
Le nombre de jeunes filles et garçons qui s’engagent dans le mariage traditionnels, religieux ou civils chaque année au Burkina Faso est exponentiel selon des études. Mais peu de couples ont connaissance des Droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) et en Planification familiale (PF). Certaines croyances religieuses, culturelles et traditionnelles, pourraient être des obstacles dans la mise en œuvre des DSSR/PF chez un couple qui s’engage dans le mariage. Quels sont les enjeux de la santé sexuelle et reproductive et la planification familiale chez un couple ? Pourquoi devrons-nous nous informer des DSSR/PF en couple ? quels sont les risques pour un jeune couple qui méconnait ses droits en santé sexuelle et reproductive et en planification familiale ? A ces interrogations, le directeur des soins de santé de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF), André Konditamdé , nous donne des réponses !
Sidwaya (S) : D’une manière générale, qu’entend-on par santé sexuelle et planification familiale ?
André Konditamdé (A.K) : La santé sexuelle et reproductive renvoie au bien-être physique, mental et social lié à la vie sexuelle et reproductive. La planification familiale permet notamment aux couples de réfléchir à l’espacement et au nombre de naissances souhaitées, grâce à une information et à des services de santé appropriés.
S : Pourquoi est-il important pour un jeune couple d’avoir des informations avant le mariage ? Que faut-il savoir ?
A.K : Ces informations permettent au couple de mieux comprendre la fécondité, la grossesse, les IST, la contraception, la maternité et la santé du nouveau-né. Elles favorisent surtout le dialogue et permettent de prendre des décisions responsables et éclairées.
S : Les jeunes qui se marient aujourd’hui sont-ils suffisamment informés ?
A.K : Il serait difficile de généraliser. Les jeunes ont aujourd’hui davantage accès à l’information, notamment grâce aux médias et aux réseaux sociaux, mais la qualité et la fiabilité de ces informations restent variables. Il demeure donc nécessaire de renforcer l’éducation et le conseil de proximité.
S : Quels sont les risques d’un mariage sans informations suffisantes ?
A.K : Le manque d’information peut favoriser les grossesses non planifiées, les IST, certaines complications liées à la grossesse, ainsi que des incompréhensions au sein du couple. Une information appropriée contribue à prévenir ces difficultés.
S : Quels sont les principaux obstacles à l’accès à l’information ?
A.K : Les principaux obstacles sont notamment la gêne à parler de
sexualité, les tabous, certaines croyances ou perceptions, le manque d’accès à des sources fiables, l’éloignement des services et parfois la peur du jugement social.
S : Quels mécanismes permettraient de toucher davantage de jeunes couples ?
A.K : Il faut diversifier les canaux : services de santé accueillants, counseling, associations, médias, réseaux sociaux, émissions interactives et implication des leaders communautaires, traditionnels et religieux. Le dialogue avec les couples doit rester respectueux de nos réalités socioculturelles.
S : Existe-t-il des statistiques sur la santé sexuelle et la planification familiale des jeunes qui s’engagent dans le mariage au Burkina ?
A.K : Il existe des données nationales sur la santé reproductive et la planification familiale, notamment à travers l’EDS 2021, mais les données spécifiquement consacrées aux jeunes au moment de leur entrée en mariage restent plus limitées.
A titre indicatif, l’EDS 2021 indique que 30 % des femmes de 15–49 ans utilisaient une méthode contraceptive, dont 28 % une méthode
moderne, et que 15 % des femmes en union avaient des besoins non satisfaits en planification familiale.
S : Quels sont les principaux besoins des jeunes au moment du mariage ?
A.K : Ils ont principalement besoin d’informations fiables, de conseils adaptés, d’un accès confidentiel aux services de santé, d’une connaissance des différentes méthodes de planification familiale et d’un accompagnement pour dialoguer avec leur partenaire.
S : Quelle importance accordez-vous au consentement des deux partenaires ?
A.K : Il est essentiel. Les décisions concernant la vie du couple, la
procréation et la planification familiale doivent reposer sur le
dialogue, le respect mutuel et l’accord des deux partenaires, conformément aux valeurs familiales et au cadre légal.
S : Que se passe-t-il lorsque les deux partenaires n’ont pas les mêmes souhaits ?
A.K : Cela peut créer des tensions et des incompréhensions. L’approche à privilégier est le dialogue au sein du couple et, si nécessaire, le recours à un professionnel
de santé ou à un conseiller
qualifié, afin d’aider les partenaires à trouver une solution respectueuse et éclairée.
S : Les croyances religieuses, cultures et traditions influencent-elles l’utilisation des contraceptifs ?
A.K : Oui, elles peuvent influencer les perceptions et les comportements. Il est donc important de tenir compte de nos valeurs culturelles et religieuses dans les approches de sensibilisation, en privilégiant le dialogue, l’écoute et la collaboration avec les
leaders communautaires et confessionnels.
S : Quel rôle doivent jouer les familles, écoles, structures de santé, associations et pouvoirs publics ?
A.K : Chacun a un rôle complémentaire : les familles dans le dialogue et l’éducation, les écoles dans l’information adaptée à l’âge, les services de santé dans le conseil et les soins, les associations dans la sensibilisation et les pouvoirs publics dans la création d’un environnement favorable et l’accès équitable aux services.
S : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui s’engagent dans le mariage ?
A.K : A ces jeunes, nous leur conseillerons de dialoguer ouvertement, de rechercher des informations fiables auprès des professionnels de santé, de faire le point sur leur santé avant le mariage et de discuter ensemble de leur projet familial. L’objectif est de construire une vie conjugale fondée sur la confiance, la responsabilité, le respect mutuel et la bonne santé de la famille. En tant que directeur de l’Association burkinabè pour le bien-être Familial (ABBEF), notre approche est de mettre l’accent sur l’information fiable, le dialogue au sein du couple, l’accès à des services de qualité et le respect des réalités socio-
culturelles et religieuses de notre pays. Il s’agit d’accompagner les jeunes couples afin qu’ils puissent prendre, ensemble et de manière éclairée, les décisions qui concernent leur santé et leur projet familial.
Interview réalisée par Gbetcheni Constantin Bertrand KAMBIRE





