Au sommet de l’Etat sénégalais, les désaccords sont de plus en plus marqués, qu’il faut craindre pour l’avenir du pays. Si les deux hommes forts du Sénégal, le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre, Ousmane Sonko, se sont battus pour l’alternance, passant de la case prison au sommet de l’Etat, ils affichent à présent des divergences à l’épreuve du pouvoir. Même s’ils restent courtois l’un envers l’autre, écartant toute trahison, ces deux grands amis ont du mal à convaincre leurs soutiens et admirateurs, que tout va bien entre eux.
L’unité sans faille affichée au début de leur accession au pouvoir en mars 2024 a laissé place à des mésententes difficiles à cacher. Face à la presse, le samedi 2 mai dernier, le chef de l’Etat sénégalais n’est pas passé par quatre chemins pour prendre ses distances avec le vote récent de la modification du Code électoral par les députés de son parti, le PASTEF. Cette révision vise à permettre au chef du gouvernement et maitre à penser du PASTEF, exclu de la présidentielle de 2024 pour des raisons judiciaires, à se présenter au scrutin de 2029. « Je n’ai pas vu l’urgence de faire cette proposition.
Nous étions dans une dynamique consensuelle », a affirmé Diomaye Faye. Aussi, a-t-il tenu ces propos interrogateurs au sujet d’Ousmane Sonko : « Nous gérons nos divergences. Pour le moment, il bénéficie toujours de ma confiance comme Premier ministre. Si, je considère qu’il ne peut plus être mon Premier ministre, quelqu’un d’autre prendra sa place ». Ces paroles sonnent comme un avertissement, voire une manière pour Faye d’affirmer son statut de commandant en chef du Sénégal. Ce qui questionne davantage sur sa relation avec son grand ami et compagnon politique.
Les sujets, qui divisent Faye et Sonko, s’accumulent. On se rappelle, en novembre 2025, du choix de la personnalité pour conduire le chantier de restructuration de la coalition « Diomaye Président », qui n’a pas été du goût de Sonko. Aïda Mbodj, proche du leader du PASTEF, a été remerciée par le chef de l’Etat et remplacée par l’ex-Premier ministre, Aminata Touré. Au sein du parti, cette décision a été vivement critiquée, la plupart des cadres acquis à la cause de Sonko estimant que le chef de l’Etat n’a pas les prérogatives pour démettre Aïda Mbodj. Au fil des mois, le Président Faye ne semble pas apprécier la mainmise totale de Sonko sur le PASTEF.
N’a-t-il pas soutenu de vive voix que le Sénégal n’a pas besoin de « messie », faisant à allusion, à demi-mots, au chef du gouvernement dont la popularité le positionne comme une sorte de sauveur pour le « pays de la Teranga » ? Du reste, Faye travaille manifestement à faire de sa coalition « Diomaye Président », une alternative au PASTEF. La tenue sous sa bienveillance, le 7 mars dernier, de la première assemblée générale de cette entité, a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Du duo qu’ils forment, Sonko et Faye semblent se livrer désormais à un duel autour de la conduite du pays.
En plus du choc de personnalités (le chef de l’Etat est plus modéré dans ses choix que le Premier ministre plus souverainiste et radical en la matière), les rivalités apparentes entre les deux hommes semblent se justifier par les ambitions politiques personnelles. Si, Faye a promis passer le flambeau à Sonko en 2029, son attitude pose question, tant certains observateurs perçoivent en lui, une volonté de prendre la main politiquement et de se maintenir au pouvoir. Sonko, qui a pesé de tout son poids pour offrir un destin présidentiel à Faye, attend aussi de savourer son heure. En tous les cas, les deux personnalités les plus en vue du Sénégal en ce moment ont intérêt à contenir leurs divergences, à se parler franchement, pour ne pas faire voler en éclats une solide amitié et un parcours politique commun plein d’enseignements.
Kader Patrick KARANTAO






