Promotion des langues nationales: Ali Tiemtoré, la plume au service du mooré

L’écrivain en mooré, Ali Tiemtoré, rappelle avoir été parmi les premiers apprenants du Centre Alpha commando basé dans la commune de Bindé.

Ecrivain et défenseur des langues nationales, Ali Tiemtoré, s’impose comme une figure discrète mais essentielle de la littérature burkinabè. A travers ses œuvres rédigées en mooré, il explore les réalités sociales, culturelles et morales de son époque, tout en œuvrant à la valorisation du patrimoine linguistique local. En marge de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée du 4 au 9 mai 2026, à Manga, Sidwaya, est allée à la rencontre de l’écrivain.

Le paysage littéraire au Burkina Faso est dominé par les langues héritées de la colonisation. Ali Tiemtoré, natif de la commune de Bindé, dans la région du Nazinon, a fait un choix : écrire en mooré. Auteur de six œuvres, il construit patiemment une bibliographie qui puise dans le vécu quotidien des populations et interroge les mutations sociales contemporaines. Au nombre de ses livres, l’on peut citer « A yii mam noanga », qui signifie « Elle fut ma dulcinée » ; « Patarbtaal nintam », qui veut dire « L’arme de l’innocent » et « Kaeto lebg n wa », qui désigne « Tu peux encore revenir ».

Le dernier ouvrage de l’écrivain, présenté en 2024, a été baptisé « Pag nonglem ying bala », qui se traduit par : « Rien que pour l’amour d’une femme ». Sa toute première œuvre, intitulée « A yii mam noanga », parue en 2002, a été éditée, à 10 000 puis à 20 000 exemplaires et traduits dans plusieurs langues, notamment le Gouin, le fulfuldé, le bissa et le dioula. Marié et père de quatre enfants, Ali Tiemtoré, dit avoir commencé ses productions en 2002. Selon lui, l’écriture en mooré était le seul canal qu’il pouvait exploiter pour faire passer son message. Car, la langue maternelle est celle qu’il maitrisait le mieux, d’autant plus qu’il n’est pas allé à l’école classique. « Je suis né et j’ai grandi au village. J’ai vécu pas mal de choses que je voudrais dire.

C’est ce qui m’a poussé à me lancer dans les écrits », confie-t-il. Les textes de l’écrivain abordent donc des thématiques variées, telles que l’amour, la délinquance juvénile et la sorcellerie. A travers ses écrits, il met en lumière, le lien entre le bien matériel et l’amour pour une fille ou une femme et dénonce les accusations de sorcelleries dans les différentes contrées du pays. Selon M. Tiemtoré, le matériel n’a pas sa place dans les histoires de sentiment. « On peut être pauvre aujourd’hui et devenir riche demain », soutient-il. Celui-ci rappelle avoir été parmi les premiers apprenants du Centre Alpha commando basé dans la commune de bindé. « C’était une formation un peu forcée sous la Révolution d’août 83 », se souvient-il. Aujourd’hui, Ali Tiemtoré se réjouit d’avoir été dans cette école. Il dit être connu un peu partout grâce à ses œuvres rédigées en mooré.« Maintenir les langues nationales vivantes »

Les livres de l’écrivain sont utilisés dans des écoles bilingues et dans plusieurs universités du pays, notamment dans les universités Daniel-Ouézzin-Coulibaly (Dédougou), Norbert-Zongo (Koudougou) et Joseph-Ki-Zerbo (Ouagadougou). « Même en Côte d’Ivoire, mes œuvres sont utilisées par les mossis qui font l’alphabétisation », ajoute-il. L’écrivain indique par ailleurs, que l’on ne peut pas s’appuyer sur la langue d’autrui pour s’épanouir. Il appelle donc ses concitoyens à aimer leurs langues maternelles et à les promouvoir.

Le Directeur provincial (DP) de l’éducation préscolaire, primaire et non formelle du Zoundwéogo, Dominique Dipama, dit connaitre l’écrivain, depuis les années 2009-2010 à travers ses écrits. Il affirme que c’est un homme qui œuvre énormément à la promotion des langues nationales, notamment le mooré. Pour lui, les documents de l’auteur sont beaucoup utilisés dans les Centres d’alphabétisation en mooré. Il dit l’apprécier très positivement parce qu’il faut des acteurs qui ont la conviction de Ali Tiemtoré pour maintenir les langues nationales vivantes. Le DP Dipama soutient que les langues nationales sont certes des vecteurs de communication mais également un puissant moyen de promotion des valeurs locales, culturelles et de la paix.

« On peut se servir de nos langues nationales pour mener des activités de sensibilisation sur l’hygiène et promouvoir bien d’autres choses », souligne-t-il. Tout en exprimant ses encouragements à Ali Tiemtoré, le premier responsable de l’éducation primaire du Zoundwéogo souhaite qu’il continue dans le sens de promouvoir les langues nationales. « Qu’il travaille également à amener d’autres personnes à faire de la production littéraire dans nos langues, notamment le mooré qu’il maitrise le mieux », invite Dominique Dipama.

Noufou SAWADOGO

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