Dans un monde saturé de bruits et de distractions, le carême apparaît comme une respiration. Plus qu’une tradition religieuse, il invite à ralentir, à se délester du superflu et à retrouver ce qui compte vraiment : le silence intérieur, la fraternité et le sens profond de la vie. 40 jours pour se réapproprier le temps, redécouvrir la simplicité et préparer l’espérance de Pâques.
Chaque année, cette période singulière du calendrier chrétien s’ouvre comme une porte discrète mais décisive dans le rythme de nos existences. 40 jours nous sont offerts, non pas comme une contrainte, mais comme une respiration, une halte pour retrouver ce qui compte vraiment.
Une pause dans le rythme quotidien
Le carême n’est pas une parenthèse austère. Il est une occasion de se réapproprier le temps, de réduire le superflu et de redonner de la place à ce qui nourrit vraiment l’esprit et le cœur. Le jeûne, la prière et le partage, piliers de cette période, traduisent une volonté de retrouver un équilibre et de vivre plus simplement, plus proche de Dieu, plus proche du prochain.
Retrouver la fraternité
Revenir à l’essentiel, c’est aussi se tourner vers les autres. Le carême rappelle que la fraternité n’est pas une option, mais une nécessité. Une nécessité parce qu’elle s’impose par nature, et, même par notre nature divine, disons-le. C’est pourquoi elle s’offre comme notre chemin de Carême. Qui plus est, ravivée par Fratelli Tutti, ancrée dans la Trinité, elle nous conduit à la paix et à la joie. Dans cette dynamique, le pape Léon, à la suite de son prédécesseur insiste : La fraternité est plus forte que les guerres, elle guérit les divisions. Sans elle, nos vertus ne sont qu’apparence ; seule la charité, ancrée en Christ, les rend vraies.
A titre d’illustration, pensez à saint François d’Assises, ce petit pauvre qui traversa des déserts pour rencontrer le sultan Malik-el-Kamil, au cœur des Croisades. Pas de disputes, pas de supériorité : juste un amour fraternel qui embrasse tous, croyants ou non. Et si le fait que le carême et le jeûne du ramadan coïncident cette année encore, en était un appel ou un rappel pressant. Croyants ou non, songez-y ! En tout cas pour tout fidèle du Christ la fraternité n’est pas un luxe puisqu’elle est l’essence de l’Evangile. A preuve, Saint Paul, avec force, nous rappelle que la vocation chrétienne est d’entrer dans une fraternité universelle, enracinée dans le Christ : ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d’une multitude de frères (Rm 8,29).
Si donc Jésus est présenté comme le frère aîné, celui qui ouvre la voie, sa Passion et sa Résurrection inaugurent alors une humanité nouvelle où chacun est appelé à devenir fils et frère. Ainsi, être « conformes à l’image du Fils » signifie vivre dans la logique de l’amour fraternel, où l’autre n’est jamais un rival mais un compagnon de route. Dans ce cas, les pratiques du carême (prière, jeûne, partage) ne sauraient être des exercices isolés, mais plutôt des moyens de purifier le cœur pour mieux accueillir et servir nos frères.
En admettant ainsi que le carême nous invite à contempler le Christ qui, en se faisant notre frère, nous révèle que la sainteté n’est pas une ascension solitaire mais une communion, la fraternité est donc le visage concret de l’Évangile : aimer, pardonner, partager, construire ensemble. Ainsi, chaque geste de solidarité devient participation à cette « multitude de frères » dont parle Paul.
Le carême, au fond, n’est pas une ascèse solitaire mais une école de fraternité. En contemplant le Christ, frère aîné d’une multitude, nous découvrons que la sainteté se vit dans la communion : aimer, pardonner, partager, construire ensemble. Chaque geste de solidarité devient alors une pierre posée sur l’édifice de l’Evangile.
Et si le carême était moins une contrainte qu’une chance ? Celle de se délester de ce qui nous encombre, de retrouver la joie des choses simples, et de redonner chair à des relations vraies. Dans un monde saturé de bruit et de distractions, il nous rappelle que l’essentiel ne se mesure pas à l’accumulation, mais à la vérité des liens et à la lumière de l’espérance. Voilà l’ouverture : un chemin vers Pâques, fête de la vie, où chacun est invité à renaître à la fraternité.
Abbé Paul DAH
Chargé de communication des CERAO






