Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Le Ramadan est le mois de la miséricorde, du retour vers Allah et du pardon. C’est une saison où les cœurs s’adoucissent, où les âmes ressentent plus intensément leur besoin de clémence divine. Parmi les lumières les plus éclatantes de ce mois béni figure celle du pardon dans une double dimension. Il s’agit du pardon qu’Allah accorde à Ses serviteurs et du pardon que les serviteurs s’accordent entre eux. Ainsi, le pardon éclaire notre relation avec Allah et illumine nos relations humaines.
Précisons que le pardon n’est pas une faiblesse ; il est une force intérieure. Il n’est pas une défaite ; il est une élévation. Il n’efface pas seulement une faute, il purifie un cœur. Il est une conséquence de la maitrise de soi. Rappelons-nous ces propos du Prophète « Le fort n’est pas celui qui terrasse autrui, le fort, c’est celui qui maîtrise sa personne au moment de la colère. »
Pour le pardon divin, il demeure une porte toujours ouverte. L’être humain est par nature imparfait comme Il nous le dit : « Allah, c’est Lui qui vous a créés faibles ; … » (Sourate 30 verset 54). Il commet des erreurs, parfois par ignorance, parfois par faiblesse, parfois par négligence. Mais la grandeur de la foi réside dans la certitude que la porte du pardon d’Allah demeure ouverte.
Le Ramadan est un temps privilégié pour revenir vers Lui avec humilité conformément à Sa parole « Ô vous qui avez cru ! Repentez-vous à Dieu d’un repentir sincère … » (Sourate 66 verset 08). L’espoir est encore plus grand quand on se rappelle « Dis : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux. » » (Sourate 39 verset 53)
Demander pardon, ce n’est pas seulement prononcer une formule ; c’est reconnaître sa faute, la regretter sincèrement, décider de s’en détourner et espérer la miséricorde d’Allah. Cette démarche illumine le cœur, car elle le libère du poids de la culpabilité et du fardeau du péché.
Le Ramadan nous enseigne que nul n’est trop éloigné pour revenir, nul n’est trop fautif pour être pardonné, tant que le cœur reste vivant et tourné vers Allah.
Aussi, le pardon agit comme purification intérieure. Pendant que le péché laisse des traces sur le cœur, l’alourdit, l’assombrit et l’éloigne de la sérénité, le pardon, au contraire, nettoie, clarifie et allège. En effet, lorsque le croyant multiplie les demandes de pardon, il ressent progressivement une paix nouvelle. Cette paix n’est pas l’oubli de la faute, mais la certitude d’avoir retrouvé le chemin.
Le pardon devient alors une lumière intérieure qui restaure la dignité spirituelle. Dans ce sens, le Ramadan, avec son intensité spirituelle, offre un cadre exceptionnel pour cette purification. Les nuits de recueillement, les moments de solitude, les instants précédant la rupture du jeûne sont autant d’occasions de dire avec sincérité : « Seigneur, pardonne-moi. » Et parfois, une invocation murmurée dans la sincérité vaut plus que de longues œuvres accomplies sans présence du cœur.
Par ailleurs, dans nos relations avec les autres, pardonner est une élévation morale. Si nous aspirons au pardon d’Allah, nous sommes également appelés à pardonner aux autres. Le pardon humain est souvent plus difficile que la demande de pardon divine. Il touche notre orgueil, notre sens de la justice, notre mémoire des blessures. Mais nous ne devons pas oublier ces enseignements : « …et qu’ils pardonnent et passent outre. Ne souhaiteriez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? … » (Sourate 24 verset 22) Et le Prophète d’ajouter : « Faites preuve de miséricorde et vous serez miséricordieux. Pardonnez et Allah vous pardonnera. »
En réalité, garder rancune est un poids. La colère entretenue obscurcit le cœur, la rancœur consume la sérénité. Pardonner, ce n’est pas nier la blessure ; c’est refuser qu’elle continue de nous dominer. C’est pourquoi, nous devons profiter du Ramadan qui est une opportunité pour réparer les relations brisées, pour apaiser les tensions familiales, pour renouer des liens distendus. Le pardon devient alors un acte de courage spirituel. Il élève celui qui pardonne plus qu’il n’abaisse celui qui est pardonné. Il renforce l’espoir au pardon divin comme nous le dit le Messager d’Allah : « Les portes du Paradis seront ouvertes les lundis et les jeudis, et tout serviteur qui n’associe rien à Allah sera pardonné, sauf celui qui a une rancune contre son frère. » On lui dira : « Retardez ces deux-là jusqu’à ce qu’ils se réconcilient ; retardez ces deux-là jusqu’à ce qu’ils se réconcilient. » Ainsi, pardonner, c’est choisir la lumière plutôt que l’amertume.
Il sied de remarquer que dans le Ramadan se trouve le sommet de la quête du pardon, la Nuit d’Al-Qadr (Nuit du destin). C’est une nuit exceptionnelle sur laquelle Allah précise « La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois. » (Sourate 97 verset 03) Cette nuit symbolise l’apogée de la recherche du pardon. Les croyants y multiplient les invocations, conscients que la miséricorde divine y est abondante et que les cœurs sincères y trouvent réponse.
La quête du pardon durant cette nuit n’est pas seulement un rite ; elle est un renouvellement du pacte entre le serviteur et son Seigneur. Elle marque un tournant possible dans la vie spirituelle, une renaissance intérieure. Mais l’esprit de cette nuit ne doit pas rester limité à quelques heures. Il doit irriguer tout le mois et, au-delà, toute l’année.
Toutefois, précisons que malgré sa noblesse, le pardon peut être entravé par l’orgueil qui fait refuser d’admettre sa faute ou de pardonner par fierté, la rancune persistante qui nourrit la douleur au lieu de la soigner et la peur de l’injustice qui fait confondre pardon et faiblesse.
Nous devons apprendre avec le Ramadan que la justice appartient à Allah. Pardonner ne signifie pas approuver l’injustice ; cela signifie se libérer intérieurement tout en laissant à Allah le soin de juger avec équité.
Un cœur qui refuse de pardonner s’enferme. Un cœur qui pardonne s’ouvre. C’est pourquoi nous devons vivre le pardon au quotidien. Et pour que le pardon devienne une lumière durable, il convient de multiplier les demandes de pardon, même pour des fautes que l’on juge minimes, de faire régulièrement un examen de conscience, d’apprendre à demander pardon aux autres lorsque nous avons blessé et de décider consciemment de ne pas entretenir les rancœurs.
Le Ramadan est un terrain d’entraînement. Si nous apprenons à demander pardon avec sincérité pendant ce mois, nous pourrons maintenir cette habitude tout au long de l’année.
En tout état de cause, un cœur pardonné est un cœur lumineux. Le pardon est une lumière qui restaure, qui élève et qui apaise. Il nettoie le passé, éclaire le présent et prépare un avenir plus serein. C’est la raison pour laquelle, le pardon apparaît comme une lumière libératrice du poids des fautes, des chaînes de la rancune et des ténèbres du désespoir.
Puisse Allah nous compter parmi ceux qu’Il pardonne abondamment en ce mois béni.
Puisse-t-Il purifier nos cœurs de toute rancune et nous accorder la noblesse de pardonner aux autres.
Et puisse cette lumière du pardon illuminer nos vies bien après la fin du Ramadan.
NB : La foi musulmane est une foi active qui impose un devoir de présence.
Dr Inoussa COMPAORE
Imam à l’AEEMB et au CERFI






