Nigéria : une pratique qui interroge

Plus de 400 personnes, précédemment enlevées dans l’Etat de Borno au Nigéria, ont été libérées, dimanche 7 juin 2026, par le groupe terroriste, Boko Haram. Cette information est un soulagement pour les proches des otages qui passaient des moments cauchemardesques à attendre leur hypothétique retour. Ces derniers mois, de nombreux citoyens détenus par les groupes armés ont recouvré la liberté en terre nigériane. Si ces libérations constituent de bonnes nouvelles, elles alimentent tout de même la polémique. Les dessous de ces libérations d’otages donnent libre cours à toutes sortes de spéculations et de supputations. Des rançons sont-elles versées aux ravisseurs qui ont fait des enlèvements, un fonds de commerce ? C’est la principale interrogation à propos des libérations des otages au Nigéria.

Les autorités ont toujours démenti sortir le moindre kopeck, pour obtenir la libération des otages, mais la réalité semble tout autre. Certains analystes tiennent mordicus, que le gouvernement et les familles des victimes s’adonnent à cette pratique qui soulève des débats éthiques et politiques. Des chiffres évocateurs prouvent d’ailleurs, que les observateurs n’ont pas tout faux. Selon un rapport d’un cabinet basé à Lagos, SBM Intelligence, plus d’un million et demi de dollars ont été versés en rançons entre juillet 2024 et juin 2025 à des groupes terroristes ou criminels. Cette habitude de payer des rançons au Nigéria, tout comme ailleurs, suscite des interrogations, si elle n’est pas condamnable. Donner de l’argent aux groupes armés en contrepartie de la libération d’un ou de plusieurs otages contribue à sauver des vies certes, mais cela renforce malheureusement les assises des « hors-la-loi ». De toute évidence, les importantes sommes d’argent fournies aux criminels leur permettent de disposer de moyens financiers supplémentaires pour accomplir leurs basses besognes. Quand on sait que les groupes armés ont fait des milliers de morts et des millions de personnes déplacées au Nigéria, on n’imagine pas leur apporter un soutien financier. Verser une rançon revient à financer directement le terrorisme et le crime organisé. Cet acte est de nature à encourager de nouveaux enlèvements et à conforter les groupes armés dans leurs funestes desseins. Donner des rançons va à l’encontre de la doctrine de nombreux pays qui refusent avec juste raison de négocier avec les entités terroristes. Poser un tel acte constitue une menace pour la sécurité nationale et mondiale. Les compromis avec les terroristes et les criminels sont à éviter à tous les coups.

Kader Patrick KARANTAO

  

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