
A l’occasion de la célébration du 9-Mai, marquant la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie en 1945, les regards se tournent à nouveau vers ce que les Russes appellent la « Grande guerre patriotique ». Pour Imhotep Lianhoué Bayala, chercheur en histoire et culture africaine, militant des causes souverainistes et membre fondateur du mouvement « Deux heures pour Kamita », cette page de l’histoire russe résonne fortement avec les défis actuels du Burkina Faso et des pays du Sahel. Selon lui, l’expérience russe constitue un modèle de résistance nationale capable d’inspirer les peuples africains engagés dans des combats de souveraineté.
Pour Bayala Lianhoué Imhotep, la « Grande guerre patriotique » renvoie avant tout à « l’appel à la patrie » lancé par Joseph Staline en juin 1941, lorsque les troupes allemandes avançaient vers Moscou dans le cadre de l’opération Barbarossa pendant la Seconde guerre mondiale. Face à cette invasion, explique-t-il, le peuple russe aurait puisé dans son histoire une énergie collective fondée sur la défense de la nation. « Les Russes ont convoqué leur mémoire historique. Ils se sont souvenus de la résistance contre Napoléon Bonaparte en 1812. Ils ont compris que ce qui avait permis de stopper l’invasion française pouvait être réactivé face à Hitler », soutient-il.
Selon lui, cette guerre ne fut pas uniquement une affaire d’armée professionnelle, mais celle d’un peuple entier mobilisé pour préserver son territoire et sa dignité. « La Russie a compris qu’une guerre gagnée est une guerre qui implique toutes les composantes du peuple », affirme-t-il. Le chercheur estime que plusieurs éléments ont permis au peuple soviétique de résister malgré les pertes humaines immenses. Il évoque notamment « le sens des intérêts stratégiques nationaux », « l’amour illimité de la patrie » et « le refus de l’humiliation ». Pour lui, la défense du territoire russe a dépassé la seule dimension militaire. « Les Russes ont accepté tous les sacrifices possibles, y compris les blocus alimentaires, énergétiques et logistiques qui ont causé des millions de morts », rappelle-t-il. Il souligne que l’Union soviétique aurait perdu environ 26 millions de personnes durant la guerre.
Dans l’imaginaire russe, poursuit Imhotep Lianhoué Bayala, la célébration annuelle du 9-Mai représente bien plus qu’une victoire militaire. Elle symboliserait le refus de la capitulation, la défense de l’intégrité territoriale et la préservation de l’indépendance nationale. « Toute l’Europe avait pratiquement capitulé face aux hordes hitlériennes. La Russie, elle, a refusé de céder malgré le coût humain colossal », explique M. Bayala. Selon lui, cette victoire est également liée à la protection des ressources stratégiques russes. Il estime que l’Allemagne nazie convoitait les immenses richesses naturelles soviétiques afin d’alimenter son industrie de guerre. « La Russie célèbre chaque 9 mai le triomphe de la résistance contre toute tentative de pillage et de domination », affirme-t-il.
Des similitudes entre les sacrifices russes et les efforts des Burkinabè

Pour le militant souverainiste, cette expérience historique peut inspirer le Burkina Faso dans le contexte actuel de lutte contre le terrorisme et de quête d’indépendance totale. « La Russie nous montre qu’il n’existe pas d’adversité insurmontable lorsqu’un peuple décide de défendre sa souveraineté », soutient-il. Le dirigeant du mouvement « Deux heures pour Kamita » voit des similitudes entre la mobilisation soviétique durant la Seconde guerre mondiale et l’implication croissante des populations burkinabè dans l’effort de défense nationale, notamment à travers les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et le recrutement prochain de réservistes.
« La guerre de libération n’est pas uniquement l’affaire de militaires professionnels. C’est la mobilisation de tout un peuple », affirme-t-il. A l’en croire, la Russie a démontré qu’une nation pouvait utiliser « toutes les ressources possibles », y compris la géographie, le climat ou la mobilisation populaire, pour résister à une menace existentielle.
Imhotep Lianhoué Bayala estime également que le rapprochement entre la Russie et plusieurs pays africains repose sur une mémoire historique favorable à Moscou. Il rappelle que l’Union soviétique avait soutenu plusieurs mouvements indépendantistes africains durant la période coloniale. « Les populations africaines n’ont pas à reprocher à la Russie des crimes coloniaux ou esclavagistes comme ceux commis par certaines puissances occidentales », soutient-il. Selon lui, cette perception explique en partie la popularité croissante de la Russie auprès d’une partie de la jeunesse africaine, notamment dans les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).
Le chercheur appelle enfin les autorités et les sociétés civiles africaines à approfondir leur connaissance des stratégies russes de défense et de mobilisation populaire. « Nous devons apprendre de la diversité des stratégies de résistance développées par la Russie. Il faut renforcer la volonté de se battre par la connaissance de l’histoire et des méthodes de lutte », plaide-t-il.
Pour M. Bayala, le Burkina Faso est engagé dans « un processus de libération totale » encore inachevé, mais dont l’issue peut être favorable si le peuple reste uni autour de l’idéal souverainiste. « Nous pouvons aussi rêver du destin russe. Non pas parce que les Russes sont plus beaux, mais parce que leur courage historique nous enseigne qu’un peuple déterminé peut préserver sa souveraineté », conclut-il.
Djakaridia SIRIBIE





