Le traitement réservé à l’immersion patriotique des professionnels des médias au Burkina Faso par certains médias occidentaux, notamment Le Figaro et RFI, révèle une dérive préoccupante : celle d’un journalisme qui prétend raconter l’Afrique tout en refusant d’écouter ceux qui y vivent. Les articles consacrés à cette initiative burkinabè donnent surtout l’impression que le récit était construit avant même que la réalité du terrain ne soit observée. Pendant que des journalistes burkinabè participaient à l’immersion et vivaient directement l’expérience, ces médias étrangers préféraient parler à leur place.
A Paris, un récit est ainsi présenté : celui de journalistes « contraints », d’une formation militaire imposée et d’un pouvoir cherchant à mettre les médias au pas. Mais où sont les témoignages des participants ? Où sont les journalistes envoyés sur le terrain pour observer, interroger et confronter les versions ? C’est là que le problème se pose.
Le journalisme ne consiste pas à fabriquer une réalité depuis un bureau situé à des milliers de kilomètres du lieu où se déroulent les faits. Il repose sur l’observation, la vérification, le recoupement et la confrontation des sources.
Lorsqu’un événement se déroule à Pabré, la première obligation est d’aller à Pabré, de rencontrer les participants et d’écouter les organisateurs comme les autres acteurs concernés. Sinon, ce n’est plus du reportage : c’est du récit inventé à distance. Plus grave encore, cette manière de traiter l’actualité burkinabè s’inscrit dans un schéma devenu récurrent. Toute initiative de Ouagadougou est suspectée. Toute participation à une activité nationale est interprétée comme une contrainte. Le Burkina Faso est systématiquement présenté sous son jour le plus sombre, au mépris parfois de la complexité des réalités vécues.
Cette grille de lecture traduit les relents d’un regard que l’on peut légitimement
qualifier d’impérialiste : celui qui considère que l’information crédible doit nécessairement venir de l’extérieur et qu’un journaliste étranger serait mieux placé qu’un professionnel burkinabè pour raconter ce que celui-ci a vécu. Or, le Burkina Faso de 2026 n’est plus disposé à accepter que son histoire soit écrite ailleurs.
Les journalistes burkinabè ne sont pas les spectateurs passifs de la guerre imposée à leur pays que certains voudraient décrire. Ils sont des professionnels. Ils sont des citoyens responsables, conscients des enjeux de leurs pays, désireux de comprendre les réalités vécues par les forces engagées sur le terrain et capables de participer volontairement à une initiative nationale sans pour autant déposer sa plume à la porte. Leur engagement ne signifie pas qu’ils ont renoncé à leur devoir d’informer. C’est justement cette réalité que certains récits médiatiques refusent de reconnaître. Ce qui est en cause ici, ce n’est donc pas le droit de critiquer le Burkina Faso.
C’est le droit du public à une information honnête et vraie. Le Burkina Faso n’exige pas que les médias étrangers le présentent comme un pays parfait. Il exige simplement qu’ils rapportent les faits avec rigueur, qu’ils écoutent ses citoyens et qu’ils cessent de parler systématiquement à leur place. Au Figaro, à RFI et à tous ceux qui prétendent raconter le Burkina Faso depuis Paris ou ailleurs, le message est clair : venez sur le terrain.
Ecoutez les Burkinabè. Vérifiez les faits. L’époque où l’on pouvait fabriquer à distance l’image d’un pays africain sans que ses propres citoyens ne répondent est révolue. Le Burkina Faso veut désormais être raconté à partir de sa réalité, et non à travers les lunettes de ceux qui ont déjà décidé ce qu’ils veulent y voir. Le récit de notre histoire nous appartient.
Kamélé FAYAMA






