaine de têtes de volaille. Une activité pastorale qui lui permet d’assurer ses charges familiales. « Cette année scolaire, j’ai vendu un bélier à 85 000 F CFA pour payer la scolarité des enfants à 65 000 F et des vivres », se félicite-t-elle. Edith Ouédraogo assure avoir déjà vendu une dizaine de porcs d’un montant d’environ 500 000 F CFA en plus d’une dizaine d’ovins. Les poulets, eux, sont vendus pour habiller les enfants lors des fêtes.

Seul le travail paie

Le président de l’association Tumtumdé, Souleymane Tontorogbo, nourrissant ses alevins offerts par l’Etat.

Dans la cité Naaba Kango, capitale régionale du Nord, Zakaria Ouédraogo, 45 ans, exploite la terre depuis 13 ans pour nourrir sa famille. Résident au secteur 8 de Ouahigouya, cet handicapé moteur (pied gauche) possède pour cette campagne agricole, 450 planches verdoyant de pomme de terre, de chou et de tomate. 9h30mn. En cette matinée du samedi 10 février 2024, nous visitons son périmètre maraîcher sis au barrage de Kanazoé, non loin du camp Zandoma. Avec un investissement d’environ 400 000 F CFA, il espère engranger un bénéfice de 500 000 F CFA, après déduction des charges. Le monogame de trois enfants qui prend en charge ses frères et leurs femmes dit refuser la mendicité depuis sa tendre enfance. « La mendicité ne permet pas au mendiant de réaliser ses projets. Seul le travail paie… », se convainc le maraîcher, deux arrosoirs en mains. Dans son activité, il s’est doté d’une moto, construit une villa F3 (deux chambres-salon-douche interne) et assure la scolarité de ses enfants et ceux de ses frères. Pour cette saison, M. Ouédraogo dit bénéficier de l’engrais à prix subventionné par l’Etat (12 000 F CFA/sac de 50 kg). « Depuis que nous sommes dans l’agriculture, il y a de cela plus de 13 ans, nous n’avons jamais eu de l’engrais subventionné de façon suffisante comme cette année », se réjouit-il. Du fait de leur mobilité réduite, les PSH pratiquent mieux l’élevage de petits ruminants et de la volaille pour survivre. Agé de 59 ans et père de cinq enfants, Joseph Ilboudo réside au secteur 1 Petit Paris de Dori, chef-lieu de la région du Sahel. Ce handicapé moteur élève quatre brebis, deux chèvres, deux vaches et un veau. Cette activité est devenue sa principale source de revenus depuis qu’il a perdu l’usage de ses membres inférieurs en 2013 de suite de maladie dans le village d’Essakane. Juché sur son fauteuil roulant vert-clair, tête rasée et habillé d’un t-shirt marron, M. Ilboudo confie, le 10 mars 2024, que son activité lui permet de prendre en charge sa famille et d’assurer la scolarité de ses enfants. En une décennie, il dit vendre une vingtaine d’animaux aux prix oscillant entre 60 000 et 200 000 F CFA. Pour cette année scolaire, il a vendu trois ovins pour honorer la scolarité de ses enfants et payer des vivres. Habitant au secteur 3 de Kaya, Hamado Ouédraogo, handicapé moteur, 58 ans, lui-aussi, se frotte les mains dans l’embouche de petits ruminants.

L’handicapée motrice, Edith Ouédraogo : « mes récoltes sont exclusivement destinées à la consommation familiale ».

Ce père de six enfants possède un enclos de sept gros béliers renouvelables chaque six mois. Avec un chiffre d’affaires actuel de 490 000 F CFA, son activité pastorale lui permet d’absorber le choc lié à la flambée des prix des denrées alimentaires, au changement climatique et à la crise humanitaire. Malgré son handicap moteur et son âge (75 ans), Aminata Bamogo, résidente au secteur 2 de Kaya, pratique toujours l’élevage avec passion. Chaque matin, comme à l’accoutumée, elle prépare le son à bétail pour son troupeau. Son enclos compte quatre béliers et quatre brebis. Elle possède aussi une vingtaine de poulets. « Si mes brebis mettent bas, j’embouche les agneaux mâles pour les vendre à la Tabaski pour acheter des vivres, solder la scolarité de mes petits-fils et payer du tabac et la cola », indique-t-elle. La grand-mère dit avoir vendu sept béliers dont deux à 105 000 F CFA cette année pour payer la scolarité de ses petits-fils. Une quarantaine de poulets ont été vendus sans compter ceux passés à la casserole. A un jet de pierre de la cour de Aminata Bamogo se trouve une autre personne de troisième âge qui fait de l’élevage, son gagne-pain quotidien. Hado Sawadogo, deux membres inférieurs paralysés, la soixantaine bien sonnée et mère de cinq écoliers, possède cinq ovins et trois caprins. « L’élevage nous aide beaucoup. Si nos vivres finissent, je vends un bélier ou un bouc pour me ravitailler. Si un enfant est malade, je vends un animal pour le soigner.

Un bélier de 250 000 F CFA

Pour cette année scolaire, j’ai vendu trois béliers pour assurer leur scolarité », justifie-t-elle. Hado pratique l’élevage depuis 12 ans. Mamounata Barry, 46 ans, elle, a opté pour l’élevage des caprins. Dans sa cour sise au secteur 3 de Kaya, la veuve de trois enfants possède trois chèvres dont une en gestation. La « pauvre » dame vient de perdre six chèvres de suite de maladie en un mois. Mamounata est handicapée motrice et bossue depuis l’âge de sept ans. Rencontrée, le 22 février 2024, elle avoue que depuis le décès de son mari, il y a de cela un an, elle nourrit ses enfants grâce à la multiplication de ses caprins et à la vente des galettes. Au secteur 5 de Kaya, Haoua Guira, 50 ans et veuve de trois enfants embouche un gros bélier d’une valeur de 250 000 F CFA, selon ses estimations. Cette handicapée motrice compte le vendre à la fête de Tabaski prochaine pour se doter de deux petits béliers et des vivres pour sa famille. « J’utilise ce que je gagne dans le tricotage pour le nourrir. Chaque année, j’ouvre un compte que j’approvisionne régulièrement pour attendre la rentrée scolaire suivante pour les éventuels frais de scolarité de mes enfants », explique dame Guira. Son souhait le plus ardent est de bénéficier d’un soutien financier pour mettre en place une activité génératrice de revenus parallèlement à son élevage. Amtini Diallo, handicapée motrice, 54 ans et mère de quatre enfants pratique l’élevage de volaille dans sa cour sise au secteur 5 de Kongoussi, dans le Bam. Ayant débuté avec deux poulets en 2017, elle compte une vingtaine de têtes dans son poulailler. « Grâce à l’élevage, j’ai pu m’acheter une moto tricycle, acquérir du matériel et des intrants pour la saponification et me soigner d’une grave maladie. J’arrive aussi à nourrir et scolariser mes enfants. De temps à autre, je tue quelques têtes pour enrichir ma sauce », liste-t-elle, sourire aux lèvres et assise sur une natte entourée de ses poulets. Selon les spécialistes, les produits maraîchers et hors-sol possèdent des bienfaits sur la santé du consommateur. A écouter le nutritionniste Tinwendé Sawadogo, en service à la direction régionale de la Santé du Centre-Nord, sur le plan alimentaire, les légumes et fruits sont riches en fibres et participent à la bonne digestion des autres formes d’aliments, en facilitant le transit intestinal. Ces fibres, poursuit-il, jouent un rôle important dans la lutte contre les maladies non transmissibles d’origines alimentaires telles que le diabète de type 2, la goute, la lipidémie, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, etc. Sur le plan nutritionnel, M. Sawadogo soutient que ces produits de la maraîcher-culture ou de hors-sol constituent d’énormes réserves de fibres alimentaires, des vitamines (A, C, B2, B6, K, acide folique, etc.), des minéraux (potassium, fer, magnésium, calcium, cuivre, etc.) et plusieurs composés antioxydants. Le spécialiste précise que les produits issus de la culture hors-sol sont généralement cultivés sans aucune utilisation de pesticides ou d’engrais chimique qui sont nocifs à la santé.

393 476 enfants de 6 à 59 mois malnutris

Tout comme les fruits et légumes, les produits issus de l’élevage présentent des avantages alimentaire et sanitaire. Pour le nutritionniste Tinwendé, la viande et le lait sont riches en protéines de bonne qualité avec leur profil en acides aminés essentiels dont a besoin l’organisme pour son bon fonctionnement. Ils sont également riches en vitamines et minéraux comme le fer, le zinc, le calcium et la B12. Le spécialiste souligne que les légumes, les fruits, la viande et le lait sont disponibles en toute période de l’année et contribuent à l’équilibre de la balance diététique. Ils contribuent donc à la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire des ménages et permettent de lutter contre la malnutrition. Ces différents produits contribuent également à favoriser le développement économique local par la création d’emplois dans les zones urbaines comme dans les zones rurales. La situation de la malnutrition au Burkina Faso demeure préoccupante malgré les efforts du gouvernement et des partenaires techniques et financiers. Selon les données de l’enquête nutritionnelle rapide réalisée par le Ministère en charge de la Santé avec l’appui de l’UNICEF, en juillet 2023, plus d’un enfant sur 10 est atteint de la malnutrition aiguë dans les zones fortement affectées par l’insécurité comme le Sahel, le Centre-Nord, le Nord et l’Est. De même, le rapport de l’enquête SMART 2022 révèle que la malnutrition est toujours présente sous toutes ses formes. Par exemple, la malnutrition aigüe est présente dans toutes les provinces enquêtées, le plus fort taux est celui de la province du Ziro (10,6%) dans le Centre-Ouest, la malnutrition chronique est plus présente dans le Kourwéogo (37,7%) dans la région du Plateau central et l’insuffisance pondérale est plus présente dans le Passoré (20,3%) dans la région du Nord. Selon le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC 2022-2023), 393 476 enfants âgés de 6-59 mois souffrent de la malnutrition aigüe dont 95 557 de la forme sévère. Chez les femmes enceintes et femmes allaitantes, 79 906 souffrent de malnutrition.

A côté de ses formes par carence en macronutriments, coexistent celles par excès en micronutriments. On note 0,6% d’enfants de 6-59 mois dans le Centre-Est qui en souffriraient de l’obésité (SMART 2022). Chez les adultes, 7% de la population serait obèse (STEP, 2021). En dépit de leurs efforts consentis dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, la plupart des PSH se disent oublier par les services de l’Action humanitaire au profit des PDI. « Dans la prise en charge d’urgence, on parle moins des PSH malgré qu’elles se battent quotidiennement pour renforcer leurs moyens d’existence », corrobore le président provincial du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP)/section Sanmatenga, Issaka Ouédraogo. Il estime que quelle que soit la situation dans laquelle un pays se trouve, il n’y a pas de raison qu’on oublie une catégorie de personnes sinon, cela devient une faute et on parlera de violation de droit humain. M. Ouédraogo appelle donc l’Etat et ses partenaires à revoir leur copie pour une prise en charge inclusive des personnes vulnérables. La cherté des intrants agropastoraux, la rareté des races animales, l’insuffisance d’eau, la mévente (bétails) et le manque de hangars pour les animaux et la volaille sont les difficultés rencontrées par les PSH. De ce fait, le nutritionniste Sawadogo préconise de privilégier les races locales plus accessibles et adaptées aux réalités environnementales, les intrants bios qui sont fabriqués localement par les acteurs eux-mêmes. Il souhaite que l’Etat et ses partenaires renforcent les capacités des PSH dans les domaines de l’élevage et de l’agriculture et subventionnent les intrants agropastoraux à leur profit.

Emil Abdoul Razak SEGDA Segda9emil@gmail.com

Mois du patrimoine burkinabè : citoyens, appropriez-vous vos sites !

Le Premier ministre, Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambela a lancé officiellement, le mercredi 17 avril 2024 à Ouagadougou, les activités de la IIe édition du mois du patrimoine burkinabè.

La IIe édition du mois du patrimoine burkinabè se tient, du 18 avril au 18 mai 2024, sous le patronage du Président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré. La cérémonie de lancement des activités a été présidée par le Premier ministre, Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambela, le mercredi 17 avril 2024 à Ouagadougou. Placé sur le thème : « L’éducation au patrimoine, facteur de cohésion sociale au Burkina Faso », l’événement a été émaillé de discours, prestations de danse et de musique traditionnelle et visite du site des habitats burkinabè au musée national.

Au nom du président du comité d’organisation, la secrétaire générale adjointe du ministère en charge de la communication, Adama première jumelle Segda a déclaré que ce mois du patrimoine donne l’occasion de célébrer nos racines, nos coutumes et nos valeurs communes. « Au cours des prochaines semaines, nous aurons la chance d’explorer notre histoire à travers des expositions, des conférences et des ateliers. Nous découvrirons les récits de nos ancêtres, les héros méconnus qui ont façonné notre société et les forces de nos traditions», a-t-elle poursuivi. A cet effet, elle a remercié tous ceux qui ont contribué à l’organisation de cet événement et qui œuvrent à faire de cette période dédiée au patrimoine burkinabè des moments inoubliables. Ainsi, Mme Segda a invité le peuple burkinabè à s’approprier cette opportunité que nous offre le gouvernement en faisant de cette initiative la nôtre. « Durant ce mois et tout au long de l’année, rencontrez vos parents, vos voisins. Partagez vos histoires et laissez-vous inspirer par la richesse de notre patrimoine », a-t-elle expliqué.

Le Premier ministre Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambela a visité le site des habitats burkinabé au sein du musée national de Ouagadougou.

Pour l’occasion, le ministre d’Etat, ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Jean Emmanuel Ouédraogo a prononcé le discours du président de la Transition. A l’entendre, au cours de ce mois du patrimoine burkinabè, « nous sommes tous exhortés à visiter nos espaces et sites patrimoniaux, notamment les musées, les cours des rois et chefs traditionnels, les enceintes religieuses… ». Cela dans la perspective de renouer avec notre histoire. De son avis, cette période doit être un moment de réflexion et d’introspection pour chacun de nous, d’évaluation critique de notre contribution à l’édification de cette société que nous voulons fonder sur des valeurs communes partagées. En outre, le ministre en charge de la culture a confié qu’il faut avoir le courage de se demander si certaines valeurs fortement clamées et exhibées gardent encore l’essence même de leur signification et si elles conservent le rôle qui leur était jadis assigné. Il a aussi appelé les autorités coutumière et religieuse de toutes les confessions à s’approprier suffisamment la célébration de notre patrimoine culturel. Car, nul n’a besoin de s’appesantir sur l’influence que peuvent avoir les religions sur les cultures des peuples et vice-versa. A ce titre, il a déclaré que leurs contributions sont essentielles dans la préservation de notre patrimoine cultuel.

Evariste YODA

Sauvons ce qui peut toujours l’être

Le ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement a organisé, le lundi 15 avril 2024 à Ouagadougou, un atelier national de réflexion et de concertation des acteurs des Chantiers d’aménagement forestier (CAF). La concertation visait à faire un diagnostic de la situation, relever les insuffisances et formuler des recommandations tenant compte des enjeux du moment à même d’assurer une gestion durable des massifs forestiers et améliorer significativement la question sécuritaire qui prévaut dans les CAF.

Lors de l’atelier de Ouagadougou, le ministre en charge de l’environnement, Roger Barro, a révélé que pour le cas spécifique du CAF de Sapouy-Bieha, dans la province du Ziro (Centre-Ouest), on note plus de 640 hectares sous exploitation agricole, l’implantation de bornes par des particuliers et des sociétés immobilières sur plus de 230 hectares du CAF, l’implantation de fermes avicoles, plus de 200 ha de plantation de verger, etc. Selon les statistiques de l’occupation/utilisation des terres au Burkina Faso de 2000 à 2022, la régression des superficies forestières est estimée à 83 584,29 hectares/an au Burkina Faso. Une telle régression, pour le ministère en charge de l’environnement, constitue un « signal alarmant ». Nul ne l’ignore, la forêt est essentielle pour l’existence humaine. Et son absence totale peut être fatale pour tous. Autant dire que la question de la préservation des forêts demeure primordiale.

Il est établi que les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ainsi que leurs alentours ne disposent plus d’espaces libres du fait de l’urbanisation. L’un des facteurs ayant occasionné cette rareté des forêts est leur accaparement suivi de leur destruction par des particuliers et des sociétés immobilières. Autour des grandes villes, l’on constate, entre autres, l’implantation de fermes avicoles, de plantations, de verger, d’habitations et de superficies délimitées par des marquages. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le phénomène a gagné la quasi-totalité des localités du pays. Le reboisement, constitue l’une des alternatives. A ce sujet, des initiatives salutaires ne manquent pas. Rien que ces deux dernières semaines, des ambassades, des sociétés d’Etat comme la SONABEL et l’ONEA se sont joints à des entités telles que le ministère en charge de l’environnement et la mairie de Ouagadougou pour des opérations de reboisement dans la ville. Il reste à souhaiter que ces genres d’initiatives se multiplient. Mais le plus important, à notre sens, reste la prise de conscience collective et individuelle permettant de se rendre compte de la gravité de la situation. Toute chose qui pourrait permettre de préserver le peu de forêt qui reste encore au Burkina Faso. Il y va de la vie de tous et de la survie de la terre entière.

Alban KINI alban_kini@yahoo.fr

Lutte contre la drogue : 40 kg de chanvre indien saisis à Ouagadougou

Le lundi 16 avril 2024, un coup significatif a été porté contre le trafic de drogue à Ouagadougou. En effet, la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF) a réussi une saisie majeure de 40 kg de drogue. Cette prise remarquable met en lumière les efforts soutenus des autorités pour démanteler les réseaux criminels qui tentent de prospérer dans le pays.

Les agents de la CNLF ont agi sur des renseignements précis, aboutissant à la découverte et à la confiscation de 40 kg de drogue, identifiée comme étant du « chanvre indien ». La drogue était soigneusement conditionnée dans des plaquettes, avec une valeur marchande estimée à plus de 10 millions de francs CFA. Face au professionnalisme des agents, le fraudeur a abandonné précipitamment son engin et a pris la fuite. Cette saisie représente un revers significatif pour son réseau, tout en envoyant un message clair aux autres contrebandiers. Elle souligne également, l’engagement ferme des autorités burkinabè à combattre le trafic de drogue et à protéger la société contre ses effets dévastateurs. Aussi, elle renforce la nécessité d’une coopération continue entre les forces de l’ordre et la population pour endiguer ce commerce illicite.

Coordination nationale de lutte contre la fraude

Dette publique du Sénégal : le duo Faye-Sonko face au legs de l’« émergence »

Dans cette tribune, l’économiste et analyste politique sénégalais, Ndongo Samba Sylla, livre son analyse sur les défis auxquels le nouveau président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et son gouvernement conduit par le premier ministre Ousmane Sonko, devraient faire face, notamment en matière de ruptures majeures nécessaires pour accélérer les transformations économiques, mais surtout de gestion de la dette publique « salée » « léguée » par le régime de Macky Sall.

 

L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, Président fraîchement élu, et de son ami et mentor, Ousmane Sonko, nouveau Premier ministre, charrie les espoirs de la majorité des Sénégalais. La jeunesse, en particulier, a consenti de lourds sacrifices pour la réalisation de l’alternance politique. Elle attend avec impatience des ruptures majeures qui pourront accélérer les transformations économiques sans lesquelles chômage, sous-emploi, marginalisation et précarité continueront d’obérer son avenir.

L’économiste et analyste politique sénégalais, Ndongo Samba SYLLA : « La responsabilité du système CFA dans l’endettement extérieur chronique des pays membres n’est pas difficile à établir ».

Le duo Faye-Sonko a pu bénéficier de la confiance de nos compatriotes pour avoir articulé un discours et un programme en résonance avec les préoccupations des jeunes et des segments les plus vulnérables et avec les demandes de bonne gestion et de transparence publique. Les ambitions louables et la vision socioéconomique progressiste de leur mouvement devront cependant composer avec le bilan financier « salé » de l’« émergence » qui a été promise par le régime précédent.

Si Macky Sall peut se prévaloir d’avoir obtenu durant ses deux mandats un taux annuel moyen de croissance économique supérieur à ceux observés pour ses prédécesseurs, cela est dû notamment au fait qu’il a bénéficié d’un contexte international plus favorable (ce dont témoignent les performances assez similaires de quelques pays voisins) et qu’il ne s’est pas privé de recourir activement à l’endettement extérieur.  En 2012, Macky Sall a hérité d’un stock de dette publique extérieure (public and publicly guaranteed) de 4,2 milliards de dollars, soit 23,7 % du Produit Intérieur Brut (PIB), qu’il a porté à 14,5 milliards de dollars en 2022, soit 52,5 % du PIB, selon les données de la Banque mondiale.

Certes, au regard des perspectives de croissance économique associées à l’exploitation du pétrole et du gaz, le ratio entre le stock de dette publique et le PIB pourrait diminuer, se diront certains, pour se rassurer. Mais ce raisonnement ne serait pas tout à fait approprié, notamment parce que le ratio dette publique/PIB est un indicateur pratiquement inutile, quand bien même il serait fort prisé.

Les gouvernements souverains sur le plan monétaire (qui ne s’endettent que dans leur propre monnaie et qui évoluent en changes flottants) n’ont pas de contrainte de solvabilité tandis que ceux dont la souveraineté monétaire est moindre peuvent faire défaut à tout moment. En 2022, le gouvernement du Pérou était endetté en monnaie étrangère et pour partie en monnaie nationale. Il a fait défaut avec un ratio dette sur PIB de l’ordre de 33,4 % tandis que le gouvernement japonais, avec un ratio d’endettement de 254 %, cette même année, ne peut jamais faire défaut, du fait de sa souveraineté monétaire.

 

En matière de solvabilité extérieure, le taux de croissance économique agrégé est moins important que l’évolution des revenus extérieurs, notamment la croissance des revenus d’exportation contrôlés par le gouvernement. Parce que la dette extérieure est payée en devises fortes. Si vous avez par exemple un service de la dette de 100 dollars, le fait de pouvoir taxer votre économie pour obtenir l’équivalent en monnaie nationale de cette somme (aspect budgétaire) ne résout pas votre problème (le paiement en dollar). Si les 100 dollars ne sont pas disponibles dans le système financier domestique, la dette extérieure ne pourra pas être honorée.

11 000 milliards F CFA de services de

la dette sur la période 2024-2029

Entre 2010 et 2021, le ratio entre le stock de dette extérieure et les recettes d’exportation s’est empiré, passant de 136 % à 466 %. Sur la même période, la part du service de la dette dans les revenus d’exportation a bondi de 5 % à 28 %. En d’autres termes, l’évolution de l’endettement extérieur a été beaucoup plus rapide que celle des revenus d’exportation.

L’un des péchés économiques des plans d’ « émergence » au Sénégal, comme sur le reste du continent, a été de stimuler des dynamiques d’endettement en monnaie étrangère qui n’ont ni vraiment dopé leurs exportations ni permis de réduire relativement leurs factures d’importations (par le biais de leur substitution avec la production locale). S’il en a ainsi été, c’est parce que les plans d’« émergence » ont souvent consisté à prendre des dettes en devises fortes pour financer des projets d’infrastructures exécutés par des entreprises étrangères.

Le problème est le suivant : ces projets ont beau être très rentables, pour la plupart ils ne génèrent que de la monnaie nationale, pas des dollars ou des devises fortes. C’est-à-dire que ces projets, financés en devises fortes, ne peuvent pas se rembourser d’eux-mêmes en devises fortes. Pour payer le service de la dette extérieure qui leur est associé, et également permettre la conversion en devises fortes puis le rapatriement des profits et des dividendes obtenus en monnaie nationale par les entreprises étrangères, les gouvernements doivent compter sur les sources traditionnelles de revenus extérieurs et/ou sur de nouveaux emprunts en monnaie étrangère.

Quand la plupart des projets financés par l’emprunt étranger ont ce type de profil, il suffit d’un choc négatif sur les sources traditionnelles de revenus (baisse des prix des matières premières) ou d’une hausse des taux d’intérêt sur les marchés financiers internationaux pour qu’une crise de dette souveraine pointe son nez.

Alors que les paiements cumulés au titre du service de la dette extérieure ont atteint 7,8 milliards de dollars entre 2012 et 2023, le duo Faye-Sonko fera face entre 2024 et 2029, c’est-à-dire d’ici à la prochaine élection présidentielle, à un service de la dette publique extérieure de l’ordre de 11,6 milliards de dollars. Jamais, auparavant, dans l’histoire du pays, un gouvernement n’aura été confronté à une charge de la dette aussi importante en termes absolus et en un temps aussi court. De 1960 à 2017, le service annuel de la dette publique extérieure n’a jamais dépassé 300 millions de dollars. Depuis 2021, le cap du milliard de dollars a été franchi et a continué d’augmenter. Si le service de la dette intérieure est pris en compte, c’est près de 18 milliards de dollars, soit environ 11 000 milliards de francs CFA qui devront être payés aux créanciers du Sénégal durant la période 2024-2029. De telles sommes représentent une ponction importante à la fois sur les finances publiques et les ressources du pays.

Avec la Côte d’Ivoire et le Bénin, le Sénégal fait partie des rares pays africains pour lesquels le montant du service de la dette attendu pour la période 2024-2029 est supérieur au cumul du service de la dette observé pour la période 2012-2023. La responsabilité du système CFA dans l’endettement extérieur chronique des pays membres n’est pas difficile à établir. L’absence de financements adéquats, notamment en ce qui concerne les secteurs agricole et industriel, décourage la production intérieure.

Nécessaire contrôle technique et fiscal sur les secteurs exportateurs

La surévaluation du taux de change pénalise les exportations, rend la production locale peu compétitive et facilite les importations. Ce qui crée une situation de déficit permanent de la balance commerciale et plus généralement de perte chronique de devises dans les transactions courantes.

Dans la plupart des pays du Sud, les déficits prolongés de la balance courante entraînent souvent une dévaluation/dépréciation de leur taux de change. Dans le cas des pays de l’UEMOA, le maintien des déficits extérieurs et de la parité fixe vis-à-vis de l’euro n’a été possible qu’à la condition de renforcer la dépendance financière extérieure (dettes en monnaie étrangère et investissements directs étrangers). Nulle surprise dès lors que dans tous ces pays la croissance économique ait pour carburant le capital étranger et qu’elle soit « extravertie ».

À côté d’une dette extérieure de plus en plus pesante, il faut tenir compte des passifs contingents – c’est-à-dire des engagements financiers qu’un État prévoit d’honorer au cas où un scénario non désirable se produit – qui sont légion dans les contrats de partenariat public privé (PPP) signés par le régime précédent et qui sont de véritables bombes à retardement budgétaires.

Par ailleurs, les rapatriements de profits et de dividendes sont censés augmenter considérablement avec l’entrée du Sénégal dans l’économie pétro-gazière, selon les projections du FMI (décembre 2023). Dans la balance des paiements, les « revenus primaires » renvoient aux intérêts sur la dette extérieure, aux profits et dividendes rapatriés et aux rémunérations des travailleurs expatriés.

En 2022, les revenus primaires transférés depuis le Sénégal s’élevaient à 944 milliards de francs CFA dont 323 milliards au titre des intérêts sur la dette publique. En 2028, ils devraient atteindre 1159 milliards de francs CFA (dont 428 milliards pour les intérêts sur la dette publique). Cette exportation du surplus économique constitue ce que les économistes du développement appelaient « sous-développement ». À l’ère néolibérale, le même phénomène est qualifié d’ « émergence » du fait de l’illusion créée par le constat de taux de croissance économique élevés !

Dans un tel contexte, tenir ses promesses sur les plans social et économique sera d’autant plus une gageure que les dispositions du budget 2024 ajoutent quelques difficultés supplémentaires. Ce dernier a été présenté d’une manière qui exclut du calcul des dépenses et du déficit publics des amortissements d’un montant de 1248 milliards de francs CFA devant être refinancés. Il prévoit notamment une réduction de moitié des subventions à l’énergie et une élimination graduelle de celles portant sur les produits alimentaires. Si ces mesures sont conformes avec les exigences des bailleurs de fonds qui réclament un « retour à l’orthodoxie budgétaire », elles sont cependant en porte-à-faux avec l’engagement du nouveau gouvernement de soulager les ménages par rapport à la cherté de la vie.

En marge du « système » politicien, le duo Faye-Sonko devra faire face à un adversaire plus coriace : le séculaire « système dette », c’est-à-dire les conditions qui maintiennent les pays du Sud dans un schéma structurel de dépendance financière et de crises économiques récurrentes.

Outre la nécessité d’une gestion transparente et rationnelle des ressources publiques, il faudra un plus grand contrôle technique et fiscal sur les secteurs exportateurs, un modèle économique davantage orienté sur l’élargissement des marchés intérieurs ainsi que la souveraineté monétaire, un pilier nécessaire, quoique non suffisant, pour s’extirper graduellement du « système dette ».

Ndongo Samba SYLLA,

économiste, analyste politique sénégalais

9e Sommet des DG des sociétés d’assurance

La croissance durable du secteur assuranciel africain débattue à Victoria Falls La compagnie panafricaine de réassurance, Continental Reinsurance a organisé, la IXe édition du sommet des directeurs généraux des sociétés d’assurance, les 11 et 12 avril 2024, à Victoria Falls, au Zimbabwe sur le thème : « Unité dans la diversité : harmoniser croissance et responsabilité dans l’assurance en Afrique ».

Les panelistes ont abordé des thèmes comme la régulation, l’innovation, l’inclusion du genre et du handicap, la gouvernance sociale, environnementale d’entreprise dans le secteur assuranciel africain.

La compagnie panafricaine de réassurance, Continental Reinsurance, continue de jouer sa partition pour le développement du secteur de l’assurance et de la réassurance en Afrique. Dans cette dynamique, elle a organisé, la IXe édition du sommet des directeurs généraux des sociétés d’assurance, les 11 et 12 avril 2024, à Victoria Falls, au Zimbabwe sur le thème : « Unité dans la diversité : harmoniser croissance et responsabilité dans l’assurance en Afrique ».

Les participants ont eu des échanges enrichissants sur les perspectives de croissance durable et d’évolution du marché assuranciel africain.

Cette rencontre annuelle a été l’occasion pour les cadres d’assurance, venus d’Afrique du Sud, de la Côte D’Ivoire, du Kenya, de Lesotho, du Nigéria, de la Tunisie, de la Zambie, du Zimbabwe, etc. de se pencher sur le rôle de la diversité dans la stimulation de l’innovation sur le marché assuranciel africain. Ce sommet a également servi de tribune pour les participants d’échanger et de partager les expériences sur l’intérêt des sociétés d’assurance africaines à être plus inclusives, en œuvrant à améliorer leurs pratiques en matière de recrutement, d’aménagement physique de leurs bureaux, de développement de nouveaux produits assuranciels pour un changement qualitatif du marché africain des assurances.

Pour le directeur général de Continental Reinsurance, Lawrence Nazare, ces 48 heures de travaux sont une occasion pour mettre en évidence les considérations clés qui sont à la confluence de la gouvernance sociale, Environnementale d’entreprise (ESG) et des défis quotidiens auxquels, les assureurs sont confrontés en affaires dans ce monde aux flux accélérés. Il est plus qu’urgent que les entreprises et les Etats intègrent la crise climatique, le développement durable dans leur politique de gouvernance.

Couvrir des risques de plus en plus complexes

« L’impact généralisé et dramatique du changement climatique sur notre environnement et les phénomènes et événements météorologiques extrêmes qu’il entraîne doivent être une priorité dans tout discours. Les défis urgents soulignent la nécessité pour les gouvernements et les régulateurs de s’adapter et de gérer de multiples scénarios imprévus », a-t-il souligné.

Selon la sénatrice kenyane, Crystal Asige, le handicap ne fait pas de discrimination, mais ce sont les hommes et les femmes qui le font.

Selon lui, face au sentiment de désespoir écrasant qui accompagne le fait d’essayer de gérer des entreprises et d’y faire face alors que le rythme du changement défie les outils traditionnels de gestion, l’adaptation devient un impératif. Et dans un contexte où l’activité humaine et les phénomènes naturels engendrent des risques, les assureurs et les réassureurs sont plus que jamais appelés à couvrir des risques de plus en plus complexes et qui se manifestent finalement par des réclamations d’assurance et des conflits inévitables, a conclu le DG de Continental Reinsurance.

La sénatrice kenyane, Crystal Asige, par ailleurs malvoyante, a insisté sur l’importance de l’intégration de l’approche inclusive dans la gouvernance d’entreprise. Selon elle, le handicap ne fait pas de discrimination, mais ce sont les hommes et les femmes qui le font. « L’inclusion du handicap apporte des idées intelligentes. Les entreprises qui accordent cette priorité à l’inclusion ont quatre fois plus de chance de réaliser de meilleurs bénéfices. Les entreprises qui investissent dans les personnes handicapées ont vu leurs bénéfices augmenter de 30 % et leurs revenus de 200 %. Les différences sont un tremplin vers la réussite », a-t-elle fait savoir. Avec 90% des personnes vivant avec un handicap qui sont au chômage, elle a appelé les entreprises à avoir des politiques inclusives, à être donc des champions de l’inclusion.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

(De retour de Victoria Falls, Zimbabwe)

 

Construction de la centrale_solaire de Donsin: L’Assemblée Législative de Transition valide la loi de financement de près de 30 milliards de FCFA

L’Assemblée Législative de Transition(ALT) a adopté le mardi 16 avril 2024 à l’unanimité, le projet de loi portant autorisation de ratification de la convention de prêt concessionnel signée le 29 septembre 2023, entre le Burkina Faso et la Banque Export Import de Chine (EXIMBANK). Il concerne le financement du projet de construction de la centrale solaire de 25MWc avec 5MW/20MWh de stockage à Donsin, province de l’Oubritenga, région du Plateau central. Le Ministre de l’Energie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré GOUBA qui a représenté le gouvernement était assisté de ses collaborateurs.

Selon le Ministre en charge de l’Energie, Yacouba Zabré GOUBA, la particularité de cette centrale réside dans le volet du stockage. Pour lui, le stockage permettra un lissage du réseau pour faire face aux perturbations du réseau liées aux intermittences. Le premier responsable en charge de l’énergie a aussi expliqué que le projet permettra de sécuriser l’aéroport de Donsin en termes d’approvisionnement en énergie et d’augmenter la production nationale de 45 Gigawattheure par an, soit une augmentation de 6% de la production actuelle. Il va aussi permettre de raccorder plus 50 000 nouveaux ménages et former plus de 50 cadres du secteur de l’énergie. Son coût est évalué à plus de 29 milliards de FCFA et est financé par EXIMBANK. La construction de la centrale solaire de Donsin de 25MWc était prévue démarrer en janvier 2024 pour un délai d’exécution de 15 mois. « L’entreprise a marqué son accord pour démarrer les travaux sur fonds propres dès que le projet est validé par l’Assemblée législative de transition » a rassuré le ministre GOUBA. A l’en croire, cette anticipation permettra de rattraper le retard.

Direction de la Communication et des Relations Presse

Semaine nationale de la culture 2024 : l’Union européenne apporte un soutien de 82 millions F CFA

Le ministre d’Etat, ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Jean Emmanuel Ouédraogo a reçu en audience, le mardi 16 avril 2024, l’ambassadeur de l’Union européenne au Burkina-Faso, Daniel Artisti Gaztelumendi.

La 21e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) se tiendra, du 27 Avril au 4 Mai 2024 à Bobo-Dioulasso sur le thème : « Culture, mémoire historique et sursaut patriotique pour un Burkina nouveau ». L’Union européenne (UE) n’entend pas être en marge de cet évènement culturel. C’est pourquoi son ambassadeur, Daniel Artisti Gaztelumendi est allé, le mardi 16 avril 2024, apporter son soutien au ministre d’Etat, ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Jean Emmanuel Ouédraogo. A sa sortie d’audience, l’ambassadeur Gaztelumendi a fait savoir que la délégation est venue échanger avec le ministre en charge de la culture sur leur contribution pour le bon déroulement de la semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso. Il a annoncé sa participation et son soutien financier à travers la réalisation de certaines activités à la SNC. « Nous allons accompagner l’organisation avec l’installation de quatre cent (400) chapiteaux et stands, l’installation de podiums un peu partout dans la ville de Bobo-Dioulasso afin que les artistes puissent faire des prestations. Il y aura également des prix qui seront attribués aux meilleurs chanteurs, meilleurs danseurs, meilleurs artistes des arts plastiques… », a-t-il dévoilé. Il a affirmé que toutes ces activités seront financées à hauteur de quatre-vingt-deux (82) millions francs CFA.

L’ambassadeur a par ailleurs précisé que le partenariat entre l’UE et le ministère en charge de la culture est une collaboration de longue haleine. « Depuis cinq (5) ans, nous avons un grand programme pour soutenir la culture au Burkina. Car la culture est un vecteur essentiel de valeurs comme la paix, le vivre-ensemble, la cohésion sociale », a souligné l’ambassadeur de l’Union européenne. Il a également confié que la culture véhicule une dimension économique très importante. Car, à travers le programme, il y a eu 200 initiatives de projets qui ont été lancées et environ cent petites entreprises qui ont été créées dans le domaine de la culture. « Ces initiatives de projets et d’entreprises vont continuer dans le temps et cela va créer de l’emploi et réduire le chômage dans le pays », a affirmé Daniel Artisti Gaztelumendi.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

Feux de brousse au Sud-Ouest : une menace persistante pour l’environnement

Au Burkina Faso, pendant la saison sèche, on assiste à des incendies spontanés dans la brousse. Ces incendies récurrents représentent une menace majeure pour la région du Sud-Ouest tant sur le plan environnemental que socio-économique. Ce phénomène ravage l’environnement, défiant les efforts de lutte contre la déforestation déployée par les autorités. Dans cette région où la pluviométrie est abondante, l’Homme demeure le principal instigateur de ces brasiers dévastateurs de l’environnement. Reportage !

Gaoua, mercredi 28 février 2024. 8 heures 24 minutes. Le jour s’est levé sur la ville endormie de Gaoua, capitale régionale du Sud-Ouest. Un crépuscule de cendre enveloppe les environs alors que nous entamons notre voyage sur la nationale 11, en direction de Batié, dans la province du Noumbiel. A peine une dizaine de kilomètres franchis et déjà, le paysage se métamorphose en un tableau sinistre. Des troncs d’arbres calcinés, des branches tordues comme des cris figés dans le temps, un décor en noir, blanc et vert qui témoigne de la fureur des flammes. La route elle-même semble porter les stigmates de ce brasier, avec une poussière épaisse qui ne parvient pas à masquer la désolation environnante. L’air est lourd, saturé de l’odeur âcre du brûlé. A chaque inspiration, nos poumons se remplissent de ce parfum amer, nous rappelant l’implacable réalité de la nature en colère. Les statistiques peuvent manquer, mais les cicatrices laissées par les incendies récents sont indéniables. Des étendues de terre dévastées s’étendent à perte de vue, témoignant d’une lutte désespérée contre un ennemi invisible, mais implacable. « En dehors des villes, des villages, des terres cultivables, des plantations et des collines, tout brûle ici », nous confie avec désolation le directeur régional en charge de l’Environnement du Sud-Ouest, le commandant Passolognaba Ismaël Rouamba. D’une localité à l’autre, le constat est donc le même.

Trois passages de feu dans l’année

Dans cette région au relief accidenté du Sud-Ouest, le feu fait rage, dévorant tout sur son passage. Au loin, une fumée s’élève des flancs d’une colline, près du village de Loto, dans la province de la Bougouriba. C’est un feu de brousse, une scène malheureusement familière pour les habitants de la région. « En cette période de l’année, cette scène est fréquente dans la localité », nous confie le président du Comité villageois de développement (CVD) de Loto, Bimpoté Dabiré. Selon le CVD de Loto, les incendies sont souvent déclenchés par les chasseurs de gibier, désireux de déloger leurs proies de leur refuge naturel. Le climat aride et la densité du tapis herbacé de la région fournissent le combustible parfait pour alimenter ces flammes voraces.

Le directeur régional en charge de l’environnement du Sud-Ouest, le commandant Passolognaba Ismaël Rouamba : « Nous allons, sans relâche, renforcer les sensibilisations et identifier les vrais acteurs des feux de brousse ».

Il précise que lorsque le tapis herbacé est dense, un petit feu peut rapidement devenir un brasier incontrôlable », explique le directeur régional. Selon lui, les incendies de brousse se présentent sous différentes formes et selon diverses origines. Certains sont intentionnellement allumés pour des raisons d’aménagement du territoire. « L’auteur de ce type de feu est capable de le contrôler et de le contenir dans une certaine zone définie », ajoute-t-il. Tandis que d’autres échappent au contrôle de leurs auteurs, se propageant rapidement et dévorant tout sur leur passage. Ces feux, dit le commandant, sont généralement désignés comme « sauvages », car ils ne sont pas intentionnellement maîtrisés. Cette destruction implacable ne connaît pas de répit, surtout pendant la saison sèche, avec trois passages de feu dévastateurs, selon les services en charge de l’environnement. Les premiers, moins dangereux, marquent le début de la saison des feux de brousse en novembre, suivis par des flambées plus intenses en décembre et janvier et enfin, les plus redoutables en mars et avril, marquant la fin de cette saison infernale. Les feux de cette période sont considérés comme les plus dangereux, car ils peuvent consumer tout sur leur passage, formant un terrain dégagé sans végétation. « Ce dernier feu épargne peu de choses », indique l’autorité régionale en charge de l’environnement. Les causes de ces incendies sont multiples et souvent liées aux activités humaines. Les défrichements agricoles, les chasses coutumières et même les gestes imprudents du quotidien peuvent déclencher des flammes qui échappent à tout contrôle. « Si, le feu n’est pas correctement maîtrisé par les femmes ou si les enfants manipulent le feu près des concessions où la végétation est proche, cela peut entraîner des incendies de brousse », fait savoir le commandant Passolognaba Ismaël Rouamba. Les conséquences de ces incendies sont désastreuses, tant sur le plan environnemental qu’économique.

Des conséquences dévastatrices

Les arbres malchanceux sont réduits en cendre.

L’une des conséquences des feux de brousse est la destruction totale de la végétation. Les flammes voraces ravagent tout sur leur passage, réduisant en cendre les buissons et les herbes. « Les exploitations agricoles ne sont pas épargnées et les récoltes non encore opérées sont souvent englouties par les flammes. C’est une perte pour nous car cela compromet notre subsistance et notre sécurité alimentaire », explique Bimpoté Dabiré d’un ton peiné sans lever les yeux. Des explications des services de l’environnement du Sud-Ouest, il ressort qu’un autre aspect crucial des feux de brousse est leur impact sur la biodiversité. La faune et la flore de la région subissent des pertes irréparables à cause de ces incendies dévastateurs. Les habitats naturels sont détruits, forçant de nombreuses espèces animales à fuir ou à mourir. Les plantes endémiques sont également gravement affectées, mettant en péril l’équilibre écologique de la région. Le CVD de Loto jette un regard dans le vide, puis affirme que le feu à un impact négatif sur les rendements agricoles, avant de hocher la tête comme pour manifester son impuissance face au phénomène. Agriculteur dans le village de Bapla à une dizaine de kilomètres de Diébougou, Judicaël Da, aborde également cette question avec une perspective similaire. Pour lui, l’idée de déclencher des incendies dans les champs pour des raisons d’agriculture ou de gestion des terres est non seulement superflue, mais également préjudiciable. Selon celui qui vient d’avoir ses 40 ans de vie, ces feux de brousse sont souvent utilisés pour détruire ou appauvrir le sol, ce qui va à l’encontre des pratiques agricoles durables. L’inquiétude principale de Judicaël Da réside donc dans les conséquences néfastes des feux de brousse sur l’agriculture. « Les déchets de culture et les résidus végétaux sont essentiels pour enrichir le sol en tant qu’engrais naturel », insiste l’agriculteur. Ainsi, la pratique des feux de brousse dans les champs, non seulement détruit les cultures exis-tantes, mais compromet également la fertilité du sol pour les saisons à venir. Dans la tradition, ajoute-t-il, l’acte de déclencher des feux de brousse n’a aucune importance particulière. Pourtant, Judicaël Da soulève une question cruciale, celle de l’impact désastreux de ces incendies sur la biodiversité et les ressources naturelles de la région.

Le bétail, victime collatérale

Après les feux de brousse répétés, le bétail peine à trouver suffisamment de nourriture.

Il met en lumière le lien étroit entre la préservation de la faune et l’environnement, soulignant que la destruction des habitats naturels entraîne inévitablement une diminution du gibier disponible pour la chasse. Hamidou Dia, éleveur à Gaoua, évoque les conséquences délicates que les feux de brousse peuvent avoir sur l’élevage dans la région du Sud-Ouest. Avec un troupeau de plus de 1 000 têtes de bœufs sous sa res-ponsabilité, il est bien placé pour comprendre l’impact dévastateur de ces incendies récurrents. « Lorsque les feux de brousse sont pratiqués de manière excessive, cela peut entraîner une diminution de la qualité de l’alimentation pour le bétail », explique l’éleveur assis dans son bureau qui lui sert également de commerce. A l’en croire, bien que les feux occasionnels puissent favoriser la repousse de nouvelles herbes fraîches, une répétition des incendies peut détruire les ressources alimentaires disponibles pour les bovins. Conséquence, le bétail peut souffrir d’une ali-mentation insuffisante, ce qui affecte directement leur santé et leur croissance. Son collègue éleveur de Bapla, Béligné Hien embouche dans la même trompette. Avec une dizaine de bovins et de caprins en sa possession, M. Hien est confronté à une réali-té où l’équilibre écologique est crucial pour la santé et le bien-être de son troupeau. Pour le quadragénaire, la recrudescence des feux de brousse dans la localité constitue un frein à ses activités pastorales.

Pour l’éleveur Hamidou Dia, les feux de brousse sont pratiqués de manière excessive dans la région.

« Après les feux de brousse, mon bétail a du mal à s’alimenter. Ce qui ralentit l’évolution des animaux », insiste l’éleveur tout en inclinant sa tête vers l’avant. Alors qu’ils peuvent initialement favoriser la repousse des pâturages, des incendies répétés épuisent la végétation, rendant difficile pour le bétail de trouver suffisamment de nourriture.

Intensifier la sensibilisation de la population

De plus, le manque d’eau exacerbé par les feux aggrave encore les difficultés des éleveurs, mettant en péril la santé et la productivité de leurs troupeaux. Il est crucial que des mesures soient prises pour prévenir et contrôler les incendies de brousse afin de protéger l’avenir de l’agriculture et l’élevage dans la région du Sud-Ouest. A cet effet, les autorités régionales chargées de l’environnement sont résolument engagées dans la lutte contre les feux de brousse. Sous l’égide du ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement, ces autorités mettent en œuvre une série d’actions préventives et d’initiatives visant à sensibiliser la population et à réduire les risques d’incendies. Une des approches clés adoptées par les autorités régionales est la sensibilisation de la population sur les dangers des feux de brousse. « A travers des campagnes d’information et des séances de sensibilisation, nous informons la population des risques liés aux incendies et sur les mesures préventives à prendre pour les éviter », relève le commandant Passolognaba Ismaël Rouamba.

Des manguiers atteints après le passage des feux dans le village de Loto.

Il indique que dans cette lutte, des comités locaux sont formés pour surveiller et suivre les cas de feux de brousse dans certains villages. Ces comités, regrette le patron de l’environnement du Sud-Ouest ne fonctionnent plus. Pour prévenir la propagation des incendies, des bosquets sont plantés dans certaines zones stratégiques. Cependant, le directeur régional reconnaît que les feux de brousses annihilent les efforts de plantation d’arbres, car, dit-il, beaucoup sont tués après le passage des feux. « Les gens font l’effort de planter les arbres, mais avec les feux de brousse, les jeunes plants ne résistent pas aux flammes. A la fin de la campagne, on remarque l’impact du feu sur les résultats », nous informe-t-il. Ces autorités régionales insistent sur l’intégration des considérations environnementales dans l’élaboration des Plans de développement communaux (PDC). « Nous encourageons les communes à inclure des activités telles que la plantation d’arbres, la lutte contre les feux de brousse et la préservation des ressources naturelles dans leurs plans de développement », indique Passolognaba Ismaël Rouamba. La direction régionale en charge de l’environnement a des perspectives ambitieuses pour lutter contre les feux de brousse dans le Sud-Ouest. En renforçant les sensibilisations, en identifiant les véritables acteurs des incendies, en créant des communautés fonctionnelles et en développant un réseau de réponse rapide, elle espère réduire significativement les risques d’incendies et protéger l’environnement dans la région. « Nous allons, sans relâche, renforcer les sensibilisations et identifier les vrais acteurs des feux de brousse. Nous allons également mettre en place des communautés locales qui seront fonctionnelles dans la durabilité avec ou sans projet », conclut-il, avec la détermination d’un guerrier prêt à affronter les flammes de l’adversité pour protéger l’avenir de la région du Sud-Ouest.

Noufou NEBIE


Réduction des rendements agricoles

Selon le directeur de la fertilité au Bureau national des sols (BUNASOL), Rasmané Romba, les feux de brousse peuvent avoir diverses conséquences sur le sol, affectant ainsi leur fertilité, leur structure, leur biodiversité et leur stabilité. 

« Les températures élevées des feux de brousse peuvent altérer la biomasse du sol, entraînant une perte de porosité et une augmentation de la compaction. Ce qui peut affecter la croissance des plantes. Le feu peut brûler la matière organique présente dans le sol, réduisant sa fertilité et sa capacité à retenir l’eau et les nutriments. La pratique des feux de brousse entraîne également la réduction de l’activité biologique. On assiste au tassement et à la compaction du sol et il devient inculte. Les feux favorisent aussi l’érosion hydrique et éolienne. Après un incendie, le sol peut devenir plus vulnérable à l’érosion en raison de la perte de la couverture végétale qui aide à retenir le sol en place. Toutes ces conséquences ont un impact significatif sur l’agriculture car l’activité biologique du sol devrait concourir à la décomposition de la matière organique pour améliorer les nutriments du sol. Donc il y a une perte des nutriments du sol, des destructions des caractéristiques physico-chimiques des sols. Cela contribue à la réduction des rendements agricoles et à la perte de productivité des sols ».

Propos recueillis par N.N

Production énergétique : bientôt une centrale solaire de 25 MWc à Donsin

L’Assemblée législative de Transition (ALT) a adopté deux projets de loi dont l’un portant autorisation de ratification de la convention de prêt concessionnel pour le financement de la construction d’une centrale solaire à Donsin, le mardi 16 avril 2024 à Ouagadougou.

Une centrale solaire de 25 MWc avec 5MW/20MWH de stockage verra bientôt le jour à Donsin dans la province de l’Oubritenga, région du Plateau central. Le projet de loi portant autorisation de ratification de la convention de prêt concessionnel signée, le 29 septembre 2023 entre le Burkina Faso et la Banque export-import de Chine (EXIMBANK) pour la construction de ladite centrale a été adopté par l’Assemblée législative de Transition (ALT) au cours d’une séance plénière, le mardi 16 avril 2024 à Ouagadougou. Reconnaissant la pertinence du projet, les 64 députés votants ont, à l’unanimité, donner leur quitus pour sa mise en œuvre. Une mise en œuvre qui va permettre au Burkina, aux dires du ministre de l’Energie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, d’augmenter sa production, de sécuriser son approvisionnement et promouvoir son indépendance énergétique. «En termes d’apport énergétique, le projet permettra d’augmenter la production nationale de 45 gigawattheure par an, soit une augmentation de 6% de la production actuelle », a-t-il fait savoir. En outre, a indiqué le ministre, la centrale qui sera installée sur le site de l’aéroport de Donsin va permettre de sécuriser l’infrastructure en termes d’approvisionnement en énergie. Grâce à un raccordement de la centrale au Réseau national interconnecté (RNI), elle va également profiter aux abonnés de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), foi du ministre. De ce qu’il a dit, 50 000 nouveaux ménages seront raccordés au RNI grâce à la nouvelle centrale. Yacouba Zabré Gouba s’est réjoui de l’adoption du projet de loi par les députés, car il revêt un aspect particulier qui réside dans le stockage. En effet, a-t-il indiqué, le stockage de cette centrale permettra un lissage du réseau en vue de faire face aux perturbations liées aux intermittences.

Un projet pour soutenir l’économie locale

Les députés ont voté à l’unanimité les deux projets de loi.

D’un coût de plus de 29 milliards FCFA, la construction de la centrale de Donsin devait démarrer en janvier 2024 pour un délai d’exécution de 15 mois. Mais, a regretté le ministre, un retard a été accusé. Face à l’inquiétude des députés quant au respect du délai imparti, il a rassuré que tout sera mis en œuvre pour rattraper le temps perdu. Les députés ont également adopté un autre projet de loi portant autorisation de ratification de l’accord de prêt signé, le 13 octobre 2023 entre le Burkina et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pour le financement du Projet de promotion de la finance inclusive pour l’accès des Populations à faibles revenus aux services financiers au Burkina Faso (PPFIB). Aux dires de la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako, ce projet vise à renforcer la protection sociale et la résilience des ménages vulnérables en vue de les inclure dans le circuit économique. Il ambitionne, a-t-elle détaillé, de développer des services financiers de proximité, adaptés, inclusifs et accessibles pour soutenir l’économie locale. Elle devrait bénéficier selon ses dires à 1 032 000 de personnes dont 60% de femmes issues des zones rurales et urbaines défavorisées pour le développement d’activités génératrices de revenus.

D’un coût de 15 milliards F CFA, le PPFIB va permettre à termes, foi de Fatoumata Bako, de créer 7 500 micros-entreprises qui vont générer au moins 22 500 emplois directs et indirects sur cinq ans. Sa particularité, a-t-elle souligné, réside dans le modèle d’attribution des crédits qui va consister à signer des conventions avec des prestataires de services financiers décentralisés. « Ce projet ne va pas passer par les fonds traditionnels du gouvernement pour accorder les crédits. Nous allons travailler avec les services financiers décentralisés qui sont en contact avec les populations à la base. Ce qui est souhaité est que les bénéficiaires puissent se constituer en coopérative pour nous permettre de financer la bonne cible », a expliqué la ministre déléguée. Le Président de l’ALT, Ousmane Bougouma, a salué cette démarche témoignant que par expérience, il est plus facile de recouvrer les crédits au Burkina lorsqu’ils sont alloués à des coopératives plus qu’à des particuliers. Il s’est donc réjoui que l’ensemble des députés aient donné leur quitus pour la mise en œuvre du PPFIB qui, est-il convaincu, va permettre d’améliorer les conditions socio-économiques des populations à la base.

Nadège YAMEOGO

L’énigme Martinez Zogo

Les Camerounais suivent avec attention, le procès sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, qui a débuté, le lundi 25 mars dernier, devant le tribunal militaire de Yaoundé. A la première audience, les avocats de la défense ont posé quelques doléances relatives à la retransmission en direct et à l’accès aux pièces du dossier. La seconde audience a eu lieu au début de cette semaine, le lundi 15 avril 2024. S’il a indiqué à l’occasion que le dossier sera mis à la disposition des différentes parties pour consultation, le commissaire du gouvernement, le lieutenant-colonel, Cerlin Belinga, a précisé que la loi camerounaise n’autorise pas la retransmission des audiences.

Aussi le tribunal militaire de Yaoundé a-t-il procédé, entre autres, à la vérification de la présence des 17 accusés, avant de renvoyer le procès au 6 mai prochain. De toute évidence, la tenue du procès Zogo, contrairement aux incertitudes qui planaient, a de quoi réjouir tous ceux qui réclament justice pour lui dans un pays où, pour l’opposition et les défenseurs de la bonne gouvernance, la culture de l’impunité n’est pas une vue de l’esprit. Personne n’avait pourtant cru que ce jugement aura lieu, mais le Président Paul Biya, himself, a pesé de tout son poids pour que l’affaire ne soit pas enterrée. Au banc des accusés se trouvent entre autres, l’homme d’affaires controversé, Jean-Pierre Amougou Belinga, des cadres et des éléments du service de contre-espionnage, dont l’ex-patron, Léopold Maxime Eko Eko et l’ancien directeur des opérations, le lieutenant-colonel Justin Danwe.

Trois chefs d’accusation pèsent principalement sur ces accusés, notamment assassinat, complicité d’assassinat et complicité de torture. Quand les débats vont s’ouvrir, le souhait le plus ardent est que les langues se délient pour que les Camerounais épris de justice comprennent ce qui est arrivé à Martinez Zogo. En janvier 2023, ce cinquantenaire a été enlevé et assassiné, à la grande stupéfaction des nombreux auditeurs de son émission à succès « Embouteillage ». La mort du patron d’Amplitude FM a d’autant plus choqué, que son corps avait été retrouvé mutilé. Comment un être humain, fut-il détesté, peut-il être traité de la sorte ? Ce crime odieux doit être coûte que coûte élucidé. On le sait, l’illustre défunt dénonçait « les pratiques mafieuses et le détournement de deniers publics au sommet de l’Etat qui impliquaient des pontes du système Biya ». Les gourous visés ont-ils comploté pour ôter la vie à Martinez Zogo qui, selon eux, en savaient trop ? Qui avait intérêt à ce que le journaliste disparaisse dans des conditions aussi affreuses ? Le déroulement du procès, on l’espère, permettra de lever les nombreuses zones d’ombre qui entourent cette ténébreuse affaire. Même s’il ne plaisait pas à ses ennemis tapis dans l’ombre, Martinez Zogo faisait œuvre utile dans la société camerounaise en dénonçant la mal gouvernance. Pour ce faire, son assassinat ne doit pas rester impuni. Il mérite justice. Qu’il en soit ainsi…

Kader Patrick KARANTAO

Sita Sidibé : fin de cavale pour un boucher devenu cadre terroriste

Le cadre terroriste du GSIM, Sita Sidibé, arrêté le 13 avril 2024 avec six de ses acolytes dans les Banwa, a d’abord été un boucher avant de rejoindre les forces du mal en 2018 pour commettre de nombreuses atrocités.

Les forces armées burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont mené une opération, le 13 avril 2024 dans le village de Kila, à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Tansila dans la province des Banwa. Selon les sources de l’AIB, l’assaut a été un franc succès, car une quinzaine de terroristes ont été neutralisés, du matériel saisi ou détruit. L’autre point de satisfaction, c’est l’arrestation de sept terroristes dont Sita Sidibé. Le malfaiteur bien connu des services de renseignements a d’abord exercé la profession de boucher dans la commune de Balavé avant de rejoindre le terrorisme en 2018. A ses débuts, il ravitaillait les terroristes des provinces de la Kossi et des Banwa en carburant et en crédits de communication. Par la suite, il est passé au statut de combattant puis cadre du supposé Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) dans le secteur compris entre Balavé, Dogo/Balavé et Orowé/Tansila.

Sita Sidibé a coordonné plusieurs attaques contre les forces de défense et de sécurité et les populations civiles dans les communes de Solenzo, Balavé et Tansila. Parmi ses hauts méfaits, on retient la tuerie de 18 civils à Balavé, le 15 décembre 2023 et les attaques du commissariat de police et de la mairie de la localité, le 13 avril 2022. Le sinistre criminel a également participé à des enlèvements de personnes, à des vols de bétail et à la destruction d’antenne-relais de téléphonie mobile. Au regard de l’importance et de l’influence de Sita Sidibé dans le dispositif du GSIM, les sources de l’AIB affirment qu’un coup dur a été porté au groupe terroriste dans la région de la Boucle du Mouhoun.

Agence d’information du Burkina

Mécanismes traditionnels de règlement des différends : le ministère en charge de la justice mène la réflexion

Le ministère de la Justice et des Droits humains, chargé des Relations avec les Institutions a tenu son 1er Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM) de l’année, le mardi 16 avril 2024 à Ouagadougou. Les travaux de cette rencontre étaient placés sur le thème : « Justice moderne et mécanismes traditionnels de règlement des différends : quelle complémentarité pour une société solidaire et pacifique » ?

Le ministère de la Justice et des Droits humains, chargé des Relations avec les Institutions ambitionne d’exploiter les valeurs endogènes dans le règlement des conflits en vue d’une société pacifique. La question a été au centre des réflexions de son 1er Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM) de l’année, tenu, le mardi 16 avril 2024, à Ouagadougou. « Justice moderne et mécanismes traditionnels de règlement des différends : quelle complémentarité pour une société solidaire et pacifique » ? a, en effet, été au centre des échanges entre les acteurs de la justice au cours de cette rencontre. Pour le ministre en charge de la justice et des droits humains, Edasso Rodrigue Balaya, la thématique de ce CASEM répond aux aspirations de la population qui souhaite une justice qui s’ins- pire des valeurs endogènes. « Ces aspirations sont d’autant plus légitimes que bon nombre de différends sont réglés par des mécanismes traditionnels, sans l’implication des juridictions étatiques », a-t-il fait remarquer. C’est en prenant en compte cette réalité, a-t-il ajouté, que le département a décidé d’avoir recours désormais aux mécanismes traditionnels dans la résolution des conflits au Burkina.

Un taux d’exécution physique de 77,72 %

Les membres du CASEM ont été appelés à redoubler d’ardeur au regard des énormes défis qui restent à relever.

Me Edasso Rodrigue Bayala s’est dit convaincu que les débats, les échanges fructueux permettront de dégager des consensus ainsi qu’une vision collective cohérente sur les bonnes pratiques à promouvoir, les réformes indispensables à entreprendre et les stratégies pour une véritable complémentarité entre la justice moderne et les mécanismes traditionnels de règlement des différends. Les membres du CASEM ont aussi examiné le rapport annuel de performance des résultats engrangés en 2023. A ce titre, le 1er responsable du département a indiqué avoir atteint un taux de réalisation physique global de 77,72 % et un taux d’exécution financière de 80,71 %. En termes de résultats engrangés, il a cité la réouverture des Tribunaux de grande instance (TGI) de Kongoussi et de Dori, la formation de 396 détenus majeurs et 563 mineurs en divers métiers et le développement de la plateforme du casier judiciaire qui permet la délivrance en ligne du bulletin n°3. Il a ajouté que 61 dossiers ont été jugés, impliquant 83 présumés terroristes dont 9 mineurs par le pôle anti-terroriste et la tenue de 12 audiences criminelles par les chambres criminelles des Cours d’appel.

Me Edasso Rodrigue Bayala a, par ailleurs, soutenu que 1 233 personnes ont bénéficié de l’assistance judiciaire. « Nous avons réalisé des études sur la prise en charge des victimes et témoins, sur les mécanismes de justice traditionnelle et les modes alternatifs de règlement des conflits et sur l’aide légale au Burkina », a-t-il relaté. Au regard de ces réalisations, il a salué l’effort des acteurs du département et les Partenaires technique et financier (PTF) pour leur appui considérable. Toutefois, en dépit des acquis enregistrés, Me Bayala a soutenu que d’énormes défis restent à relever face aux nombreuses attentes des populations en matière de justice et de droits humains. C’est pourquoi, il a invité les membres du CASEM ainsi que l’ensemble de ses collaborateurs à redoubler d’ardeur, à conjuguer les efforts pour renforcer la contribution du département à l’édification d’une démocratie durable et à la préservation de la paix au Burkina.

Soumaïla BONKOUNGOU

Jacqueline Wêndengûudi OUEDRAOGO (Stagiaire)

Tenue des CA et AGO des entreprises le même jour : une pratique à multiples risques

L’Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Burkina Faso (ONECCA-BF) a organisé un déjeuner professionnel, le mardi 16 avril 2024, à Ouagadougou sur le thème : «La régularité de la tenue le même jour des CA et AGO d’arrêté et d’approbation des états financiers annuels : quelles causes, quels risques et quelles perspectives ».

Au Burkina, la tenue le même jour des Conseils d’administration (CA) et des Assemblées générales ordinateurs (AGO) des sociétés est en passe de devenir une pratique courante. Cette façon de faire dans la gouvernance des entreprises comporte de nombreux risques. L’Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Burkina Faso (ONECCA-BF) veut contribuer à lutter contre ce phénomène et à garantir la régularité de ces rencontres, conformément aux dispositions légales. A cet effet, il a organisé un déjeuner professionnel, le mardi 16 avril 2024, à Ouagadougou sur le thème : « La régularité de la tenue le même jour des CA et AGO d’arrêté et d’approbation des états financiers annuels : quelles causes, quels risques et quelles perspectives ». Une soixantaine d’experts comptables, de comptables agréés, d’avocats, de juristes, de banquiers, d’assureurs et de représentants de sociétés ont pris part à cette rencontre. Selon le panéliste, Alain Zerbo, président du Tribunal de commerce de Ouagadougou, le droit OHADA a prévu des dispositions supplétives qui permettent d’aménager la tenue des CA et AGO, à travers notamment les statuts et règlements des sociétés commerciales. Cependant, la tenue de ces deux rencontres le même jour comporte des risques de nullité que le juge peut être amené à prononcer en cas de saisie d’un actionnaire. Mais qu’est-ce qui justifie que les sociétés tiennent ces deux rencontres en une seule date ? Le besoin de s’assurer de la disponibilité et de la présence de tous les administrateurs et actionnaires, de minimiser les coûts de la tenue de ces réunions liées aux acteurs résidant à l’étranger, sont les raisons le plus souvent évoquées, a répondu le panéliste Bobson Coulibaly, avocat et secrétaire général du bureau.

L’exception en passe de devenir la règle

Les participants ont formulé des recommandations visant à assurer la tenue régulière des CA et des AGO.

A ces raisons s’ajoutent la proximité et la familiarité entre les membres du CA. Pour Me Coulibaly, même si la loi a prévu des possibilités de régularisation de ces rencontres, cela n’exonère pas les dirigeants sociaux de leur responsabilité qui peut être engagée en cas de litige. Les avocats, en tant que conseils des sociétés, ont l’obligation d’égalité entre les actionnaires, de fournir des conseils juridiques avisés. Leur responsabilité peut également être engagée. Ils peuvent donc être poursuivis devant les tribunaux, a-t-il indiqué. Le président de l’ONECCA-BF, Yacouba Traoré, a déploré que ce qui semble être un aménagement exceptionnel soit en passe de devenir la règle, surtout que la tenue cumulée des CA et AGO comporte des « risques systémiques ». Il s’agit notamment des risques de conflits d’intérêts, d’absence de temps pour un examen adéquat des rapports, de non-respect des procédures légales, de possibilité de fraudes, de remises en causes des actes posés, de litiges. « Prenons l’exemple d’une assemblée générale, tenue dans de telles conditions, décide de la distribution des dividendes et qui ont été servis. Imaginez les conséquences sur la vie et même l’image de cette société si cette décision venait à être attaquée et remise en cause », s’est-il interrogé. Pour l’expert-comptable commissaire au compte, la tenue des CA et AGO en un jour pose un problème de datation de ses rapports. Tout comme les avocats, les commissaires au compte qui ont un grand rôle à jouer dans la gouvernance des entreprises peuvent également voir leur responsabilité professionnelle, civile, pénale et disciplinaire être engagée en cas de litige, a souligné le président Traoré. Pour éviter ces risques, aussi bien pour les sociétés que les professionnels qui les accompagnent, Me Coulibaly recommande que les CA et AGO se tiennent à des jours différents, tout en respectant les délais prévus par l’Acte uniforme OHADA sur le droit des sociétés. Le vice-président de l’ONECCA-BF a indiqué que la tenue de ce déjeuner professionnel vise, entre autres, à formuler des recommandations pour parer aux difficultés liées à la tenue le même jour des CA et les AGO, afin d’assurer la régularité de ces rencontres et la transparence financière dans la gouvernance des entreprises.

Mahamadi SEBOGO Windmad76@gmail.com