Pépiniéristes de Bobo-Dioulasso : entre passion et engagement pour l’environnement

Diverses variétés de plants sont produites et commercialisées dans une zone de pépinière à Bobo-Dioulasso.

La production de plants constitue une activité à la fois économique et environnementale qui gagne du terrain au Burkina Faso. A Bobo-Dioulasso, les pépiniéristes s’investissent au quotidien dans la sauvegarde de l’environnement et le développement de leurs activités. Pour les acteurs de la filière, l’arbre représente à la fois une richesse naturelle, une source de revenus et un investissement pour l’avenir. C’est le constat fait dans la zone pépinière de Kôkô à Bobo-Dioulasso.

Bobo-Dioulasso, mardi 25 août 2026. La journée commence au milieu des plants de la zone de production de pépinière dénommée : « coopérative Faso vert » située dans le quartier Kôkô de la ville. Dans les pépinières visitées, les plants d’arbres fruitiers, d’espèces sauvages et de plantes ornementales occupent les espaces disponibles. Les jeunes plants sont disposés dans des sachets, alignés les uns à côté des autres, en attendant d’être vendus et transférés vers les sites de plantation.

Plusieurs acteurs exercent dans le secteur avec le double objectif de contribuer au reboisement de la région du Guiriko et du reste du pays, tout en tirant des revenus de leurs activités. Depuis 2005, Sami Crépin Tioyé travaille dans ce domaine. Il a fait ses premiers pas auprès de son « petit papa », qui lui a transmis des techniques de production, avant de suivre des formations pour approfondir ses connaissances.

Pour Fousseni Sanou, le métier est le fruit d’un long parcours. Alors qu’il était encore élève, il profitait de ses vacances pour aider un patron dans de petites tâches. Ce qui devait être

Fousseni Sanou, pépiniériste est en train de produire des plans par bouturage.

une occupation temporaire s’est transformée en véritable vocation. Devenu apprenti en 2006, il a commencé à pratiquer les travaux de terrain entre 2010 et 2015. Plusieurs formations organisées par le gouvernement et des projets lui ont ensuite permis de consolider son expérience.

Des techniquesmaitrisées pour la production

La production des plants obéit à des techniques précises. Le semis consiste à placer les graines dans un substrat afin d’obtenir de jeunes plants. Les producteurs ont également recours au bouturage, au marcottage. Ces méthodes de multiplication végétative permettent de reproduire de nouvelles plantes à partir d’une plante mère.

Le temps nécessaire à la production dépend de l’espèce et de la technique utilisée. Selon Sami Crépin Tioyé, les délais de production varient considérablement. Les plants issus de semis peuvent nécessiter une année ou plus avant d’être proposés à la vente. Certains plants obtenus par bouturage sont, en revanche, commercialisables après trois à cinq mois. Leur production comprend des arbres fruitiers, des espèces sauvages et des plantes ornementales. Les plants sont issus de plusieurs provenances, notamment du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Mali. Cette diversité permet aux acteurs de répondre aux demandes des particuliers, des producteurs, des entreprises et des initiatives de reboisement.

Le constat fait sur le terrain est celui d’une activité qui bénéficie d’un marché favorable. « Le marché est bon actuellement », affirme Tioyé Sami Crépin. Selon les pépiniéristes, l’intérêt des autorités pour la plantation d’arbres et la promotion d’un Burkina Faso vert ont contribué à accroitre la commande. Les plants destinés au reboisement et les agrumes, notamment les tangelos, les orangers et les citronniers, figurent parmi les espèces les plus recherchées en saison pluvieuse. Les plantes ornementales sont également demandées par les particuliers et certaines structures.

Le prix des plants est fixé de 100 F CFA au-delà de 50 000 F CFA en fonction de leurs variétés. Pour certains, comme le souligne Sibiri Sanou, les producteurs peuvent se retrouver avec des plants prêts à être commercialisés, mais une demande insuffisante. Cette situation fragilise leur activité.

Sibiri Sanou et ses camarades sont en train de produire des plants en remplissant des pots avec la terre afin d’introduire de petits manguiers.

La production ne s’arrête pas à la vente. Les pépiniéristes assurent parfois le suivi des clients et se rendent sur les sites pour planter les arbres lorsque cela est nécessaire. Les plants doivent ensuite être régulièrement entretenus et protégés contre les vers, les insectes et les mouches blanches. Selon Fousseni Sanou, les traitements favorisent la croissance des arbres et peuvent leur permettre de commencer à produire des fruits à partir de la deuxième année. « Nos équipes accompagnent les clients qui le souhaitent jusque dans les plantations. Elles peuvent notamment assurer la mise en terre des plants et donner des conseils sur leur entretien », explique-t-il.

Une importante source d’emploi

Au fil des échanges, les producteurs présentent une activité qui exige de la patience, de la maîtrise technique et un suivi régulier, mais qui offre également des perspectives économiques intéressantes.

La production des plants reste une source de revenus pour de nombreux acteurs. Elle contribue à soutenir des familles et à financer des réalisations importantes. Les revenus permettent à certains producteurs de construire, d’acquérir des moyens de déplacement. Pour Sami Crépin Tioyé, cette activité permet à plusieurs acteurs de subvenir à leurs besoins et d’améliorer leur condition de vie.

La filière constitue également une importante source d’emploi dans la ville. Plusieurs personnes tirent des revenus de ce travail. Fousseni Sanou affirme qu’il emploie aujourd’hui plus d’une dizaine de personnes et participe à la formation de nouveaux
acteurs.

Les pépinières constituent une source de revenus pour les jeunes de la ville, ainsi que des élèves et étudiants
qui viennent travailler pendant les vacances.

La production des plants offre un terrain de pratique aux étudiants des écoles professionnelles de la ville de Bobo-Dioulasso. « Des étudiants envoyés par des universités viennent se former dans les pépinières à la recherche d’une expérience professionnelle », confie Fousseni Sanou. Des élèves et des étudiants passionnés du travail viennent y travailler pendant les vacances dans le but de gagner des ressources pour subvenir à leurs besoins scolaires.

C’est le cas de Christian Somé, un élève qui travaille dans une pépinière à chaque vacance. « Depuis la classe de CM2, je viens travailler pendant les vacances et repartir fréquenter », témoigne-t-il. Pour lui, cette activité représente une occasion de soutenir ses études tout en apprenant un métier.

Les pépinières constituent un outil important de reboisement, de lutte contre la désertification, de conservation de la biodiversité et d’amélioration du cadre de vie au Burkina Faso. Plusieurs témoignages illustrent l’importance de l’arboriculture. Karim Diarra, planteur contribuant au reboisement et promoteur de la ferme Diarra à Dédougou, s’est approvisionné en plants au centre Coopérative Faso vert.

Sa ferme couvre aujourd’hui plus de 15 hectares. Six hectares sont consacrés aux tangelos, aux orangers, aux citronniers et aux goyaviers. L’anacardier occupe neuf hectares, auxquels s’ajoutent des eucalyptus et d’autres variétés. « J’ai commencé la plantation, il y a trois ans et la majorité des plantes ont commencé à produire », déclare Karim Diarra. Cette première récolte représente une étape importante pour lui, car, elle concrétise les efforts consentis depuis le lancement de son activité.

Yacouba Sawadogo, planteur à Dawéra et propriétaire d’une dizaine d’hectares de plantation est venu chercher des plants pour sa ferme.

Yacouba Sawadogo, client et planteur également depuis 8 ans à Dawéra dans la
province du Houet est aussi venu acheter des arbres dans la pépinière de Kôkô. Il affirme qu’il possède plusieurs hectares de plantation, dont plus de dix hectares d’anacardiers. Il cultive également le manguier, le citronnier, l’oranger et le baobab. « L’arbre est très bénéfique pour moi, j’en ai déjà tiré plusieurs avantages », souligne-t-il.

M. Sawadogo affirme que les visites de son champ lui ont valu des cadeaux dont trois motos. Cette année, la vente de sa production d’anacarde lui a rapporté près de deux millions F CFA selon ses dires.

Enseignante et passionnée de l’arboriculture, Djeneba Sawadogo s’est rendue sur le site avec une amie pour acheter des plants destinés à être mis en terre. Dans son établissement, elle a transformé la cour de l’école en véritable espace de verdure, où elle pratique le jardinage et cultive notamment des arbres fruitiers dont les récoltes sont consommées. Pour elle, l’arbre joue un rôle essentiel dans l’environnement scolaire. « L’ombre constitue un cadre d’étude pour les enfants et les exercices pratiques », a-t-elle souligné.

Un investissement de longue haleine

Dans les plantations, la réussite dépend aussi du suivi. Le traitement régulier des plants favorise la croissance des plants. Pour Karim Diarra et Yacouba Sawadogo, l’arboriculture est une activité qui demande de la passion, de la patience et une présence constante. « Il ne suffit pas de planter un arbre : il faut également le protéger, l’arroser et suivre son évolution jusqu’à sa pleine production. », insiste Karim Diarra

Sami Crépin Tioyé, pépiniériste : « La politique de nos plus hautes autorités a contribué à hausser la demande des pépinières, notre prière est qu’elles aient plus de force et continuer à valoriser le secteur ».

Le promoteur de ferme explique que les plants doivent être traités avant leur mise en terre. Une attention particulière est accordée à la lutte contre les termites, qui peuvent détruire les jeunes arbres. Après un à deux mois, un apport de fumure organique est effectué afin de favoriser la croissance des plants. Environ six mois plus tard, le traitement contre les termites doit être renouvelé, tandis que l’arrosage reste indispensable, surtout durant les périodes de forte chaleur.

Cette exigence d’entretien explique, selon Yacouba Sawadogo, pourquoi certains projets de plantation n’atteignent pas les résultats escomptés. « L’arbre est un investissement de longue durée. Il ne produit pas immédiatement et nécessite des soins réguliers avant de devenir une source de revenus ou de nourriture », soutient-il. C’est ainsi qu’il explique que son parcours n’est toutefois pas exempt de difficultés. Pour arroser ses manguiers et ses agrumes, il dépend d’un puits. « Le travail est avantageux, mais le début reste difficile. Il nécessite un sacrifice », prévient-il.

« Certains arbres meurent malgré l’entretien et les traitements appliqués. Ces pertes représentent un manque à gagner et obligent le producteur à renouveler régulièrement les plants », ajoute Karim Diarra.

Il encourage néanmoins les populations à s’intéresser davantage à l’arboriculture fruitière. Il y voit un moyen de renforcer l’autosuffisance alimentaire et de réduire la dépendance aux importations de fruits. Une production locale plus importante pourrait favoriser la transformation à travers la création des unités de transformation selon la vision des autorités actuelles pour promouvoir la politique du « consommons local ».

Des contraintes qui appellent un accompagnement

L’accès à l’eau conditionne l’avenir de la filière. Malgré ses potentialités, la production de plants demeure fragile. La principale difficulté reste l’accès à l’eau. « L’eau est à la base de tout », rappelle Sami Crépin Tioyé. En 2024, la pénurie a conduit certains producteurs à envisager de renoncer à leur activité. Pour continuer à travailler, Fousseni Sanou a creusé un puits.

Selon Djeneba Sawadogo l’arbre joue un rôle essentiel dans l’environnement scolaire.

Le manque d’eau a obligé parfois les travailleurs à parcourir de longues distances avec des barriques afin d’alimenter les pépinières. Cette opération est pénible et coûteuse. Selon Sibiri Sanou, une barrique d’eau peut coûter environ 250 F CFA alors qu’il faut arroser un vaste champ de pépinière. Sans arrosage régulier, les jeunes plants se dessèchent rapidement. La période sèche exige davantage de temps, de main-d’œuvre et de moyens financiers.

La réalisation d’un grand forage à Bolomakoté par l’Organisation catholique pour le développement et la solidarité (OCADES) a permis d’atténuer les difficultés, selon les pépiniéristes. Les maladies représentent une autre menace. Lorsqu’un arbre tombe malade, les travailleurs doivent traiter l’ensemble de la production, car, un seul plant contaminé peut transmettre la maladie aux autres. La prévention est donc essentielle.
Le manque d’espace constitue une autre préoccupation.

« Les commandes de l’Etat et de certaines entreprises exigent parfois une production en grande quantité et les superficies disponibles ne permettent pas toujours de répondre à ces demandes. Pourtant c’est dans la production de quantité qu’il y a de l’argent », fait remarquer Fousseni Sanou. Les producteurs souhaitent donc disposer d’espaces plus vastes, dotés de points d’eau et d’équipements adaptés.

La main-d’œuvre qualifiée et permanente fait également défaut. Les jeunes, selon les producteurs, sont de moins en moins nombreux à accepter le temps nécessaire à l’apprentissage du métier. Pour faire face à cette situation, les responsables de pépinières mobilisent leurs enfants pendant les vacances et accueillent des élèves et des étudiants à la recherche de revenus pour leurs besoins scolaires.

Pour les pépiniéristes comme pour les planteurs, l’arbre doit être davantage valorisé. Ils appellent à la création d’espaces de production plus grands, à la sécurisation de l’approvisionnement en eau et à l’accompagnement des spécialistes.

Au regard de l’importance de l’arbre à l’école, Djeneba Sawadogo a affirmé qu’elle avait élaboré un projet destiné au ministère chargé de l’Enseignement de base. Son ambition est d’intégrer la production de plants dans les écoles et d’en faire une activité éducative à part entière. Ce projet va initier les élèves à la plantation, à l’entretien des arbres et à leur importance dans la vie quotidienne. « L’enfant doit comprendre comment l’arbre évolue jusqu’à donner des fruits, Il faut concrétisertout ça à l’école », conseille-t-elle.

Karim Diarra, promoteur de la ferme Diarra : « il ne suffit pas de planter un arbre : il faut également le protéger, l’arroser et suivre son évolution ».

Elle affirme que son projet qui a coïncidé, avec la Covid-19, n’a pas reçu de suite favorable. Malgré ce contretemps, elle a réussi à mettre un jardin pédagogique en place dans l’école où elle exerce à Ouahigouya. Elle vise la réalisation de jardins pédagogiques dans quatre écoles et l’Etat, les organisations, les associations et toutes les personnes de bonne volonté à soutenir les passionnés engagés dans la promotion de l’environnement et de l’économie verte.

Cet accompagnement pourrait porter sur la mise à disposition de plants, de matériel d’arrosage, de clôtures, de semences et de moyens de formation.
Tioyé Sami Crépin invite, pour sa part, les jeunes à s’intéresser à l’arboriculture. Dans les pépinières de Bobo-Dioulasso, la production de plants apparaît ainsi comme un métier de patience et de sacrifice, mais aussi comme une activité porteuse d’espoir pour l’environnement, l’emploi et l’économie locale.

Pengd Wendé Charles BAMOGO
(Stagiaire)


Investir dans l’arbre, c’est investir dans l’avenir

L’arbre est un véritable allié de la vie. Il purifie l’air en absorbant le dioxyde de carbone, produit de l’oxygène, protège les sols contre l’érosion et contribue à la régulation du climat. Il offre également de l’ombre, favorise la biodiversité, améliore le paysage et peut fournir des fruits, et des revenus aux familles. La plantation des arbres devient nécessaire dans le contexte actuel du Burkina Faso où la déforestation, la sècheresse constituent un enjeu. Ensemble investissons dans l’arbre, ne serait-ce que planter même un seul arbre est un acte bénéfique à l’environnement, en nous et à la génération future. En plantant ou en protégeant un arbre, vous participez à la restauration de l’environnement et à la création d’un avenir plus sain pour tous. Chaque plant compte : investissons ensemble dans la plantation et la protection des arbres.

P.W.C.B

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