
La communauté musulmane du Burkina Faso a accompagné le grand imam, Aboubacar Kassim Sana, à sa dernière demeure après une série d’hommages, vendredi 2 janvier 2026, à Ouagadougou.
Décédé le 30 décembre 2025 de suite de maladies à son domicile à l’âge de 75 ans, le grand imam El hadj Aboubacar Kassim Sana, a marqué la vie de la communauté musulmane du Burkina Faso par ses prêches, son leadership interreligieux, sa tolérance, son pardon, sa quête à la paix et la promotion à la cohésion sociale. Après quelques jours d’hommage rendu au guide religieux, le défunt a été inhumé dans l’après-midi du vendredi 2 janvier 2026, au cimetière de Koulwéoghin de Ouagadougou.
En effet, la cérémonie funéraire a débuté au domicile familial du défunt par des prières
et douas. Après cette séquence, tous ont convergé vers la grande mosquée de Ouagadougou avec le cortège funèbre pour la grande prière de vendredi. C’était en présence de leaders des différentes confessions religieuses et d’autorités administratives et coutumières du Burkina.

avec qui, ils ont travaillé au rapprochement entre la communauté musulmane et catholique.
Au cours de la prière, le disparu a été élevé, au nom du président du Faso, à titre posthume au rang de Commandeur de l’Ordre de l’Etalon par le Grand chancelier des Ordres burkinabè. Une série d’hommages par des allocutions a mis fin à la prière mortuaire. Le président de l’association de la Communauté musulmane du Burkina Faso (CMBF), El Hadj Moussa Kouanda, le disparu fut membre fondateur de la FAIB a relevé que son engagement pour l’unité de l’islam et des musulmans était sans équivoque. « Il fut un ardent défenseur de l’islam et un grand acteur de la sensibilisation.
Il a facilité le pèlerinage de plus de 300 fidèles à La Mecque et contribué à la construction de plusieurs mosquées à Ziniaré, Ouahigouya et Tougan, offertes par le Royaume d’Arabie saoudite », a précisé El Hadj Kouanda.
Le cardinal métropolitain de Ouagadougou, Philippe Ouédraogo, a confié avoir perdu un homme qui aime Dieu et son prochain au-delà de toute considération ethnique et religieuse.

« J’étais évêque de Ouahigouya de 1996 à 2009 où j’ai été appelé à servir à Ouagadougou. Arrivé en 2009, j’ai eu un accueil chaleureux avec l’imam Aboubacar Sana », a-t-il rappelé. Le cardinal Philippe a poursuivi que depuis lors Aboubacar Sana et lui ont travaillé ensemble dans le cadre du dialogue inter-religieux pour la quête de la paix au Faso. Il a aussi confié que pendant sa longue maladie, ils continuaient à se rendre visite. « Le Seigneur nous l’a donné, nous l’avons apprécié. Le Seigneur nous l’a repris que son nom soit béni à jamais et qu’il repose en paix »,
a-t-il conclu.
Gbetcheni Constantin Bertrand KAMBIRE
Des fidèles musulmans témoignent sur la vie de l’illustre disparu
El Adj Assane Ilboudo : « C’est un homme de paix et de cohésion sociale »
« Je suis l’un des élèves du regretté. C’est vraiment une perte pour nous. Mais, on ne peut rien devant la mort. Car, on vient de Dieu et c’est à lui que nous repartirons. Ce que je retiens de lui. C’est qu’il est un homme de paix et de cohésion sociale. C’est pourquoi tout le Burkina pleure sa disparition. Nous invoquons Allah de lui trouver une place auprès de lui ».
El hadj Hamadou Sana : « Il a été un leader tolérant qui aime pardonner, conseiller et partager ».
« Nous avons effectué le déplacement de Ziniaré pour venir traduire notre compassion, car nous avons perdu un religieux. Il a été un leader tolérant qui aime pardonner, conseiller et partager.
Quand nous voyons cette grande foule venue de partout, nous sommes convaincus que le grand imam était un homme bien. Qu’Allah nous permette d’avoir cette bonté et de se pardonner au quotidien ».
Imam Hamado Kouraogo : « C’est vraiment une perte pour nous imams et pour l’ensemble de la communauté musulmane ».
« C’est vraiment une perte pour nous imams et pour l’ensemble de la communauté musulmane. Mais nous remettons cela entre les mains de Allah. Car, c’est de lui que nous venons et nous repartirons vers lui. Que Dieu l’accueille dans son
paradis et qu’il puisse profiter de ses bienfaits, parce qu’il nous a été d’un grand apport à travers ses différents prêches ».
Souleymane Sakandé : « son charisme pour le bonheur de l’autre se ressentait dans ses propos ».
« Depuis que la triste nouvelle est tombée, nous nous sommes mobilisés pour accompagner notre grand imam à sa dernière demeure. Il a été pour nous un savant, un homme pieux qui prônait la cohésion sociale dans son quotidien. Son charisme pour le bonheur de l’autre se ressentait dans ses propos. Qu’Allah lui fasse miséricorde et bénisse la famille qu’il a laissée ».
GCBK
Une vie au service de la paix
Né en 1950 à Nobéré dans la province du Zoundwéogo, Imam SANA s’est très tôt engagé sur la voie du savoir et de la science religieuse. Sa formation l’a conduit bien au-delà des frontières nationales. Après un premier parcours au Ghana, il poursuit ses études dans de grands centres du savoir islamique : Le Caire en Egypte, Damas en Syrie, Bagdad en Irak, et surtout Médine en Arabie Saoudite, où il séjourne près de dix années. Il y obtient une Licence d’enseignement. De retour au Burkina Faso en 1980, il se consacre à la formation religieuse et à l’encadrement des fidèles, enseignant à la médersa de la communauté musulmane, à celle du Mouvement sunnite, ainsi qu’à l’école franco-arabe de l’Association Ittihad Islami.
En 1997, il devient président de la communauté musulmane du Burkina Faso et imam de la grande mosquée de Ouagadougou. A ces fonctions, il se distingue par sa sagesse, sa retenue et son sens élevé du dialogue. Il quitte la présidence de la CMBF en 2004, tout en restant une autorité morale et religieuse respectée.
Promoteur convaincu du dialogue interreligieux, il a œuvré, aux côtés du Cardinal Philippe Ouédraogo, pour le rapprochement entre la communauté musulmane et la communauté chrétienne. Il croyait fermement que la foi devait unir et non diviser, et que la paix sociale passait par l’écoute, le respect et la reconnaissance mutuelle.
Par sa pédagogie de la da‘wa, il a porté le verbe du grand rassembleur. Il a prêché un islam du juste milieu, un islam de paix, de cohésion sociale et de vivre-ensemble entre toutes les communautés de notre pays. Son discours, mesuré et accessible, a contribué à apaiser les cœurs et à renforcer la fraternité nationale. Il fut le tout premier imam à faire la promotion du prêche en langue locale Mooré et la prière du Quiyamouleyl pendant la période du Ramadan. Son engagement pour l’unité des musulmans fut constant. Il a été l’un des acteurs majeurs du processus ayant conduit à la création de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) en 2005, convaincu que l’islam au Burkina Faso devait être un facteur de stabilité et de concorde.
En 2017, frappé par la maladie, il est évacué en France pour des soins. Sa convalescence, longue de plus de deux ans, fut marquée par la patience, la dignité et une foi inébranlable, avant son retour auprès des siens.
Aujourd’hui, la Oummah perd un guide, un éducateur et un bâtisseur. Mais son héritage demeure vivant à travers les générations qu’il a formées, les institutions qu’il a contribué à structurer et les valeurs de paix qu’il a incarnées.
En ce jour de son inhumation, ce vendredi 2 janvier 2026, nous implorons Allah, le Tout-Miséricordieux, de lui accorder Son pardon, de l’élever en degrés et de faire de sa tombe un jardin parmi les jardins du Paradis.
A sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la Oummah musulmane, nos sincères condoléances.
SOURCE : FAIB





