
Les mois de décembre et de janvier sont habituellement synonymes de fraîcheur au Burkina Faso. Mais, cette année le pays dans son ensemble enregistre des températures élevées. Pour en savoir davantage sur cette vague de chaleur inhabituelle, le prévisionniste, Rayimwendé Zoungrana à l’Agence nationale de la météorologie a accordé un entretien à Sidwaya.
Sidwaya (S) : Cette année, on a l’impression qu’il fait chaud pour la saison froide. Est-ce que les données de la météo confirment cela ?
Rayimwendé Zoungrana (R.Z) : Oui, il faut dire que l’analyse des données des stations météorologiques installées un peu partout sur le pays révèle qu’en ce qui concerne les températures maximales, pour cette année, au mois de décembre déjà, elles étaient largement au-dessus de ce qu’on a l’habitude d’observer. Il en est de même pour les températures minimales sur la quasi-totalité du pays. Les techniciens parlent de normale climatologie. Pratiquement, au mois de janvier, on a des températures qui partent jusqu’à 38 degrés. Alors que pour des années plus fraîches, on a des températures qui excèdent très rarement 35 degrés. Pour la température minimale, généralement, par exemple pour le cas de Ouagadougou, elle peut chuter jusqu’à 15 degrés. Mais pour cette année, elle se situe autour de 20 degrés, parfois plus.
S : Qu’est-ce qui explique cet état ?
R.Z : Cela est lié à une situation de variabilité climatique. Le système climatique est régi par des grands ensembles. Et lorsque, le soleil migre vers l’hémisphère sud, il y a ce qu’on appelle l’anticyclone des açores. C’est un moteur qui renforce les vents d’harmattan, qui vont balayer le Sahara et apporter de l’air frais sur le Sahel, c’est-à-dire sur le Burkina Faso. Mais, il se trouve que ce moteur-là a peu de force, cette année. Par conséquent, il ne s’étend pas sur l’Afrique et les vents d’Harmattan restent faibles. On observe donc peu de fraîcheur. Il faut dire, aussi, que cette configuration engendre une situation relativement chaude sur une bonne partie de l’Europe. Donc, le plus souvent, l’air frais qu’on reçoit pendant l’hiver descend de cette partie de l’Europe. Et comme cette partie est chaude, même les faibles vents d’Harmattan qui vont descendre avec cet air sont relativement chauds. Une autre conséquence est que la mousson au Sud a un peu de la force, puisque la situation au Nord de l’Afrique s’est affaiblie, donc, on observe des remontées récurrentes de mousson. Cette situation n’est pas de nature à rafraîchir les températures, surtout au cours des matinées. D’une année à une autre, l’anticyclone peut s’affaiblir ou être fort et créer une situation relativement chaude ou fraîche. On peut penser que c’est une situation un peu exceptionnelle. Alors que c’est lié à la dynamique de l’atmosphère.
S : Par rapport à cette variation de la température, y a-t-il une différence entre les régions ?
R. Z : De l’analyse des données, il ressort que pratiquement toutes les régions du Burkina affichent des températures très voisines, au-dessus de ce qu’on a l’habitude d’observer, c’est-à-dire la normale climatologique. Il peut avoir une petite différence ; mais globalement, il reste au-dessus de la normale climatologique. Actuellement, les maximales, c’est-à-dire le pic en fin de journée varie pratiquement entre 35 et 37 degrés. Et les minimales, elles varient en moyenne entre 19 et 23 degrés. Alors qu’en année fraîche, Dori peut enregistrer les 10 degrés et Ouagadougou 15 degrés.
S : A quelles manifestations doit-on s’attendre pour le reste de la période de l’Harmattan ?
R. Z : Il faut dire que, déjà dans un futur très proche, vous constaterez qu’une couverture nuageuse pourrait faire baisser les températures maximales. A côté de cela, il faut dire qu’on peut noter de la pluie aussi, par endroits, sur certaines localités notamment de la partie Sud-Ouest. Par contre, pour les températures minimales, elles pourraient ne pas baisser. Cela s’explique. Avec la couverture nuageuse, cela crée un effet de serre qui empêche, au cours de la nuit, la terre de se refroidir. Au cours de la semaine du 19 au 25 janvier, vous constaterez une couverture nuageuse très dense qui pourrait faire baisser la température maximale. A part cela, la situation pourrait revenir à ce qu’on est en train d’observer actuellement. Mais en ce qui concerne l’harmatan, jusqu’en avril, on peut s’attendre toujours à des vents d’harmatan, même s’ils n’apportent pas de la fraîcheur, ils pourraient apporter des nappes de poussière qui peuvent affecter la visibilité et la qualité de l’air, avec ses conséquences que vous connaissez.
S : Quelles peuvent être les conséquences de ce dérèglement pour la future saison de pluie ?
R. Z : Il n’y a pas de lien établi entre la situation, c’est-à-dire un hiver qui est relativement chaud et la saison pluvieuse. Puisque la situation actuelle même favorise la montée de la mousson. Donc, il n’y a pas un impact négatif pour la saison des pluies. Puisqu’elle aide la montée des vents humides de l’Océan vers le pays. On a des prévisions saisonnières en mai qui viendront éclairer la situation de la saison à venir.
S : Quel impact cette situation peut-elle avoir sur les activités au quotidien ?
R. Z : Déjà, si on prend même la demande énergétique, en cette période, le plus souvent, peut-être que les gens ne mettent plus des brasseurs ni certains équipements, mais comme il fait relativement chaud, ils seront obligés d’utiliser ces appareils et par conséquent, la demande énergétique pourrait augmenter avec des risques de délestage. Pour les activités au niveau des barrages, c’est une situation qui peut occasionner le tarissement des barrages, parce qu’il fait chaud et l’eau s’évapore, donc il y a perte d’eau. Et cela peut mettre à mal les activités de contre-saison.
S : Comment les agriculteurs peuvent-ils anticiper sur d’éventuelles conséquences, pour améliorer la chance de rendements ?
R. Z : L’information méteorologique est très capitale pour bien planifier l’activité agricole. Déjà à la météo, on élabore des bulletins agrométéorologiques décadaires destinés spécifiquement aux agriculteurs. Il y a aussi les prévisions saisonnières, en ce qui concerne la saison pluvieuse. Elles sont également appuyées par des prévisions mensuelles qui s’étendent jusqu’à quatre semaines. Toutes ces informations permettent aux agriculteurs de faire le choix des variétés et de mieux planifier les opérations culturales ou la date des semis.
S : Quels conseils donneriez-vous aux citoyens pour mieux comprendre et anticiper les effets du changement climatique ?
R.Z : C’est de les inviter à s’approprier l’information météorologique à travers les différents canaux. On a une page Facebook, un canal WhatsApp et le site web. On a aussi des médias partenaires comme la RTB où un bulletin est diffusé chaque soir. L’information météorologique est capitale pour se protéger d’abord. A côté de cela, il y a la planification des activités des événements qui sont parfois reportées due à de fortes pluies alors que cela peut être évité.
Aly SAWADOGO
Paticia TAONSGO
(Stagiaire)





