
Accidents de la circulation, brûlures domestiques ou détresses respiratoires, au Burkina Faso, la survenance d’un de ces drames transforme chaque témoin oculaire en un maillon indispensable de la chaîne de survie. Pourtant, entre gestes inappropriés, mouvements de panique et méconnaissance des réflexes de base, la prise en charge pré-hospitalière fait face à d’immenses défis. Responsable de la formation à la Croix-Rouge burkinabè, Daouda Sawadogo décrypte la notion de premiers secours et détaille le principe fondamental « PAS » (Protéger, Alerter, Secourir).
Sidwaya (S) : Qu’entend-on par « premiers secours » et dans quel cadre s’inscrit cette chaîne de prise en charge ?
Daouda Sawadogo (D.S.) : Les premiers secours désignent l’ensemble des gestes d’urgence administrés à une personne en situation de détresse ou de danger. L’objectif immédiat est de réduire la menace ou de stabiliser l’état de la victime avant sa prise en charge médicale. Cette intervention s’inscrit dans la phase pré-hospitalière. Il s’agit d’une chaîne indissociable. Elle débute par le témoin oculaire (premier intervenant qui lève l’urgence), se poursuit par l’alerte transmise aux services de secours, et s’achève par le transfert vers un centre de santé qui prend la relève.
S : En secourisme, on insiste sur la « première minute » suivant un drame. Pourquoi cette fenêtre temporelle est-elle si cruciale ?
D.S : C’est une réalité biologique fondamentale qui ne laisse aucune place au hasard. Sur le théâtre d’un drame, le facteur temps est le maître absolu. Lors d’un traumatisme grave, une victime peut subir une hémorragie interne ou externe d’une violence extrême. Si aucun témoin n’intervient immédiatement pour réaliser un geste d’urgence (comme la compression directe de la plaie), la personne peut se vider de son sang et sombrer dans un état de choc irréversible en seulement deux à trois minutes. De même, face à une personne inconsciente qui ne respire plus, le cœur s’arrête, privant le cerveau d’oxygène. Sans une réanimation cardio-pulmonaire immédiate, les lésions cérébrales deviennent irréversibles et le décès survient. Chaque minute perdue réduit drastiquement les chances de survie.
S : Vous évoquez la notion d’« hémorragie cataclysmique ». De quoi s’agit-il exactement ?
D.S : Contrairement à une simple écorchure ou une plaie superficielle où le sang s’écoule à faible pression avant de coaguler naturellement, l’hémorragie cataclysmique représente une urgence vitale absolue. Elle se caractérise par la rupture d’un vaisseau sanguin majeur, provoquant un jet ou un flux sanguin massif ininterrompu.
S : Sur le terrain burkinabè, quelles sont les urgences les plus récurrentes ?

D. S : Les accidents de la circulation routière constituent indiscutablement le cœur de nos interventions quotidiennes et occupent le premier rang des urgences traitées par nos équipes sur le terrain. La densité du trafic et les imprudences sur nos axes routiers font des voies publiques, le premier théâtre des détresses physiques. Toutefois, le risque est tout aussi présent au sein même des foyers à travers les accidents domestiques qui représentent une part très importante de nos sollicitations. Il s’agit principalement de brûlures graves provoquées par l’eau chaude, l’huile bouillante ou les équipements de cuisine, touchant particulièrement les plus jeunes. A cela s’ajoutent des chutes traumatiques dans les ménages ainsi que des drames saisonniers, notamment les cas de noyades.
S : La Croix-Rouge travaille-t-elle en synergie avec la Brigade nationale de Sapeurs-Pompiers ?
D. S : Absolument. Cette collaboration
ne relève nullement d’un simple arrangement informel, elle est strictement statutaire, institutionnelle et réglementaire. Au Burkina Faso, le plan ORSEC (Organisation de la Réponse de Sécurité Civile) confère un rôle stratégique et central à la Croix-Rouge burkinabè dans le dispositif global de gestion des catastrophes et des urgences majeures. Sur le lieu de l’accident, cette synergie se traduit par une véritable complémentarité opérationnelle. Nos secouristes et volontaires, souvent les premiers sur les lieux en milieu communautaire, interviennent en amont pour administrer les soins d’urgence indispensables et stabiliser l’état des victimes. Une fois le péril immédiat écarté, s’opère un passage de relais méthodique avec la Brigade nationale de Sapeurs-Pompiers, équipée des moyens d’évacuation médicale adaptés pour l’acheminement vers les centres hospitaliers.
S : Quel constat faites-vous sur le comportement des citoyens face à un accident : maîtrise ou panique ?
D. S : Face à un drame soudain sur la voie publique ou au domicile, la panique constitue presque toujours le premier réflexe de la population. Cette réaction émotionnelle s’explique avant tout par un déficit majeur de formation aux gestes de premier secours au sein de la société. Devant l’abondance de sang, les déformations physiques ou les cris de détresse de la victime, la peur prend immédiatement le dessus. Cependant, sur le terrain burkinabè, nous observons un phénomène sociologique très marquant. Il s’agit de la solidarité spontanée et remarquable. Dès qu’un accident survient, la population ne reste pas indifférente. Les riverains et les passants se précipitent instinctivement pour porter assistance à leur semblable. Mais ce formidable élan de compassion se heurte bien souvent à une méconnaissance technique des protocoles d’urgence. Animés par la seule volonté de bien faire, des témoins imprudents effectuent des manipulations inappropriées, des mobilisations intempestives ou des tractions à risque qui, au lieu de soulager la personne en détresse, finissent par aggraver sévèrement ses lésions initiales.
S : Quelles sont les pires erreurs commises par ignorance qui risquent d’aggraver l’état d’une victime ?
D. S : La première est d’intervenir sans protéger la zone, au risque de créer un sur-accident. La seconde est de mobiliser brutalement une victime ou de la mettre systématiquement sur le côté. En cas de fracture, déplacer le corps peut amener l’os fracturé à sectionner un nerf ou un vaisseau sanguin, entraînant une paralysie définitive ou une hémorragie interne gravissime. Enfin, donner à boire à une personne inconsciente peut provoquer un étouffement par aspiration dans les voies respiratoires. On peut tout au plus lui humecter la gorge si elle est consciente et le demande.
S : Quels sont les trois gestes simples de sécurité que chaque citoyen devrait maîtriser ?
D. S : La conduite à tenir repose sur la règle d’or du secourisme, résumée
par l’acronyme ‘’P.A.S.’’. Le premier réflexe, ‘’Protéger’’, consiste à sécuriser immédiatement le périmètre de l’accident afin d’éviter tout sur-accident. Cela passe par un balisage visible de la chaussée (à l’aide de triangles de signalisation ou de branchages) et par la protection du secouriste lui-même, qui doit utiliser des gants ou des sachets en plastique pour éviter le contact direct avec le sang. Viens ensuite l’action
d’ ‘’Alerter’’, qui impose de contacter sans délai les services d’urgence, notamment les Sapeurs-Pompiers, en leur fournissant des indications précises et rigoureusement géolocalisées pour faciliter leur déploiement. Enfin, le volet ‘’Secourir’’ consiste à effectuer les gestes d’urgence et de stabilisation adaptés à l’état de la personne, avec
la stricte précaution de ne tenter
aucune manipulation intempestive qui risquerait d’aggraver ses lésions.
S : Lors d’un appel d’urgence aux Sapeurs-Pompiers, quelles sont les informations prioritaires à transmettre ?
D. S : Avant tout, lors d’un appel d’urgence aux Sapeurs-Pompiers, il faut savoir garder son calme et communiquer des éléments précis. Le témoin doit d’abord s’identifier en donnant son nom et son numéro de téléphone afin d’être joignable à tout moment. Il convient ensuite de préciser la localisation exacte avec des repères visuels, le quartier ou la rue, puis d’indiquer clairement la nature du drame (qu’il s’agisse d’un accident de la circulation, d’une brûlure ou d’une noyade) pour permettre le déploiement du véhicule adapté. Enfin, il est essentiel d’évaluer le nombre de victimes et de décrire leur état visible.
S : En cas d’urgence ou d’accident grave au Burkina Faso, quels numéros gratuits le citoyen doit-il retenir pour réagir sans perdre de temps ?
D.S : Plusieurs numéros gratuits, accessibles 24h/24 et 7j/7 depuis n’importe quel opérateur téléphonique, permettent de réagir rapidement face à une urgence. Le 18 permet de joindre la Brigade nationale de Sapeurs-Pompiers, à contacter en priorité pour les accidents de la circulation, les incendies, les secours aux blessés, les noyades ou toute détresse physique survenant sur la voie publique ou à domicile. Le 15 donne accès au Service d’Aide Médicale Urgente, sollicité pour les urgences médicales graves qui nécessitent une prise en charge spécialisée ou une orientation hospitalière immédiate. Le 17 permet d’alerter la Police Secours, utile pour sécuriser les lieux d’un accident, assurer le maintien de l’ordre ou établir un constat d’urgence. Enfin, la Croix-Rouge burkinabè peut être jointe au
66 30 38 38 pour toute assistance en situation d’urgence.
S : Quel est le maillage territorial de la Croix-Rouge et combien de personnes formez-vous par an ?
D. S : Nous sommes implantés dans les 47 provinces du Burkina Faso avec environ 45 000 volontaires. Nous formons entre 2 000 et 3 000 personnes par an (secouristes,
salariés, communautaires). C’est un effort continu, bien qu’insuffisant.
C’est pourquoi nous avons lancé l’application mobile gratuite « Premiers Secours en Afrique » (sur Play Store) pour permettre à chacun d’apprendre les gestes de base. L’application permet également à chaque citoyen de se former gratuitement et à son propre rythme
aux réflexes qui sauvent, la Croix-Rouge a développé l’application mobile
« Premiers Secours en Afrique ». Elle est téléchargeable gratuitement sur Play Store. L’application intègre des guides illustrés, des fiches pratiques d’intervention pas à pas (étouffement, brûlures, hémorragies, arrêt cardiaque) ainsi que le manuel officiel des premiers secours adaptés aux réalités du continent africain. Une fois installée sur votre smartphone, la totalité des contenus reste consultable sans connexion Internet, ce qui en fait un outil de consultation précieux en toute circonstance.
Interview réalisée par :
Wamini Micheline OUEDRAOGO




