Le symbole est fort. Et, le message l’est encore davantage. En inaugurant, lundi 28 septembre dernier, la première raffinerie d’or du Burkina Faso, le Président du Faso, capitaine Ibrahim Traoré, a donné corps à une ambition longtemps évoquée mais désormais matérialisée : transformer sur place les richesses extraites du sous-sol burkinabè. Pendant des décennies, le pays des Hommes intègres a été principalement considéré comme une terre d’extraction. On extrait, on exporte et la transformation s’effectue ailleurs. Une logique qui laisse une grande partie de la valeur ajoutée hors du territoire national. Avec la mise en service de la Raffinerie nationale d’or du Burkina Faso (RAFFINOR-BF), l’on change de paradigme. Désormais, on extrait et on transforme au Burkina. Ce qui va créer davantage de richesses et d’emplois. C’est précisément ce que traduit la déclaration du chef de l’Etat.
« Notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui amène sa matière première dehors. Nous voulons affiner tous nos métaux sur place », a-t-il dit. Une orientation qui place la transformation locale au cœur de la bataille pour la souveraineté économique. Derrière chaque once extraite, se trouvent des possibilités d’emplois, de compétences, de recettes, de technologies et d’investissements. Lorsque la transformation est réalisée ailleurs, une partie importante de ces opportunités échappe au pays producteur. Lorsque cette transformation est maîtrisée localement, elle ouvre de nouveaux espaces de création de valeurs. Avec plus de 11 milliards F CFA mobilisés par l’Etat burkinabè, notamment à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), en partenariat avec le secteur privé national, RAFFINOR-BF, constitue ainsi un investissement majeur dans le dispositif industriel national.
Sa capacité initiale annoncée de 164 tonnes d’or par an, avec une perspective pouvant atteindre 515 tonnes, illustre l’ampleur des ambitions affichées. Mais, RAFFINOR-BF ne doit pas être considérée comme une fin en soi. Elle doit être le début d’une véritable politique industrielle. La maîtrise de l’affinage doit s’accompagner de celle des technologies, de la formation des ressources humaines, du contrôle de la qualité, de la traçabilité et de la sécurisation de toute la chaîne de production. C’est là que se trouve l’un des grands défis de cette nouvelle étape. Le Burkina Faso devra disposer d’hommes et de femmes capables de faire fonctionner, maintenir et perfectionner ces équipements.
L’invite du Président du Faso à la jeunesse à « apprendre à maîtriser toute la chaîne de valeurs » prend donc tout son sens. La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit, se consolide et se défend par les compétences, la production et la maîtrise des outils. Posséder une raffinerie est une avancée, savoir la faire fonctionner avec une expertise nationale toujours plus grande est une autre paire de manche. RAFFINOR-BF peut également ouvrir la voie à une réflexion plus large sur les autres ressources minières du pays. Si l’or peut désormais être davantage valorisé sur place, pourquoi ne pas accélérer progressivement la transformation d’autres substances extraites du sous-sol burkinabè ?
C’est dans cette diversification que pourrait se construire une véritable base industrielle nationale. L’inauguration de RAFFINOR-BF matérialise donc une volonté de reprendre progressivement la maîtrise d’un maillon essentiel de la chaîne aurifère. De la mine au lingot, le Burkina Faso veut désormais être présent. De l’extraction à la transformation, il lui appartient de poursuivre cette dynamique, afin que ses ressources contribuent pleinement à son industrialisation et à son développement. L’or burkinabè ne doit plus seulement briller par sa valeur sur les marchés. Il doit aussi contribuer à faire briller l’industrie nationale.
Kamélé FAYAMA






