Un tournant majeur

La crise militaro diplomatique qui oppose le Rwanda à son voisin, la République démocratique du Congo (RDC) est en train de prendre un nouveau tournant majeur. Maintes fois accusé de soutenir ouvertement les rebelles du M23 qui occupent actuellement une bonne partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le Rwanda de Paul Kagamé a toujours nié urbi et orbi ces allégations aux yeux de tous. Mais, contre toute attente, Kigali a reconnu via sa représentation diplomatique à Washington, aux États-Unis, que « le Rwanda participe à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 », affirmant vouloir prévenir toute nouvelle « insurrection génocidaire transfrontalière ».

Ce qui semblait être un secret est maintenant connu de tous. En effet, des dizaines de rapports onusiens documentent, depuis près de 30 ans, l’immixtion de l’armée rwandaise au Congo et le soutien en hommes et en armes aux différents groupes rebelles. Autant dire que c’est une stratégie de légitime défense préventive mise en œuvre par le Rwanda. Selon ce qui se dit, environ 5 000 à 7 000 soldats rwandais sont sur le sol congolais et apportent une aide importante en armement et drones aux forces combattantes rebelles.
Avec cette reconnaissance du Rwanda, c’est donc une nouvelle étape de la crise qui se profile laissant place aux élucubrations de toutes sortes.

Face à cette donne surprenante, nombreux sont donc les observateurs de la crise qui se demandent ce que peuvent être véritablement les mobiles de ce « revirement » diplomatique et quelles pourraient en être ses implications régionales dans la résolution de la guerre en RDC. Les spéculations vont bon train et chacun y va selon sa compréhension et ses convictions. Si le Rwanda cherche à justifier son ingérence par des impératifs sécuritaires, il reste que son repositionnement permet à la RDC de se revigorer sur l’échiquier international avec de nouveaux arguments diplomatiques pour exiger des sanctions ou une pression accrue sur le Rwanda.

Du point de vue de certains analystes, cette reconnaissance publique produit au moins trois effets majeurs. Elle place le Rwanda dans une posture nouvelle, celle d’un acteur qui admet officiellement une implication directe dans un dossier interne. Par ailleurs, admettre une coordination sécuritaire avec un groupe armé combattant l’armée d’un Etat voisin revient à reconnaître une forme d’ingérence justifiant ipso facto que la crise du M23 n’est plus seulement une rébellion congolaise, mais un enjeu stratégique impliquant ouvertement le Rwanda, avec tout ce que cela suppose en termes de risques.

C’est dire que les aveux du Rwanda vont compliquer indubitablement, disons-le, les médiations régionales en cours, car formalisant l’existence d’une coalition militaire étrangère sur le sol congolais, naguère qualifiée de simple rébellion interne. Gageons donc que par-delà tout, les acteurs impliqués dans la résolution de cette guerre meurtrière qui fragilise depuis des lustres la paix dans cette partie de l’Afrique centrale sauront changer de fusil d’épaule afin de renforcer leurs actions pour une cessation définitive des hostilités. Et, ce serait dans l’intérêt des dirigeants de la région et bien plus des populations.

 

Soumaïla BONKOUNGOU

 

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