Alain Edouard Traoré, diplomate et ancien ministre de la Communication: « La Grande guerre patriotique est la pierre angulaire de la diplomatie russe »

Le diplomate et ancien ministre de la Communication, Alain Edouard Traoré : « Un pays comme la Russie mérite d’être connu au-delà de ce qu’on nous a toujours dit la concernant ».

Demain samedi 9 mai 2026 marque la célébration du 81e anniversaire de la victoire de la Russie (ex-Union des Républiques socialistes soviétiques) sur l’Allemagne nazie lors de la seconde guerre mondiale. Alain Edouard Traoré, diplomate, ancien ministre de la Communication et ancien directeur général de l’Institut des hautes études internationales (INHEI) évoque, entre autres, dans cette interview accordée à Sidwaya, la portée diplomatique de la Grande guerre patriotique sur la scène internationale et le mérite de la Russie de la victoire sur le nazisme.

Sidwaya (S) : Que représente la Grande guerre patriotique dans la diplomatie russe ?

Alain Edouard Traoré (A.E.T) : La Grande guerre patriotique a une importance vraiment majeure dans la diplomatie russe et dans la présence internationale de la Russie, à travers le monde. C’était une guerre singulière et il faut arriver à comprendre même l’origine de cela. En réalité, quand on prend un pays comme la Russie, sa présence internationale aujourd’hui n’est pas apparentée à la présence internationale des autres pays développés ou d’Europe de l’Est. Eux, ils ont quasiment envahi le monde à travers des politiques coloniales alors qu’au niveau de la Russie, ce ne fut pas le cas. La Russie a été plusieurs fois victime d’agressions et de guerres. Les Russes en ont ressenti, en fait, comme une volonté de détruire la nation russe. Donc, leurs réactions par rapport à cette guerre ont été envisagées comme une guerre patriotique. C’est-à-dire que le peuple russe se levait comme des patriotes pour défendre leur patrie. Mais, avant la Grande guerre patriotique, il y a eu la guerre patriotique. Lorsque Napoléon, en 1812, a attaqué la Russie, c’était le même cas. Avec près de 600 000 hommes, Napoléon a essayé d’envahir la Russie jusqu’à Moscou. Mais, les troupes napoléoniennes ont été défaites totalement. Et sur les 600 000 hommes, il n’est resté que 50 000 hommes. Et c’était la fin en réalité, voire la chute de Napoléon. En 1812, les Russes ont appelé cette guerre : la guerre patriotique. Justement, lors de la seconde guerre mondiale, c’était le même cas. C’est-à-dire que la seconde guerre mondiale pour les Occidentaux a commencé en 1939. Mais la Russie n’était pas concernée jusqu’en 1941. Et à cette période, on a parlé de Grande guerre patriotique. C’était la mobilisation de l’ensemble de la nation russe pour faire face à l’envahisseur nazi et hitlérien. Voilà en réalité l’origine de la Grande guerre patriotique.

S : La diplomatie russe fait la différence entre la Grande guerre patriotique (1941-1945) et la seconde guerre mondiale en général ? Qu’elles en sont concrètement les raisons ?

A.E.T : Les raisons sont toutes simples. Du point de vue russe et du point de vue des faits, les Russes n’étaient pas, ou l’Union soviétique à l’époque, n’était pas engagée dans une guerre géostratégique de partage d’intérêts ou autres. Les Soviétiques étaient chez eux, menant leur révolution tranquillement avec Staline à la tête jusqu’au jour où ils ont été attaqués par les troupes nazies, en 1941. Donc, pour eux, la guerre qui se déroulait entre l’Allemagne nazie et la France et les autres pays ne les concernait pas directement. Ils n’étaient pas impliqués.  Donc leur guerre a commencé à partir de 1941. Et à partir de 1941, ce n’est pas qu’ils ont fait quelque chose pour mériter cette guerre. Ce n’est pas qu’ils sont rentrés dans les alliances. Hitler a attaqué l’Union soviétique avec toutes ses troupes mobilisables possibles. Et cette guerre aussi, les russes n’ont pas la même perception que les Occidentaux.  Parce que l’attaque de Hitler même cachait aussi la volonté de l’ensemble des pays européens de détruire l’Union soviétique en tant que pays communiste. Donc quelque part, il y avait une guerre sourde dans la vraie guerre. C’était des alliances de circonstances où l’Union soviétique se trouvait alliée avec les Américains et les Européens pour combattre les troupes nazies. Mais en réalité, l’Europe occidentale de l’époque ne voyait pas d’un bon œil la révolution qui se déroulait en Union soviétique. Donc, c’est pourquoi, d’un point de vue de la diplomatie russe, la guerre commence en 1941. Et la guerre est patriotique. Parce qu’en fait, la guerre était une volonté de détruire la révolution soviétique, de détruire la nation russe et de détruire l’Etat soviétique à l’époque. Donc, voilà en réalité ce qui fonde véritablement leur perception. Et ils ont totalement raison parce que ce sont les faits tels que ça se présente à la nation russe, à la nation soviétique de l’époque.

S : Quel est le poids du passé lourd en termes de morts (des millions de morts) sur le schéma russe des relations internationales de nos jours ?

A.E.T : Il faut s’appesantir vraiment sur les pertes que l’Union soviétique à l’époque (actuelle Russie) a connues au cours de cette Grande guerre patriotique. On évalue entre 27 millions à 30 millions de morts. C’est énorme. Et pourquoi ? Gratuitement en réalité. Il n’y avait pas de raison. Il n’y avait aucune raison. Et en cela, c’est un poids énorme. Et les troupes nazies sont arrivées jusqu’à Stalingrad. Elles ont détruit en fait une bonne partie des infrastructures de l’Union soviétique de l’époque, au point que Staline était obligé avec son armée et son industrie de se redéployer vers la zone plus à l’Est du pays pour reconstituer des industries, des armements et puis mener leur guerre. Ça, c’est le premier aspect. Et le deuxième aspect, personne n’a aidé l’Union soviétique. Ce n’est pas comme le cas de la France ou de l’Espagne où les Américains ont apporté leurs soutiens. Il n’y a pas eu d’autres troupes qui sont venues les aider pour se libérer en réalité des attaques des troupes nazies. Du coup, du point de vue diplomatique, cette guerre, en réalité, a jeté les bases et les fondements de toute la vision internationale future de l’Union soviétique et de la Russie d’aujourd’hui. Donc, cette guerre est un fait marquant à tout point de vue : aux plans politique, économique et des relations internationales de la Russie. Et c’est vraiment une pierre angulaire de la diplomatie russe.

S : Quand on parle de diplomatie, il y a plusieurs volets : politique, économique, culturel, etc. Quel est l’impact de la victoire russe de mai 1945 dans la diplomatie culturelle et la sauvegarde de la mémoire collective à l’extérieur ?

A.E.T : Je crois qu’avant véritablement cette Grande guerre patriotique, on connaissait l’Union soviétique à cause de la Révolution, de Lénine, de Staline, du mouvement communiste, du soutien international. Cette guerre est venue davantage renforcer la présence culturelle de l’Union soviétique à l’époque et de la Russie d’aujourd’hui, héritière de l’Union soviétique. Et à travers le monde, par cette guerre et cette victoire, on a appris à mieux connaître la Russie. La victoire à la Grande guerre patriotique a permis à la Russie, culturellement, de s’implanter à travers le monde. Non seulement d’abord au niveau de l’Europe de l’Est, avec une présence beaucoup plus marquée, mais au-delà de cela, à travers tout un sillon de relations avec les mouvements d’émancipation à travers le monde. Donc la Russie petit à petit a pu entrer dans nos pays et a offert des bourses et des études. On a découvert une Russie techniquement forte, scientifiquement évoluée, culturellement évoluée, au point où quasiment à travers le monde, les pays en développement, à l’époque on parlait du tiers monde, tout le monde partait pour aller se former à toutes sortes de disciplines et s’éduquer. 

Le défile du 9 mai en Russie marque sa souveraineté vis-à-vis des autres pays occidentaux.

Culturellement, cela a permis une expansion de la Russie à travers le monde de manière globale, mais spécifiquement à travers les pays du tiers monde et les pays en développement. Car, la Russie a vraiment offert, je dirais, des alliances et des appuis en termes culturels, d’éducation, de formation universitaire et scientifique. En réalité, vous voyez, c’est dommage que ceux qui nous avaient colonisés nous aient confinés dans leur monde. Et donc, on avait Dieu qu’eux. Mais justement, à la suite de la seconde guerre mondiale et de l’expansion de l’influence soviétique à travers le monde, on a découvert qu’on peut aller se former en Russie. Et qu’au plan ingénieur, au plan technique, ils ont les meilleurs ingénieurs. Et que vous savez très bien qu’ils ont été les premiers à envoyer des hommes dans l’espace, etc. Ce sont des choses qu’on ne connaissait pas. Mais, effectivement, la victoire soviétique a permis à l’Union soviétique à l’époque et à la Russie aujourd’hui, qui en est l’héritière, d’avoir une place plus marquée et marquante dans le monde et dans les relations internationales, et même au plan culturel avec nos pays et nos Etats.

S : Quels sont les enjeux diplomatiques de 1945, que représente le décalage entre la signature de Reims le 7 mai et celle de Berlin le 8 mai (9 mai, heure de Moscou) ?

A.E.T : C’est extrêmement important. Si je caricature, le 7 mai à Reims, les pays occidentaux ont signé l’armistice pour « leur seconde guerre mondiale ». Et le 8 mai, 9 mai à l’heure de Moscou, les Soviétiques ont imposé la défaite allemande par rapport à l’agression qu’ils ont subie à travers la Grande guerre patriotique. Donc, pour moi, le 8 mai et le 7 mai, c’est une affaire des pays européens qui arrivent à mettre fin à « leur seconde guerre mondiale ».  Mais, le 8 mai et le 9 mai, c’est la Russie qui impose la défaite allemande du fait de l’agression, donc c’est la victoire de leur Grande guerre patriotique. Et ce n’est pas une simple question de schématique. Parce que la guerre n’a pas été vécue de la même façon. Les Soviétiques ont vécu la guerre de manière beaucoup plus atroce. Ils étaient chez eux et ont été attaqués par la vague la plus puissante de l’armée allemande. Et ce qu’ils ont perdu, même la France envahie n’a pas perdu le dixième. Vous comprenez ? Et donc quand on parle de la seconde guerre mondiale, à l’école ou autre, on ne voit que l’impact en France. Vous comprenez ? Vichy, Normandie, etc. Mais ils sont très loin d’avoir subi l’impact que l’Union Soviétique à l’époque a vécu.  Donc, il était important pour l’Union Soviétique de marquer le coup et de montrer en réalité que le 7 mai n’est pas une affaire de l’Union Soviétique, mais, le 8 mai. Il fallait que l’Allemagne accepte signer pour dire qu’elle a perdu par rapport à son agression vis-à-vis de la Russie. Donc, ce sont deux visions totalement différentes et les Russes ont totalement raison. Je dirais qu’il y avait une guerre dans la guerre. Ce sont les alliances stratégiques qui ont fait que l’Union Soviétique, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France se retrouvent du côté des alliés. Mais, en réalité, même à l’intérieur de cette alliance, les pays occidentaux, l’Allemagne, l’Angleterre, les Etats-Unis et la France, en fait, ne voyaient pas d’un bon œil, la révolution soviétique qui se déroulait de l’autre côté. Tant que cette seconde guerre mondiale pouvait détruire ce système, c’était l’aubaine. Sauf que les armées soviétiques se sont montrées redoutables, au point d’être les premières à rentrer à Berlin. Il faut vous souvenir que les troupes occidentales ne sont pas arrivées à Berlin. Ce sont les troupes soviétiques qui sont arrivées à Berlin et qui ont occupé Berlin. Du coup, elles ont imposé qu’on vienne signer à Berlin, dans la capitale, l’armistice et la défaite allemande.

S : Quelle était l’importance diplomatique d’une cérémonie à Berlin pour l’URSS ?

A.E.T : Oui, comme je l’ai dit, Reims n’a pas d’importance pour les Russes. Reims, c’est la libération de la France par les troupes alliées, anglaises, américaines, qui viennent aider la France à se libérer sur le front Ouest. Mais cela représente quoi, en réalité, pour les Russes ? Pas grand-chose. Et il fallait marquer le coup. Donc, pour la diplomatie, aujourd’hui on en parle. Il fallait amener l’ensemble des belligérants, mais surtout les Allemands, dans leur capitale, pour signer et accepter leur défaite.  Donc, c’est un symbole diplomatique très fort qui demeure aujourd’hui. Reims, c’est loin de l’Allemagne. Pour les Européens, c’est la fin de la seconde guerre mondiale. C’est beaucoup plus sous la libération de la France par les troupes occidentales. Mais, le 9 mai à Berlin, c’est totalement différent. On amène le coupable sur son terrain pour qu’il reconnaisse sa défaite chez lui, devant ses compatriotes. Du point de vue diplomatique, c’est un fait majeur. Et je pense que les Soviétiques, à l’époque, ont eu raison d’imposer cela. Et au regard aussi de la guerre sur le front Est que les Européens ont tendance à minimiser, parce qu’ils n’en parlent pas assez. Il fallait un acteur de cette envergure pour donner toute l’importance en termes de symbolique politique et diplomatique pour l’histoire. Et je crois que c’est ce que les Soviétiques ont fait. L’Union Soviétique a alors montré toute une puissance et est arrivée à imposer effectivement sa vision et l’ordre des choses de cette époque-là.

S : On voit aujourd’hui que la Russie est une grande puissance aux côtés des Etats-Unis dans le concert des nations. La victoire de 1945 a-t-elle été favorable au système diplomatique russe au point de conférer aujourd’hui à la Fédération de Russie ce statut de puissance ?

A.E.T : Absolument ! Vous savez, on aime dire que le monde actuel est ressorti de la seconde guerre mondiale, pour utiliser le jargon qui est le nôtre. C’est la fin de la seconde guerre mondiale qui a cristallisé l’ordre international actuel, qui se manifeste par quoi ? Par l’ONU, par le Conseil de sécurité, par les mouvements même qui ont suivi après. Tout le monde savait qu’à l’époque, la Révolution soviétique était le principal soutien de tous les mouvements d’émancipation des peuples à travers le monde, la Chine, le Vietnam, et un peu partout. La victoire soviétique a permis de renforcer la présence soviétique et de raffermir son soutien. Et si, d’aventure, la guerre ne s’était pas soldée par la victoire soviétique, je ne suis pas sûr que le processus de décolonisation qu’on a connu avec les indépendances, avec la confédération de Bandung et tout ce qui a suivi, allait connaître la même histoire.

Le diplomate et ancien ministre de la Communication, Alain Edouard Traoré : « Un pays comme la Russie mérite d’être connu au-delà de ce qu’on nous a toujours dit la concernant ».

Déjà, l’Union Soviétique a imposé sa vision de l’ordre international, déjà aux négociations pour la création de l’ONU, les alliances. Donc, on peut dire que la victoire soviétique, à l’époque, a été le ferment de l’ordre international actuel. Et justement, cette victoire a permis à l’Union Soviétique d’être une alliance unie, d’être membre permanent de l’ONU mais aussi d’utiliser toute sa force, toute sa puissance et toute son influence pour soutenir les mouvements d’autodétermination à l’époque, tout en impulsant le processus de décolonisation. Tout le monde est d’accord que la défaite allemande et l’affaiblissement des puissances coloniales, avec la seconde guerre mondiale et la Grande guerre patriotique ont favorisé, en réalité, le processus de décolonisation des anciennes colonies. Et pour précipiter les choses en 1960, les mouvements en Algérie, en Indochine, ont été soutenus par cette influence soviétique et la révolution soviétique à l’époque. Donc, voilà comment est-ce que cette victoire, cette guerre, a révélé ce pays. En réalité, son influence s’est raffermie avec la victoire lors de la Grande guerre patriotique.

S : Il y a eu beaucoup de conférences qui ont jalonné la fin de la seconde guerre mondiale, notamment celle de Yalta et de Potsdam. Est-ce que les négociations de l’après-guerre lors de ces rencontres des dirigeants soviétiques et occidentaux n’ont pas été dictées par la victoire russe de 1945 ?

A.E.T : Oui, absolument. Yalta, c’est en février 1945 et Potsdam, en juillet 1945. On avait déjà signé la défaite allemande. Et déjà en février, l’Union Soviétique avait une position de force militaire sur le terrain. Et c’est cette position de force qui a dicté les choses. Et Staline n’était pas un homme d’Etat à se laisser faire. Tout le monde sait que Staline a imposé sa vision des choses aux autres pays. Quand on prend de 1945 jusqu’aux années 1970, l’Union Soviétique est entrée dans une phase dite de guerre froide. D’un côté, on avait l’Union Soviétique et de l’autre : la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Angleterre. La Chine n’était pas encore cette puissance d’aujourd’hui. Donc l’Union Soviétique était quasiment seule et tenait la dragée haute à l’ensemble des pays occidentaux, avec une sphère d’influence à travers le monde. Et je pense que c’est cette influence qui a prévalu. Mais, ce dictat-là vient déjà des négociations de Yalta et de Potsdam. A Yalta, comme à Potsdam, Staline a véritablement imposé sa vision de l’ordre des choses. Et d’ailleurs, l’occupation de l’ensemble de la partie d’Europe de l’Est, la Pologne et autres, ce sont des choses qu’il a imposées et que les pays occidentaux n’ont pas pu empêcher.  L’ordre international tel que dessiné au sortir du second conflit mondial a été influencé par la victoire russe à la Grande guerre patriotique. Et en ce moment, véritablement, l’Union Soviétique est une puissance digne de ce nom. Donc ils ont imposé à l’Allemagne nazie une défaite, démantelé l’Allemagne et occupé l’Europe de l’Ouest à souhait. Même, la configuration des Nations unies de l’époque est sortie légitimement de ces conférences.

S : Peut-on dire que la victoire des alliés est une victoire soviétique ?

A.E.T : Quelque part, on peut le dire, oui. Et là aussi, les Russes ont totalement raison. Vous et moi, depuis l’école primaire, le collège, comment on a perçu la seconde guerre mondiale ? C’est plus tard, de par notre propre culture générale, qu’on se rend compte du lourd tribut que l’Union Soviétique a payé dans le cadre de cette guerre. En réalité, la diplomatie soviétique telle qu’elle s’est exprimée n’était que l’expression de la réalité militaire. C’est cette victoire qui, aujourd’hui, est portée par tout le monde. Et d’ailleurs, la guerre froide qui a pris place tout de suite, a montré que les pays européens n’étaient pas satisfaits totalement de l’issue de la seconde guerre mondiale et de l’ordre qui était établi. Et donc, je pense que cette victoire diplomatique est totalement avérée et l’Europe occidentale n’avait pas le choix véritablement que de l’accepter.

S : Diplomatiquement, quelle est la plus-value du défilé de la victoire de mai 1945, à Moscou ?

A.E.T : Le défilé de mai à Moscou est un élément important de la « soft power » russe. C’est un élément important de la diplomatie russe. C’est un défilé qui cristallise l’histoire et qui mobilise la conscience du monde autour de cette histoire. Rappelez-vous qu’en 2025, il y avait près de 31 chefs d’Etat à ce défilé à Moscou dont le Président Xi Jinping de Chine, Lula da Silva du Brésil et d’autres. Et chaque année, c’est un cadre de rencontre majeur pour la diplomatie russe. C’est le lieu de négociations, de convergence, de vision, surtout dans un monde qui, aujourd’hui, évolue beaucoup. Par exemple, cette année, nous sommes face à plusieurs situations. Une guerre qui se mène en Iran et en Ukraine. Un monde qui est totalement défiguré. Le Moyen-Orient bouge toujours. On n’arrive pas à stabiliser le monde. J’imagine que le 9 mai prochain, les invités vont en parler. Donc, le défilé est devenu un sommet qui est rentré dans l’histoire aujourd’hui. C’est un sommet qui est porté annuellement et c’est le lieu pour la diplomatie russe, effectivement, de parler du monde, des équilibres du monde, de dessiner les alliances, d’envisager les relations internationales, etc. C’est un fait majeur, c’est un acte majeur pour la diplomatie russe. C’est un élément essentiel pour les Russes.

S : La Russie doit inspirer beaucoup de pays qui ont connu la domination ?

A.E.T :  Je pense qu’il est bon pour nous qui sommes restés pendant longtemps colonisés par un pays assujetti et puis dominé et ne connaissant du monde que ce qu’il y a de connu, que nous puissions nous ouvrir pour connaître le reste du monde. Un pays comme la Russie mérite d’être connu au-delà de ce qu’on nous a toujours dit la concernant, pour mieux découvrir le pays et voir ce que ce pays peut nous offrir. C’est un grand pays avec beaucoup de ressources et il faut qu’on se découvre davantage culturellement pour pouvoir diversifier davantage notre diplomatie. Donc, je salue une telle vision de creuser, de découvrir un tel élément extrêmement important parce qu’il y va de soi aussi de l’ouverture même intellectuelle de notre diplomatie pour mieux connaître le monde, mieux le comprendre et mieux tisser les intérêts de notre pays avec le reste du monde.

Interview réalisée par Boukary BONKOUNGOU

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