Libye : l’impasse politique

Depuis le renversement du guide libyen Mouammar Kadhafi en août 2011 suite à une intervention militaire étrangère, la Libye n’est que l’ombre d’elle-même. Envié pour ses importantes réserves de pétrole, cet Etat d’Afrique du Nord est aujourd’hui divisé. Sa prospérité a été compromise par la guerre entre factions qui a plombé son économie et détruit ses infrastructures. La Libye sombre dans une impasse politique, alimentée par la présence de deux gouvernements rivaux.

A Tripoli, la capitale, règne le Gouvernement d’unité nationale (GUN) dirigé par Abdel Hamid Dbeibah et reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU). A Benghazi dans l’Est, l’autorité est incarnée par le Gouvernement de stabilité nationale (GSN) , conduit par Oussama Hammad et soutenu par l’Armée nationale libyenne du général Khalifa Haftar. De part et d’autre, les deux exécutifs disposent d’un parlement : le Haut conseil d’Etat pour GUN et la Chambre des représentants pour le GSN. Et ce n’est pas tout ! La partition du pays a également des implications économiques, avec la création de la Zone économique spéciale (ZES) de Misrata à l’Ouest et celle de Syrte à l’Est, censées stimuler le commerce et attirer les investissements.

Les intérêts géopolitiques ne sont pas en reste. Chaque camp a des soutiens étrangers, ce qui complique davantage la situation. Les Libyens ne regardent pas dans la même direction. Bien au contraire, ils se haïssent, au point que l’unité nationale est devenue un vain mot. Aucun des deux gouvernements ne veut reconnaitre la légitimité des décisions de l’autre, créant des blocages de nature à compromettre le développement du pays, qui peine à sortir du chaos. Il y a de quoi regretter la Libye d’antan, qui brillait de mille feux sous Kadhafi, dont l’attachement à sa patrie reste gravé dans les mémoires.

Sur le plan politique, l’espoir de voir tenir des élections s’éloigne de jour en jour, à la désolation de ceux qui rêvent d’une Libye réconciliée avec elle-même et de retour sur le chemin de la stabilité. Depuis le rendez-vous manqué des élections du 24 décembre 2021, les acteurs, dont les intérêts divergent, n’arrivent pas à s’accorder sur le sujet. Il n’y a pas de lueur d’espoir en la matière. Dans ce pays en difficulté, l’insécurité s’est généralisée, avec des affrontements sporadiques entre groupes armés, une menace terroriste quasi-permanente et une importante criminalité.

La situation économique n’est guère reluisante. En mois d’un an, le dinar, la monnaie locale, a été dévalué deux fois, alors que la Banque centrale libyenne (BCL) cherche désespérément des solutions pour stabiliser l’économie dans ce contexte d’incertitudes. C’est la conséquence directe de la mauvaise gestion induite par la rivalité entre les deux gouvernements. L’heure est grave pour la Libye, qui est loin de voir le bout du tunnel. La défiance entre les deux pouvoirs entrave sérieusement la marche du pays vers un développement harmonieux. Les Libyens ont intérêt à opérer un dépassement de soi, pour faire l’unité et assurer un meilleur avenir à leur chère patrie. Pour l’instant, le spectacle est désolant…

Kader Patrick KARANTAO

 

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