Associations et ONG au Burkina Faso : A l’ère de la discipline
Le 17 juillet 2025 a marqué un tournant décisif dans le milieu associatif burkinabè et des Organisations non gouvernementales (ONG) exerçant sur le territoire national. L’Assemblée législative de transition (ALT) a, en effet, adopté à l’unanimité, la loi n°011-2025/ALT portant liberté d’association au Burkina Faso, promulguée suivant décret n°2025-0959/PF du 23 juillet 2025. Elle a abrogé la loi de n°064-2015/CNT du 20 octobre 2015, qui a laissé voir des limites face aux réalités et des dérives notoires ces dernières années dans ce milieu.
Ce nouveau cadre juridique, dans son fondement, vise à assainir le milieu des organisations associatives et ONG qui, face au laxisme en leur sein, étaient devenues un vaste champ aux lignes floues, où le social côtoie parfois l’électoralisme. Certaines multiplient les domaines d’intervention rien que pour capter des financements de tout genre au profit d’intérêts personnels plutôt que pour servir une cause commune impactante.
Plus de 30 000 structures, un recentrage opportun
Le pays compte plus de 30 000 associations, fondations et ONG, dont environ 500 de droit étranger autorisées au Burkina Faso. A première vue, ce foisonnement pourrait traduire la vivacité d’un engagement citoyen et humanitaire bien actif au service du peuple. Mais, à l’analyse et à l’épreuve des défis du moment, notamment sécuritaire qui, du reste, exige encore plus d’engagement à tous les niveaux, un recentrage de ses organisations associatives s’est avéré impératif. Cela, d’autant plus que certaines d’entre elles n’ont pas pris la mesure de ce changement de paradigme en accumulant, malheureusement, manquements et irrégularités préjudiciables à l’Etat burkinabè et ses partenaires sincères.
C’est pourquoi, dans une dynamique de transparence et de bonne gouvernance, l’Exécutif burkinabè a engagé, en toute souveraineté, des réformes structurelles audacieuses dont la mise en œuvre se traduit par des actes forts inédits : suspensions temporaires pour certaines organisations associatives, révocations d’autorisations d’exercer pour d’autres, notamment parmi les organisations étrangères qui ont failli au respect de l’obligation de signer une Convention d’établissement, pourtant un préalable pour exercer légalement au Burkina Faso.
Pour ce qui est de la suspension, elle est limitée dans le temps et est de trois (03) mois, en général. Au terme de la loi portant liberté d’association, l’organisation suspendue peut reprendre ses activités si elle satisfait les conditions de levée de la suspension.
La révocation, elle, s’applique aux organisations associatives de droit étranger. Après s’être conformée et alignée aux priorités nationales, elle peut également demander à nouveau l’autorisation d’exercer, auprès du département en charge des libertés publiques.
Des mesures qui valent leur pesant d’or
Au-delà des sanctions, la loi portant liberté d’association au Burkina Faso s’inscrit dans le pilier 2 du Plan RELANCE : « Refonder l’Etat et améliorer la gouvernance ».
Par ailleurs, la nouvelle réglementation confie aux Chefs de circonscription administrative (CCA) un rôle plus accru dans le suivi des associations et prescrit la mise en place d’une cartographie nationale des organisations associatives actives. Un autre enjeu majeur, qui sous-tend la nouvelle loi, est le renforcement de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme en ce sens que certains organismes à but non lucratif peuvent, de gré ou malencontreusement, servir de relais dans ces pratiques.
Certes, les mesures prises peuvent susciter crispations et débats. Mais, au regard des dérives constatées, il n’est pas trop d’affirmer qu’elles relèvent moins de la répression que de la salubrité publique au service du peuple. Car, dans un contexte où chaque acteur doit contribuer à la sécurité et au développement, chaque adhérent à une association doit faire du respect des statuts et règlement intérieur et de la loi, une exigence patriotique, de l’autofinancement une priorité permanente.
En somme, la clarification des règles et l’exigence de leur respect valent son pesant d’or.
DCRP/MATM


