La 16e édition du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), qui s’est tenue du 22 au 27 septembre 2026 au parc d’exposition du SIAO, ne se résume pas à une vitrine pour des professionnels et des visiteurs. Avec le Mali et le Niger comme pays invités spéciaux et l’organisation du premier Forum des acteurs du tourisme de l’espace sahélien, elle donne à voir une autre réalité des pays de l’AES dans une situation marquée par l’adversité à laquelle leurs peuples sont confrontés depuis un certain temps. Il n’y a pas meilleure preuve de résilience que celle d’un espace riche de son histoire, de ses cultures, de ses paysages et de ses savoir-faire, qui entend continuer à se construire malgré les épreuves.
Dans un contexte où le Burkina Faso, le Mali et le Niger font face aux assauts de l’hydre terroriste, le choix de maintenir une telle manifestation n’est pas anodin. En effet, le SITHO porte un message qui dépasse les stands, les rencontres d’affaires et les animations culturelles. Il rappelle que l’insécurité ne peut pas résumer à elle seule l’image de nos pays. Derrière les difficultés, il y a des peuples, des patrimoines et des économies qui continuent de vivre, de créer et d’espérer de prospérer.
C’est aussi cela, le tourisme. Plus que le déplacement d’un visiteur d’un point à un autre, il fait vivre tout un écosystème. Hôteliers, restaurateurs, artisans, transporteurs, guides, artistes, producteurs et commerçants y trouvent des activités et des revenus. Pour les jeunes, il ouvre également des possibilités d’emploi et d’entrepreneuriat. Et pour les pays, il constitue un moyen de faire connaître leur identité autrement que par les crises qui occupent trop souvent l’actualité internationale.
Le Burkina Faso dispose, dans ce domaine, d’un patrimoine considérable. Ses traditions, ses danses, ses masques, ses contes, ses légendes, sa gastronomie et ses multiples savoir-faire racontent des histoires et des manières d’être au monde. Les soirées « Bougousso de la diversité » l’ont encore montré au cours de cette édition. Sur les scènes comme dans les espaces d’exposition, la culture s’est exprimée avec cette vitalité qui rappelle qu’un patrimoine n’a de sens que lorsqu’il reste vivant, partagé et transmis.La présence du Mali et du Niger donne à cette dynamique une profondeur supplémentaire. Les trois pays ont en commun des pans entiers d’histoire, des traditions, des expressions culturelles et des patrimoines naturels.
Pourquoi ne pas en faire davantage une force collective ? Des circuits touristiques communs, des campagnes de promotion concertées, des échanges entre professionnels et des projets structurants peuvent contribuer à faire émerger une véritable destination sahélienne. Le premier Forum des acteurs du tourisme de l’AES s’inscrit précisément dans cette perspective. Il ouvre un espace de dialogue sur la mutualisation des compétences, le financement des infrastructures et la mise en valeur commune des patrimoines. L’idée n’est plus seulement de promouvoir chaque destination séparément. Elle consiste aussi à faire découvrir un espace sahélien dans sa diversité et sa complémentarité.
Le thème du SITHO 2026 ramène toutefois cette ambition à une réalité très concrète. Sans investissements, les plus beaux patrimoines restent difficiles d’accès et les meilleures idées peinent à se transformer en projets durables. Infrastructures, hébergement, transport, formation, communication et financement constituent autant de maillons à renforcer. Les pouvoirs publics, les banques et le secteur privé ont donc chacun une part à prendre dans cette dynamique. La sécurité reste, naturellement, au cœur des préoccupations.
Elle conditionne les déplacements, l’accueil des visiteurs et la confiance des partenaires. Le développement du tourisme passe aussi par une information responsable, une meilleure connaissance des réalités du terrain et une implication réelle des communautés.
En tous les cas, le SITHO 2026 a donné à voir un Sahel qui ne renonce ni à ses richesses ni à ses ambitions. Un Sahel qui cherche dans ses propres ressources des ressorts de développement et qui entend transformer la proximité entre ses peuples en opportunités. Reste maintenant à faire vivre les acquis de cette rencontre. Les contacts doivent se transformer en partenariats, les projets en investissements et les ambitions en réalisations.
Sidibé PAGBELEGUEM
joliv_et@yahoo.fr






