Syrie : d’un passé à l’autre

Les nouvelles autorités syriennes sont décidées à demander des comptes au régime de Bachar Al-Assad, chassé du pouvoir en décembre 2024 par l’ex-chef djihadiste,
Ahmad Al-Chareh. L’ancien dirigeant, qui a conduit la Syrie d’une main de fer pendant 24 ans, a été condamné par contumace à la peine de mort, hier mardi 11 août 2026, par un tribunal de Damas. Refugié depuis sa chute en Russie, Bachar Al-Assad, qui était évidemment absent à son procès, a été reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

La justice syrienne tient l’ancien président syrien pour responsable de la guerre civile dans laquelle le pays a baigné pendant 14 ans et qui a occasionné la mort d’environ 500 000 personnes et le déplacement de millions d’autres. Visés par plusieurs mandats d’arrêts, Bachar Al-Assad, que l’Occident présentait comme un dictateur, est rattrapé par son passé mouvementé. Face à un soulèvement populaire inspiré par le printemps arabe, l’ex-chef d’Etat de ce pays du Moyen Orient a dû sortir les armes pour défendre son pouvoir jusqu’à sa chute.

Les mouvements de protestation, motivés par un besoin de plus de liberté et des appels à une véritable lutte contre la corruption et à de meilleures conditions de vie, se sont transformés au fil des mois en une guerre civile, qui a ému le monde entier. Ce conflit, qui a pris fin avec la chute de Bachar Al-Assad, laisse de douloureux souvenirs et marquera à jamais l’histoire de la Syrie. A travers la condamnation prononcée mardi, Bachar Al-Assad voit sa responsabilité clairement établie, dans de nombreux faits répréhensibles, dont, entre autres, des crimes d’homicide volontaire, des meurtres délibérés de personnes, des meurtres délibérés d’enfants de moins de 15 ans et des meurtres délibérés accompagnés d’actes de torture.

Mais encore faut-il mettre la main sur l’ancien président, quitte à le ramener en Syrie pour qu’il y purge sa peine. Ceux, qui croient que Bachar Al-Assad sera ramené comme un colis au bercail, vont devoir prendre leur mal en patience ou carrément déchanter. Justice pour justice, et sans vouloir absoudre l’ancien chef de l’Etat, le nouvel homme fort de la Syrie, qui dirige la Transition en vue de l’organisation de nouvelles élections, n’est pas aussi blanc comme neige.

Cet ancien membre d’Al-Qaïda, qui est en train d’enfiler le costume d’homme d’Etat, traine un passé aussi lourd que condamnable. Après un tour dans les années 2000 en Irak pour combattre les forces américaines aux côtés d’Al-Qaida, il a créé, en 2012, la branche Front al-Nosra en Syrie, avec à son actif de nombreux attentats et actes de violence ayant fait de nombreuses victimes. Les mandats et sanctions internationales, dont lui-même et son groupe ont fait l’objet, témoignent encore de sa mauvaise réputation d’antan.

Depuis son accession au pouvoir, Ahmad Al-Chareh, à qui les occidentaux déroulent désormais le tapis rouge, semble avoir passé l’éponge sur ses activités terroristes. Mais ainsi vont les grandes puissances : pour préserver leurs intérêts, elles sont prêtes à transformer un ennemi en ami ou à pactiser avec le diable. Le nouveau président syrien a entamé sa mue, mais encore faut-il attendre le verdict du tribunal de l’histoire. Si son prédécesseur doit des comptes, lui aussi doit répondre tôt ou tard de ses antécédents de chef terroriste.

Kader Patrick KARANTAO

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