Promotion de la cohésion sociale: la foi au service de la paix

Le secrétaire général de la Commission épiscopale du dialogue interreligieux, l'abbé Albert Etienne Kaboré, ne cesse de prier pour la paix au Burkina et de semer l’amour dans les cœurs de tous.

Investis d’une « mission divine », les leaders religieux œuvrent inlassablement depuis des décennies, pour une société de paix et de cohésion sociale au Burkina Faso. A travers prêches, homélies, initiatives et discours en faveur d’une société de paix, ces « hommes de Dieu » sèment dans les cœurs des citoyens, les graines de l’amour, du pardon, de la tolérance et du vivre-ensemble. Dans un contexte de défi sécuritaire, ils façonnent leurs fidèles en artisans de paix, renforcent les liens de fraternité entre les filles et fils du Burkina. Reportage !

En ce vendredi 6 mars 2026, alors que le soleil décline sur Ouagadougou, la place de la Nation se transforme en un creuset de fraternité. Des centaines de fidèles chrétiens et musulmans s’y sont donné rendez-vous depuis quelques semaines pour rompre ensemble le jeûne musulman et le carême chrétien. Il est 18 heures. Les tables se garnissent de jus, de fruits, de dattes, de galettes, de gâteaux …, tandis que sourires, accolades et civilités s’échangent dans une atmosphère chaleureuse.

18h15, l’appel du muezzin retentit. Tous réunis autour d’un idéal commun, la paix, musulmans, catholiques et protestants partagent le verre de l’union et de la fraternité, sous les regards empreints de fierté de plusieurs leaders religieux. Jean de Dieu Sawadogo ne cache pas sa joie de voir toutes ces personnes venues de divers horizons pour promouvoir la cohésion sociale. « C’est une très bonne initiative de voir des fidèles catholiques, protestants et musulmans, et leurs leaders se retrouver pour partager ce repas dans une ambiance fraternelle. Réunir toutes les confessions religieuses autour d’une même table est la preuve que le Burkina est indivisible », se réjouit-il. Ce grand rassemblement interconfessionnel témoigne, selon lui, de l’efficacité des discours de paix portés par les leaders religieux. A travers prêches, paroles saintes et actions de sensibilisation, renchérit-il, ces derniers ont su cultiver l’amour et la concorde dans les cœurs, des plus jeunes aux plus âgés. « Ces dernières années, avec l’évolution des réseaux sociaux, certains messages ne sont pas de nature à unir les Burkinabè. Des leaders religieux ont donc eu des discours rassembleurs. C’est cela qui se manifeste actuellement », lance-t-il, tout joyeux.

Le coordonnateur de l’UFCD, François Paul Ramdé : « dans nos localités, les gens respectent toujours les catéchistes, imams, pasteurs. Donc, nous avons exploité cette richesse pour assurer la quiétude dans les villages ».

Ce jour-là, Odile Kéré a aussi décidé de rompre son 17e jour de carême avec ses frères et sœurs à la place de la Nation. « Je suis heureuse de voir autant de monde réuni. Cela prouve qu’on peut communier, vivre ensemble sans problème. C’est une bonne initiative parce qu’elle permet véritablement de vivre la cohésion sociale, de forger positivement les mentalités, de renforcer davantage les liens qui nous unissent parce que nous sommes tous les enfants de la même patrie », affirme-t-elle. A l’instar de Jean de Dieu Sawadogo, elle attribue sa bienveillance envers autrui aux messages de paix et d’amour qui, culte après culte, ont forgé sa personnalité. « De nos jours, ces leaders religieux, à travers leurs

actes quotidiens, nous donnent l’exemple. Nous voyons les prêtres, les pasteurs, les imams qui communient ensemble. Nous suivons leur exemple », précise Mme Kéré. Convaincue de l’influence des leaders religieux, elle les appelle à poursuivre sans relâche leur mission de promotion de la paix, afin de bâtir une société où l’amour demeure le bien le mieux partagé.

« Nous sommes tous les fils de Dieu »

Distiller le message d’amour pour son prochain, le curé de la paroisse Sacré-Cœur de Dapoya et secrétaire général de la Commission épiscopale du dialogue interreligieux, l’abbé Albert Etienne Kaboré, en a fait son combat de tous les jours. A ses nombreux fidèles, ce vendredi 10 avril 2026, il a encore prêché la paix pour le Burkina et dans les cœurs de tous. « Nous invitons nos fidèles à tisser des relations d’amitié et de fraternité dans leur quartier avec tous les musulmans. Nous invitons les jeunes à travailler ensemble, à partager les moments de joie et de peine dans les quartiers. Il le faut car, c’est le dialogue qui va nous donner la paix », laisse entendre l’homme de Dieu. Pour cette « mission divine », la Conférence épiscopale Burkina-Niger a aussi décidé de faire de la promotion de la paix et du vivre-ensemble son cheval de bataille. « Au sein de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, nous avons initié la semaine nationale du dialogue interreligieux. Au cours de cette semaine, dans les 15 diocèses du Burkina Faso et deux du Niger que sont Maradi et Niamey, les paroisses, les Communautés chrétiennes de base (CCB) des deux pays, des prières, des matchs de football, des panels, des concerts avec les artistes des autres religions pour chanter la paix et la fraternité, sont organisés », explique l’abbé Kaboré. En apothéose, fait-il savoir, il y a la grande messe du dimanche où sont conviés les leaders religieux musulmans, protestants et des adeptes de la religion traditionnelle. « A la messe, ils prennent la parole pour un témoignage et nous partageons un repas ensemble. Ce sont des actions concrètes de fraternité entre musulmans et chrétiens », affirme-t-il.

Pour le directeur exécutif de l’URCB, Moussa Bambara, pour « déradicaliser » les mentalités, il faut que les véritables leaders religieux acceptent de donner de la voix pour la promotion de la paix.

Depuis 22 ans, le guide religieux et cheik Soufi Moaz ne cesse de prêcher pour la paix et l’entente entre les communautés au Burkina. De son périple à travers le monde, il dit avoir compris qu’il doit donner un coup de pouce pour changer les mentalités. Alors, au nom de la communauté internationale des Soufis, il a pris son bâton de pèlerin pour sillonner les confins du pays, afin de contribuer à renforcer la paix et à lutter contre l’extrémisme violent. De Dori à Ouahigouya en passant par Gourcy, Yako, Kaya …, il a un seul message : paix et union entre les communautés. « Partout où je passe, je vais à l’église pour informer le curé que je suis venu parler de paix, de tolérance, d’acceptation de l’autre comme les prophètes nous l’ont enseigné. Je leur demande donc de se joindre à moi pour que nous parlions aux brebis pour qu’elles sachent la vérité avant que d’autres personnes ne viennent les manipuler », relate-t-il. Son combat est l’union entre tous les fils du Burkina. « Notre objectif est qu’il y ait la paix entre les humains, qu’ils s’acceptent et puissent vivre ensemble. Au-delà de nos différences religieuses et ethniques, nous sommes tous les fils de Dieu. Nous sommes les fils d’Adam et Eve », insiste-t-il.

Une harmonie sociale

Le cocktail de messages bibliques et coraniques axés sur la paix porte des fruits, soutient le cheik Soufi Moaz. « A Dori, il m’a été rapporté qu’à Noël, des cheiks musulmans se sont déplacés pour souhaiter une bonne fête au prêtre. L’émir de Dori m’a également rapporté que les jeunes ont fait une forte délégation pour lui demander de me dire de revenir encore prêcher, car, ma venue a permis de démolir les barrières religieuses entre eux et les autres communautés », se réjouit-il.

Selon l’imam des mosquées du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques (CERFI) et de l’Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (AEEMB), Tiego Tiemtoré, plus qu’une religion, l’islam est un code de vie qui codifie les rapports dans la verticalité avec Dieu et dans l’horizontalité avec toutes les créatures de Dieu, qu’elles

Selon l’imam des mosquées du CERFI et de l’AEEMB, Tiego Tiemtoré, les mosquées constituent des écoles où l’on éduque les citoyens à être des musulmans exemplaires.

soient humaines, végétales ou animales. De ce fait, affirme-t-il, les leaders religieux, sur la base du Coran et de la tradition prophétique, transmettent un message de paix, d’amour, d’unité, de cohésion. Et ce, à travers les mosquées qui constituent des écoles où l’on éduque les citoyens à être des musulmans exemplaires. C’est pourquoi, explique-t-il, le premier message transmis aux communautés est de dire que l’Islam est certes, une religion, mais aussi une spiritualité, une éducation. « Beaucoup pensent que l’Islam se limite juste à la prière. Non. La prière n’est qu’un élément parmi tant d’autres. Il faut prier, mais il faut également avoir de bons comportements, de bons caractères. Donc, nous essayons de montrer la globalité du message musulman qui est d’éduquer un individu et faire de lui un être serviable à sa communauté », relate-t-il. Et de soutenir que l’éducation doit permettre à l’individu d’être plus utile à sa communauté à travers la lumière de la foi. Ce message, poursuit-il, est transmis dans toutes les mosquées pour qu’un musulman ne soit pas bagarreur, colérique, nerveux. « Au moyen de l’enseignement, le musulman s’éduque petit à petit. Il s’élève pour devenir meilleur et dans la positivité », précise l’imam Tiemtoré. A ses dires, l’Islam attache une grande importance à la pacification de la cité et aux bons rapports entre les croyants. « Voilà pourquoi dans le Coran, le mot paix revient plusieurs fois. La prière musulmane se termine par « Asalam Aleykoum » parce qu’on souhaite la paix aux gens », affirme-t-il.

Des architectes de la confiance sociale

A la place de la Nation tous ont prié pour une société de paix …

Acteurs clés dans la société, le rôle des leaders religieux dans la consolidation du vivre-ensemble est très déterminant, reconnaît Clarisse Rouamba, une fidèle. Leurs messages ont façonné sa vie et ses relations envers son voisinage. Régulateurs de la vie sociale, pour elle, les hommes de Dieu ont semé dans son cœur l’amour et l’entraide envers son prochain. « Ces paroles divines m’ont beaucoup impactée dans ma vie quotidienne. Certains prêches m’ont édifiée et m’ont permis de donner plus d’amour aux autres », témoigne-t-elle. Leur combat pour un Burkina de paix est salutaire, estime Mme Rouamba. « Même sans salaire, l’œuvre de Dieu qu’ils accomplissent à travers leurs messages pour l’amour du prochain, la solidarité et la paix est inquantifiable », insiste-t-elle. Lucie Ouadeba, quant à elle, avoue que depuis qu’elle met en pratique les enseignements religieux, elle cohabite en parfaite harmonie dans la société. « Cela m’a permis de savoir que nous devons vivre en paix et en harmonie là où nous nous trouvons », dit-elle.

Pour Sidi Mohamed Guigma, expert en éthique et déontologie et ambassadeur de paix, les prêches et initiatives interreligieuses des leaders religieux constituent un puissant levier de cohésion sociale et un modèle vivant de coexistence pacifique. En soutenant les autorités dans la préservation de la paix, ils deviennent des architectes de la confiance sociale, rappelant que la paix est une construction partagée, une responsabilité collective qui se nourrit de reconnaissance mutuelle et de solidarité. Au niveau de la cohésion, soutient-il, ils agissent comme des tisseurs de liens sociaux, permettant aux communautés de rester unies malgré les tentatives de division. Enfin, sur le plan de la résilience, leur action contribue à développer une immunité sociale : la société burkinabè apprend à résister aux menaces, à transformer l’anxiété en vigilance constructive et à préserver la paix comme

…et rompu le jeûne ou le carême dans la joie.

une ressource partagée. « En rassemblant les communautés autour de valeurs universelles, les leaders religieux jouent le rôle de catalyseurs de confiance collective, transformant la diversité en une ressource relationnelle et la solidarité en une énergie réparatrice », précise l’ambassadeur de paix.

Des comités locaux de paix

Réunis au sein de l’Union fraternelle des croyants de Dori (UFCD), les leaders religieux se sont engagés à être des lumières pour la paix à travers le Burkina. Leurs paroles, leurs actes portent de bons fruits. C’est dans cette dynamique que l’Union a mis en place le réseau des leaders religieux et communautaires « Voix modérée ». « Nous avons mobilisé des leaders au-delà du Sahel parce qu’ils sont mus par cette mission de paix par leurs paroles dans les prêches et leur manière d’être », indique le coordonnateur de l’UFCD, François Paul Ramdé. En 2014, rappelle-t-il, des comités locaux de paix ont été aussi mis en place pour renforcer, outre le dialogue interreligieux, le dialogue social. Constitués de volontaires des différentes composantes de la société (femmes, jeunes …) autour de l’imam, du catéchiste ou du pasteur, ils mènent des concertations pour « éteindre » les différends. « Dieu veut plus l’union que les divisions. C’est comme un arbre à palabres que nous avons ressuscité. Dans nos localités, les gens respectent toujours les catéchistes, imams, pasteurs et autres leaders. Donc, nous avons exploité cette richesse pour assurer la quiétude dans les villages. Ces comités locaux avec les leaders religieux ont permis de prévenir énormément de conflits, d’éteindre de gros différends qui auraient pu dégénérer. Ils nous ont permis de mettre en place un dispositif global qui va jusqu’à la prévention des conflits agropastoraux », témoigne-t-il.

Le PCA de l’URCB, Naaba Kaongo
de Zagtouli : « En tant que
leaders religieux et coutumiers,
nous devons être des modèles de
cohésion sociale, des promoteurs
de la paix entre les différentes religions
».

Née de la volonté des hautes autorités, de la Fédération des églises et missions évangéliques du Burkina (FEME), de la Fédération des Associations Islamiques du Burkina (FAIB), de la Conférence épiscopale Burkina-Niger et de la haute autorité coutumière, l’Union des religieux et coutumiers du Burkina pour la promotion de la santé et le développement (URCB) travaille pour sa part à promouvoir le dialogue interreligieux. Elle a pour objectif d’intervenir sur les questions de développement. Selon son directeur exécutif, Moussa Bambara, les initiatives de l’Union en faveur de la paix sont nombreuses sur toute l’étendue du territoire national. Actuellement, dit-il, elle met en œuvre le projet Djama béog neré (l’avenir radieux pour tous, en langue mooré) basé sur la résilience des communautés et la promotion des voix de paix. Dans sa composante communication et culture, précise-t-il, l’ambition est d’avoir des leaders, champions de la promotion de la paix dans les différentes communautés, qui donnent de la voix dans les médias pour attirer l’attention et appeler les jeunes à changer de comportement. « Les Burkinabè aiment la musique et la culture. Donc, nous utilisons également la culture comme un vecteur de promotion d’un discours de paix », fait savoir Moussa Bambara. Il cite également des ateliers de dialogue interreligieux lors desquels chaque composante élabore un document de plaidoyer qui montre comment sa religion ou sa composante peut promouvoir la culture de la paix, mais aussi sa vision sur l’acceptation des autres composantes. « Nous élaborons ensemble un plan d’actions. Chaque leader, à savoir  pasteur,  prêtre,  catéchiste,  imam et le prêcheur, retourne dans sa communauté pour assurer la transmission de ces valeurs de paix », explique-t-il. Pour lui, il est nécessaire que ces autorités incarnent véritablement la morale.

Bannir les messages de haine sur les réseaux sociaux

Malheureusement, déplore Moussa Bambara, certaines personnes s’excitent sur les réseaux sociaux pour se donner une popularité numérique, mais en réalité, ils ne sont pas des leaders. « Or, beaucoup de leaders  prônent la paix. Seulement quelques individus occupent le champ des médias sociaux et donnent l’impression que les leaders religieux sont un problème du Burkina. Alors que la religion a toujours été une solution pour le

Depuis 22 ans, le guide religieux
Cheik Soufi Moaz ne cesse de
prêcher pour la paix et l’entente
entre les communautés au Burkina.

Burkina », reconnaît M. Bambara. Chaque fois que le pays a eu des difficultés dans sa marche, se souvient-il, les leaders religieux et chefs coutumiers sont intervenus pour non seulement appeler à la paix et à l’apaisement, mais aussi pour prier pour le retour de la sérénité. Pour lui, un leader religieux, c’est d’abord une personne qui a le savoir et qui est portée par des structures crédibles avec un discours suffisamment responsable. « Il faut certainement un régulateur pour essayer d’assainir l’espace public. Pour ceux qui n’ont pas une organisation solide, que l’Etat également puisse les accompagner à avoir cette organisation, de sorte à discipliner tous ceux qui pourraient éventuellement intervenir au nom des leaders religieux », propose le directeur exécutif de l’URCB.

Pour « déradicaliser » ces personnes, pense-t-il, il faut que les véritables leaders religieux acceptent de donner de la voix pour la promotion de la paix. C’est dans cette dynamique que le cheik Soufi Moaz s’est engagé avec ses pairs à prôner la parole de Dieu, l’acceptation de l’autre, le vivre-ensemble conformément aux paroles des livres saints. « Les leaders religieux doivent appeler les gens à la tolérance et multiplier les sensibilisations pour éradiquer la haine, les dénigrements, les bagarres … La religion, c’est deux choses : adorer ton Seigneur et respecter ton prochain. Un musulman n’a pas le droit d’enseigner la haine. Même une simple injure est interdite », insiste-t-il. En plus d’enseigner la parole de Dieu, les leaders religieux doivent être des exemples pour la société et bannir les messages de haine, confesse Soufi Moaz. C’est pourquoi, la FAIB a créé en son sein le Centre d’écoute du discours islamique (CEDI) pour auditionner les prédicateurs qui enfreignent les règles de « bien parler » dans la Nation. « Quand le discours n’est pas normal, l’intéressé est interpellé puis auditionné par la Fédération. Il y a même des sanctions prévues pour ceux qui n’acceptent pas de rentrer dans les rangs. Nous travaillons à avoir une carte des prédicateurs et n’importe qui ne le sera pas », fait-il savoir. Il compte d’ailleurs sur la FAIB pour « discipliner » les prédicateurs avec un message central qui est celui que la religion doit conduire à la paix, à la cohésion. « Que les prêches,

Pour l’ambassadeur de paix, Sidi
Mohamed Guigma, les initiatives
interreligieuses des leaders religieux
constituent un puissant levier
de cohésion sociale.

les sermons … soient des vecteurs, des viatiques pour éduquer les populations et non diviser et dénigrer », souhaite-t-il. Pour lutter contre cette forme de radicalisation, il faut beaucoup de discipline individuelle et collective, estime-t-il. « Tout musulman qui parle doit se rappeler que sa parole doit éduquer et apporter du bien. Cette éthique de la parole, la Fédération en a fait son cheval de bataille. Elle invite tous les prédicateurs à se rassurer que ce qu’ils vont dire sera utile à la communauté qui les écoute », relate-t-il. De son avis, la paix est extrêmement importante pour toutes les nations. C’est dans cette optique que la FAIB s’est aussi engagée à former les prédicateurs pour endiguer le discours belliqueux dans les mosquées… « En interne, il y a un travail de réforme, d’éducation, de discipline qui est conduit par la Fédération pour que les musulmans puissent être à la hauteur des attentes, des espérances de notre pays », confesse-t-il.

Semer les graines de l’amour

Pour renforcer les ponts du vivre-ensemble et construire une société de paix, il faut l’amour, le pardon, la tolérance et la vraie foi en Dieu, affirme le secrétaire général de la Commission épiscopale du dialogue interreligieux, l’abbé Albert Etienne Kaboré. « Le Burkina est un don de Dieu pour les filles et fils  du pays. Nous avons la solidarité, la chaleur humaine. Nous devons nous aimer les uns les autres et nous pardonner mutuellement. Que tous les Burkinabè se reconnaissent filles et fils  de la Nation et, main dans la main, œuvrons à construire un Burkina pour pouvoir vivre dans la paix », conseille-t-il. Depuis des décennies, la FEME œuvre pour une société de paix. Fidèle à son engagement, à travers ses cultes, elle a semé les graines de l’amour, de la tolérance et du

Odile Kéré appelle les leaders religieux
à poursuivre sans relâche
leur missio

vivre-ensemble dans les cœurs des Burkinabè. Son président, Vincent Ilboudo, estime que tous les Burkinabè doivent s’aimer dans leur différence. Car, la cohésion sociale, c’est le vivre-ensemble harmonieux et paisible. Alors, chaque Burkinabè doit être un artisan de paix, de pardon et de tolérance. Les religieux et coutumiers, rappelle le Président du conseil d’administration (PCA) de l’URCB, Naaba Kaongo de Zagtouli, sont des acteurs clés dans la promotion de la cohésion sociale et du vivre-ensemble. Et la chefferie coutumière a toujours milité aussi dans cette dynamique en travaillant en grande intelligence avec les autres leaders du Burkina. « Personnellement, je participe à la prière de Tabaski et de Ramadan. Je fais la messe de Noël avec les chrétiens. Sur invitation des pasteurs, je participe à des cultes. Tout cela dans le but de promouvoir une bonne cohésion entre les différentes communautés religieuses et la chefferie coutumière », clarifie-t-il. « En tant que leaders religieux et coutumiers, nous devons être des modèles de cohésion sociale, des promoteurs de la paix entre les différentes religions. Il nous faut prôner un discours d’incitation à la paix et à la cohésion sociale », préconise Naaba Kaongo. L’imam Tiego Tiemtoré est de cet avis. Egalement, il conseille de toujours accentuer les messages de pacification et d’insister sur la nécessité de vivre ensemble. A l’unanimité, tous pensent que les filles et fils du Burkina doivent s’unir pour une société empreinte de paix, de cohésion sociale et de vivre-ensemble.

Abdel Aziz NABALOUM

emirathe@yahoo.fr


Lutter contre toutes formes d’extrémisme

Le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité n’est pas en marge de la lutte contre les messages de haine et de division diffusés dans l’espace public via les réseaux sociaux, notamment des vidéos de prêche de certains religieux. Dans un communiqué en date du 20 mai 2026, le ministre d’Etat, Emile Zerbo, a rappelé que ces messages clivants et insultants mettent à mal la cohésion sociale et compromettent l’esprit de dialogue et de tolérance qui règne au sein des communautés burkinabè qui ont toujours vécu ensemble en parfaite harmonie. Il a alors rappelé les responsables des communautés à plus de responsabilité dans les prises de parole publiques et à se départir de toute forme de radicalisme et d’intolérance. Il a également exhorté l’ensemble des parties, à privilégier l’acceptation mutuelle dans la différence pour un vivre-ensemble pacifique. Le ministre a invité aussi les populations à se départir des discours de violence et de haine ainsi que de toutes autres formes d’expression d’intolérance religieuse au sein de l’opinion. Et, toute personne, sans exception, qui au nom d’une quelconque religion se livrera à de telles pratiques sera punie conformément aux textes en vigueur. Le ministère en charge des libertés publiques, a enfin rassuré qu’il assumera pleinement son rôle régalien de protection de la liberté de culte pour tous les citoyens et pour toutes les confessions religieuses dans leur diversité.

A.A.N


Un projet de guide sur le discours alternatif

Pour prévenir les discours haineux et la radicalisation au Burkina, la FAIB a élaboré un projet de guide sur le discours alternatif qui a été remis, le 7 juillet 2025, au ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Emile Zerbo, en présence de ses homologues chargés de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo et de la Sécurité, Mahamadou Sana.

Selon le président d’alors du présidium de la FAIB, l’imam Boubacar Yugo, ce guide a pour ambition de rétablir le vrai sens de l’Islam, « trop souvent déformé par des discours extrémistes ». « Ce que ces hommes font au nom de l’Islam n’est pas de l’Islam. Peut-être sont-ils égarés. Nous avons produit un document enrichi de versets coraniques et de hadiths, pour démontrer que leur violence ne repose sur aucune base religieuse », a-t-il déclaré. Il a fait savoir qu’il est possible de vivre sa foi tout en œuvrant au développement du pays, sans céder aux appels à la violence. « Nous appelons les frères égarés à revoir leur position. L’Islam ne prône pas la violence. Il est une religion de paix et de cohésion », a insisté l’imam Yugo. Face à la montée des propos haineux sur les réseaux sociaux, l’imam Boubacar Yugo, a également lancé un appel à la retenue et à la responsabilité, à l’endroit des musulmans et de tous les Burkinabè, quelle que soit leur confession. Il a affirmé que l’Islam n’a pas été révélé pour diviser, mais pour rapprocher les humains. Et d’insister qu’il est temps d’arrêter les messages haineux. « Ce n’est pas islamique. Ce n’est pas constructif », a-t-il insisté.

A.A.N

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