Sur les traces de Mao Zedong : Escale express à Shaoshan

Une statue géante de Mao Zedong trône sur la place qui lui a été dédiée.

La province du Hunan, sa capitale Changsha et particulièrement la ville-district Shaoshan doivent leur renommée, en Chine et dans le monde, à un seul homme : Mao Zedong, le premier Président, né à Shaoshan le 26 décembre 1893. Visiter cette petite ville à 130 km au sud-ouest de Changsha, devenue l’épicentre du tourisme dans la région, c’est plonger dans la mémoire vive de la révolution populaire entre maisons patrimoniales, statues et collines verdoyantes. Le jeudi 13 août 2026, des journalistes et communicateurs burkinabè, en séjour dans l’Empire du milieu, ont eu l’occasion d’en vivre l’expérience, certes, courte de seulement 1h30mn, mais oh combien riche d’enseignements.

La veille du 13 août 2026, après une journée bien remplie comme d’habitude depuis l’arrivée à Changsha, dans la province du Hunan au Sud de la Chine, la jeune assistante chinoise des journalistes et communicateurs burkinabè, en séjour dans l’Empire du milieu, Eliane, annonce de sa voix fluette dans le car qui les ramène à l’hôtel : « dormez tôt ce soir, reposez-vous bien et reprenez des forces car, demain nous quitteront tôt l’hôtel parce que nous aurons une longue distance à parcourir ». Un soupçon de découragement se lit immédiatement sur les visages, mais vite dissipé lorsque leur bienveillante assistante poursuit en les informant qu’ils iront à Shaoshan … le village natal de Mao Zedong.

Ce programme alléchant a le don d’illuminer un tout petit peu les visages fatigués par une longue journée, et nous nous disons que sacrifier deux heures de sommeil pour une telle visite, le jeu en vaut la chandelle. Parce que Shaoshan n’est pas en Chine une destination ordinaire. C’est une ville mémoire. Nous avons donc hâte d’y être. Les quelques 130 km qui séparent Changsha à Shaoshan sont vite parcourus le lendemain en moins de deux heures. Les visiteurs du jour découvrent une superbe vallée entourée de montagnes à la végétation luxuriante. Il est 9h et le ciel est chargé de gros nuages. Néanmoins, les voyageurs venus du sahel n’ont cure des risques d’averses.

Ils ont là l’occasion, peut-être unique, de se plonger dans l’enfance et l’adolescence d’une figure qui a profondé-ment bouleversé l’histoire de la Chine et du monde. Le site grouille déjà de monde. Notre guide, Shao Shanchong, propose alors de débuter la visite par la place Mao Zedong. Son introduction à l’entrée du site est concise et précise.
« Après la mort de Mao en 1976, Shaoshan se transforme progressivement en sanctuaire national. La maison familiale est classée, un mémorial est érigé et la ville toute entière s’organise autour de sa mémoire », informe-telle.

Hommage et recueillement

Au vu du temps imparti, la guide Shao Shanchong a été précise et concise dans ses récits.

A l’entrée de l’axe principal de la place Mao se dresse une grande pierre ayant la forme de la carte de la Chine et portant l’inscription « La Chine a donné naissance à Mao Zedong ». A 100m, au fond, plastronne la statue géante en bronze, qui s’impose au regard, représentant le premier président de la République populaire de Chine en costume Zhongshan. tenant un manuscrit. Rien n’est laissé au hasard dans cet espace soigneusement entretenu.

Toutes les dates ou chiffres regorgent d’une forte symbolique et d’un sens. A preuve, la statue mesure 6 m de la tête au pied et repose sur un socle ocre de 4,1 m où est gravé en rouge et en cinq caractères « Camarade Mao Zedong ». « Les 6 m de Mao représentent les 6 membres de sa famille ayant sacrifié leur vie pour la révolution et les 4,1m, les 41 ans de règne de Mao Zedong », détaille Shao Shanchong. Autre symbolique, elle a été inaugurée le 26 décembre 1993 pour marquer le centenaire de la naissance du père de la Nation chinoise. Et que dire d’un phénomène qui a étonné plus d’un ce jour-là ? Aux dires de notre guide, le 26 décembre 1993 à 10h, au moment où le Président d’alors Jiang Zemin dévoile la statue, la lune fit son apparition.

« Le soleil et la lune brillaient en même temps dans le ciel ce jour-là. Aussi, les alisiers, qui normalement fleurissaient au printemps, ont fleuri en décembre cette année-là », conte-t-elle, d’un brin émotif. Environ 100 mètres séparent l’entrée de place Mao de la statue en bronze. Difficile de se frayer un passage jusqu’aux escaliers menant au pied de Mao. Un grand monde, venu en groupe d’amis ou en famille, veulent lui rendre hommage. Les jeunes et les enfants sont les plus nombreux.

C’est le tour d’un groupe constitué en majorité d’enfants encadrés par quatre adultes. Deux gardes en treillis, une gerbe de fleurs en main, ouvrent la procession à pas mesurés et au regard figé. Les gamins et leurs encadreurs les suivent en silence jusqu’au pied de la statue. Personne ne parle. Les deux gardes déposent délicatement les fleurs au pied de la statue. Puis tout le groupe s’incline trois fois devant l’effigie géante de Mao. Ils effectuent ensuite le tour de la statue, toujours en silence, ce qui est l’ultime étape d’un acte symbolique fort. Les séances photos qui s’ensuivent sont par contre bien animées, chacun voulant immortaliser son passage en ce lieu de recueillement et d’hommage.

Les groupes se succèdent et effectuent le même rituel. Arrivent le tour du groupe de Burkinabè. Shao Shanchong répète la consigne : silence. L’hommage terminé, elle indique que « c’est le rituel de tous les jours dans ce lieu de mémoire » qui voient défiler quotidiennement entre 30 à 40 000 visiteurs. Selon les chiffres, environ 12,5 millions de personnes ont visité le site en 2025.

Notre guide est obligée de stopper l’interminable séance photos. « Dépêchez-vous, nous
n’avons pas assez de temps. Nous allons nous rendre maintenant à la maison où
il est né », lance-t-elle. L’ancienne demeure est à peine à 300 m de la place Mao Zedong. Dans la ruelle sinueuse menant sur les lieux Shao Shanchong poursuit ses commentaires avec précision et pédagogie sur la vie au village du jeune Mao. Le groupe débouche sur un sentier où, de part et d’autre, des rizières à perte de vue aux plants verts flottent au gré de la légère brise du matin.

« C’était les terres du père du guide. Il en avait d’environ 22 km². Mao Zedong a travaillé dans la ferme familiale jusqu’à son adolescence », explique-t-elle. Au bout des champs, s’érige sur le coté droit une bâtisse. « C’est l’école primaire où il a fréquenté dès ses huit ans », souligne la guide. Le tout petit établissement a été aujourd’hui transformé en un musée où sont retracés le parcours scolaire de Mao, ses lectures, ses premiers écrits politiques … Puis à quelques jets de pierre de l’école apparait le site emblématique du mémorial : la maison natale de Mao Zedong.

La maison familiale, le site emblématique

Bouquets de fleurs en main, les visiteurs par milliers rendent chaque jour hommage au 1er président
de la République populaire de Chine.

La résidence, adossée à une colline verdoyante, est une ferme traditionnelle en banco et en bois conservée dans son architecture typique du sud de la Chine. De l’extérieur, l’on voit un mur en pisé, une maison incurvée en tuile et une autre collée en toit de chaume. La maison en tuile (de 3 pièces), précise notre guide, était celle des parents de Mao et l’autre à des voisins appartenant au clan. Cette résidence est bâtie sur une superficie de plus de 500 m². A la devanture de la maison se trouvent, encore intacts, deux étangs reliés : le plus petit est couvert de lotus et le plus grand rempli d’eau limpide.

« C’est dans ce dernier étang qu’aimait nager Mao Zedong quand il était enfant », révèle Shao Shanchong, tout en précisant que ce patrimoine montre qu’il est issu d’une famille paysanne assez aisée. Nous espérons visiter l’intérieure de la demeure, mais notre assistante Eliane fait savoir que le temps presse. D’autres rendez-vous nous attendent à Changsha. Au vu de la longue file de visiteurs qui attendent pour découvrir l’intérieure de la maison, elle nous informe qu’il faudra environ deux heures d’attente pour satisfaire notre curiosité. Nous nous contentons alors de la courte description de la guide. Des diverses pièces, la chambre du jeune Mao, à l’entendre, suscite le plus d’émotions chez les pèlerins. Il n’a finalement pas plu. Notre visite prend ainsi fin.

Elle a été certes, au pas de course, nous empêchant de visiter d’autres sites comme le Musée du camarade Mao, qui expose ses objets personnels, ses photographies, ses lettres manuscrites et reliques. Cependant, les journalistes et communicateurs burkinabè ont été éblouis par la solennité des rituels et la beauté des lieux. Aussi, les récits de Shao Shanchong permettent de comprendre le milieu dans lequel Mao a grandi. La terre, le travail et la famille sont autant de repères qui précèdent la révolution de Mao, sa prise de pouvoir et la construction de la Chine moderne.

De retour à notre point de départ, les rues et allées sont encore plus bondées de monde qu’aux premières heures de la matinée. Les enfants et jeunes sont toujours les plus nombreux à venir s’imprégner de l’histoire de leur pays et des débuts du fondateur de la Chine nouvelle. Quant à nous, cette visite au pas de charge nous a permis de parcourir un siècle d’histoire et de repartir avec cette impression étrange d’avoir couru derrière un homme que le temps, lui, n’a jamais cessé de poursuivre. Aujourd’hui Shaoshan n’est plus le hameau anonyme de paysans du début du XXe siècle. 133 ans après la naissance de son illustre fils, elle est devenue une ville moderne de 245 km² aux rues impeccablement entretenues, peuplée d’environ 120 000 âmes, et surtout un immense lieu de tourisme.

Sié Simplice HIEN
Depuis Changsha


 

Propos de quelques séminaristes de retour de Shaoshan

 Alizéta Ouoba, Directrice générale de l’Institut des sciences et technique de l’information et de la communication (ISTIC) : « tout développement se construit autour de leaders »

« Au sortir de cette visite, on tire des leçons. Et la première leçon que je tire est que chaque pays doit connaitre son histoire. Chaque pays a une histoire et tous ceux qui y vivent doivent connaitre l’histoire de leur pays, afin de s’y référer pour pouvoir avancer. La deuxième
que je retiens est que tout développement se construit autour de leaders. Et Mao fut un leader. Pour y arriver, il a fallu qu’il ait 41 de règne. Certes, il y a eu des manquements, mais l’on retient ce qu’il a pu construire. Parce qu’à partir de lui, la Chine a pu renaitre. Et avec cette renaissance, nous voyons les acquis à tous les
niveaux : sur le développement technologique, culturel et bien d’autres aspects. Mao a su tracer la voie et il demeure une référence qui unit le peuple chinois. Quand on voit tout ce monde qui déferle pour visiter ce site touristique, il y a de quoi s’en inspirer. La dernière leçon, c’est tout ce qui a été préservé depuis sa vie, son adolescence. Cet acquis a été préservé et demeure toujours une source d’inspiration pour les autres ».

Issoufou Saré : Directeur général de la télévision BF1 : « Cette visite ne peut que nous donner à réfléchir »

« Mao Zedong est ce nom qui revient régulièrement. C’est lui qui a véritablement lancé la révolution chinoise, la révolution culturelle et agricole pour permettre à la Chine d’impulser la dynamique dans laquelle elle est aujourd’hui. Cette visite du village et du centre qui lui sont consacrés, ainsi que de la maison où il est né et a habité et de l’école qu’il a fréquentée, ne peut que nous donner à réfléchir, nous Africains. Nous avons eu des leaders en Afrique qui ont essayé de mettre nos pays sur orbite avec tant bien que mal de réussite. Nous devons toujours valoriser les actions de ces derniers, peu importe leurs résultats. Qu’ils aient répondu à nos attentes ou pas, nous devons quand-même reconnaitre leur mérite pour permettre à nos pays respectifs, notamment le Burkina Faso, de s’affranchir et de pouvoir asseoir une souveraineté, une indépendance et une autonomie. En visitant ce site dédié à Mao qui est parti d’un tout petit village pour lancer cette révolution, c’est de se dire que chaque Burkinabè peut se considérer comme étant pourquoi pas le futur Mao sur lequel le Burkina peut se reposer. Nous avons 60 années d’indépendance politique, mais avant cela, il y a eu des Burkinabè de part et d’autre qui se sont distingués dans leur domaine. Et ce centre a été conçu au 100e anniversaire de Mao. Cela a pris du temps, parce qu’il y a eu peut-être des débats, ses actes n’ont peut-être pas été reconnus tout de suite. Mais nous concernant, il faut que nous en prenions de la graine et effectivement travailler à honorer ceux qui ont contribué d’une façon ou d’une autre à permettre au Burkina Faso d’être ce qu’il est aujourd’hui ».

Souleymane Diallo, directeur de la communication du Service d’information du gouvernement (SIG) : « Ce centre doit nous inspirer »

« Notre visite nous a permis de savoir d’où Mao est parti. Nous avons pu constater la place qu’il occupe dans son pays. C’est un leader qui a marqué et qui continue de marquer la Chine et la population chinoise. Nous avons vu des gens venir en groupe pour honorer sa mémoire. Ce centre doit nous inspirer. Au Burkina Faso, nous sommes dans un contexte
de révolution et nous devons apprendre de ceux qui nous ont devancé en la matière. Nous avons été édifiés. Et nous pensons que si la Chine a atteint ce niveau de développement, c’est parce qu’elle a suivi un leader qui a donné la vision qu’elle est en train de suivre actuellement. Et tous les Chinois sont dans cette dynamique. Chez nous, nous avons connu un grand homme comme Thomas Sankara
et nous avons aujourd’hui le camarade capitaine Ibrahim Traoré. C’est dire que nous devons mener le bon combat pour que notre pays puisse sortir de la dépendance et avancer afin que demain nous atteignons le niveau de développement de la Chine et pourquoi pas le dépasser ».

Propos recueillis par S.S.H.

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