
L’édition 2026 de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO) débute le 27 juillet 2026 sur toute l’étendue du territoire national. A quelques jours du lancement de cette initiative voulue par les hautes autorités du pays, le secrétaire général du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique, Bienzi Didier Paré, par ailleurs vice-président de la cellule d’orientation et de suivi de la session 2026, explique, dans cette interview, les objectifs poursuivis en instituant l’IPO et les innovations entreprises pour la bonne tenue de cette session.
Sidwaya (S) : Qu’est-ce que l’Immersion patriotique obligatoire (IPO) et pourquoi a-t-elle été instituée par les plus hautes autorités du pays ?
Bienzi Didier Paré (BDP) : L’IPO est un moment pensé par les plus hautes autorités du pays pour inculquer de nouvelles valeurs et de nouvelles orientations, inculquer le civisme, le patriotisme, l’amour de la patrie aux jeunes générations. Au regard de la voie que le Burkina Faso a empruntée, il est nécessaire de remplir la tête des enfants de la bonne idéologie. Aujourd’hui, avec ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, il est important d’éduquer les enfants autrement. Il faut donc donner des valeurs à nos jeunes enfants qui seront les Burkinabè de demain.
S : Quels sont les objectifs fondamentaux de l’Immersion patriotique obligatoire ?
B.D.P : L’Immersion patriotique a plusieurs objectifs. L’objectif premier, c’est de créer le Burkinabè nouveau de demain. Ensuite, il s’agit de donner les bases, un soubassement assez solide à ces jeunes-là pour qu’ils puissent affronter les adversités du monde dans lequel nous vivons. L’objectif également fondamental de l’immersion patriotique, c’est de créer chez le jeune Burkinabè l’amour inconditionnel de la patrie, pour que, où qu’il soit, le drapeau du Burkina Faso flotte à jamais dans son cœur. Autre objectif, il s’agit de porter un regard rétrospectif sur ce que nos parents, nos grands-parents ont fait pour qu’aujourd’hui nous soyons une Nation. Donc, c’est de partir de l’historique, de la création de notre Etat-nation, pour montrer aux jeunes que des pères fondateurs se sont battus pour que nous soyons une République, pour que nous soyons une Nation aujourd’hui. En partant de l’histoire et en nous projetant sur l’avenir, il est de bon ton qu’on s’arrête à un moment donné pour éduquer, pour orienter, pour enseigner nos enfants. Ce sont là les idéaux, les objectifs de l’immersion patriotique obligatoire.
S : Quels bénéfices cette initiative peut-elle apporter à la société burkinabè dans son ensemble ?
B.D.P : On peut dire que, quand une Nation se développe avec des citoyens conscients, c’est déjà un développement assuré pour la Nation. On peut également dire que l’immersion patriotique permettra aux Burkinabè de s’assumer désormais. Plus personne ne pourra donc venir passer par des Burkinabè pour combattre le Burkina Faso. L’immersion patriotique obligatoire permettra donc aux Burkinabè nouveaux que nous voulons de prendre leur pays à bras-le-corps. L’immersion est bénéfique aussi pour la Nation, dans le sens de la cohésion sociale, du vivre-ensemble et de la tolérance. Durant un mois, ces jeunes vont se côtoyer. A l’issue, ils seront des Burkinabè capables de vivre ensemble pendant des siècles et des siècles. Le bénéfice, c’est donc de promouvoir la cohésion sociale, le vivre-ensemble et, en même temps, de combattre l’extrémisme violent que nous vivons de par le monde.
S : Nous sommes à la deuxième édition de l’IPO. Quel bilan peut-on tirer de l’édition passée ? Est-ce qu’il y a des motifs de satisfaction ?
B.D.P : Si nous revenons pour une deuxième édition, cela veut dire que la première a eu des effets positifs. Tirant les leçons des difficultés de l’édition dernière, l’organisation a été revue cette année. Il a été mis en place trois organes. Il y a la cellule d’orientation et de suivi, le secrétariat technique et la cellule pédagogique. L’objectif est d’organiser de façon pragmatique l’ensemble des acteurs qui vont intervenir dans l’organisation de l’immersion patriotique. On a tiré des leçons de la première édition, qu’on pense en tout cas mettre à profit cette année à travers une meilleure organisation, à travers la disponibilité du personnel et son engagement pour la réussite de cette immersion patriotique.
S : Pour l’édition de 2026, quelles dispositions ont été prises pour assurer une bonne participation des bacheliers ?
B.D.P : On ne peut pas se mettre à la place de Dieu pour dire que tout ira pour le mieux. Mais je pense que les petits plats sont mis dans les grands pour que nous réussissions, cette année, une édition particulière. Nous avons pris des dispositions depuis janvier. Plusieurs activités ont été menées. Au niveau déconcentré, nous avons rencontré tous les gouverneurs qui sont les présidents des cellules d’orientation et de suivi au niveau régional. Il y a également, au sein de ces cellules régionales, une organisation parfaite. Cette année, l’ensemble des départements ministériels ont également été sollicités pour participer à l’organisation de l’immersion patriotique. Quand tout le gouvernement prend à bras-le-corps l’organisation de l’immersion patriotique obligatoire, nous avons bon espoir que tout se passera bien.
S : Y a-t-il des dispositions particulières concernant les filles ?
B.D.P : Il y a des dispositions particulières. C’est ce qui fait la particularité de l’édition de 2026. Nous avons tenu, à la Primature, plusieurs réunions de cabinet avec le camarade Premier ministre. Lors d’une de ces réunions, la camarade ministre de la Famille et de la Solidarité a suggéré de mettre à la disposition de l’immersion patriotique obligatoire deux mamans par site. Ces deux femmes sont d’un certain âge et seront à l’écoute des jeunes filles pour les problèmes de féminité. Les filles auront des oreilles attentives tout au long de ces 30 jours que nous aurons à passer ensemble. Il y a également des dispositions qui ont été prises en termes de kits d’hygiène pour les filles. En outre, il est prévu des tests pour vérifier leur état avant d’entrer à l’immersion patriotique. A leur sortie, des tests seront faits pour rassurer les parents. Si, à la première édition, il y a eu des soupçons non avérés, cette année, nous sommes fermes là-dessus. C’est pour cela que nous avons créé le code de déontologie et de bonne conduite à l’endroit de tous les acteurs de l’immersion patriotique, acteurs militaires comme acteurs civils.
S : Qui sont ceux qui sont concernés par l’immersion patriotique cette année ?
B.D.P : Tous les bacheliers de 2026 sont donc appelés à l’immersion patriotique obligatoire. Aussi, il y a ceux de l’année passée qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu prendre part et qui ont certainement une attestation d’ajournement. Cette année, ils sont appelés à venir accomplir leur devoir civique. Il y a ceux de la diaspora qui sont arrivés au moment où on ne pouvait plus les prendre en compte, mais qui sont inscrits dans nos universités. Il y a ceux de la diaspora qui ont eu le BAC cette année et qui veulent continuer dans nos universités au Burkina Faso. Enfin, il y a toute personne d’une autre nationalité qui souhaite faire l’immersion patriotique au Burkina. On peut la recevoir à condition qu’elle signe un engagement personnel qui montre que c’est elle-même qui le veut, que ce n’est pas l’Etat burkinabè qui l’oblige. Nous avons des encadreurs militaires composés de l’ensemble des Forces de défense et de sécurité, mais aussi des animateurs civils. Cette année, nous avons mis l’accent sur le personnel féminin pour l’encadrement militaire et les soldats invalides, c’est-à-dire ceux qui ont eu des problèmes sur le théâtre des combats. Cela permettra donc de mieux faire passer le message aux appelés.
S : Y a-t-il des raisons qui peuvent dispenser un bachelier de l’IPO ?
B.D.P : Si la personne dispose d’un certificat médical et d’un rapport médical qui atteste qu’elle ne peut pas être isolée pendant 30 jours sans soins intensifs, il peut lui être décerné une attestation d’ajournement. Il y a également les filles et les femmes en état de grossesse avérée et déclarée par un certificat médical. Ces dernières sont exemptées. Aussi, les femmes ayant un enfant de moins de deux ans sont également exemptées.
Aujourd’hui, la situation de handicap ne constitue pas un argument assez solide pour faire exempter quelqu’un de l’immersion. Parce qu’il y a également, outre la pratique, des formations théoriques. Les personnes vivant avec un handicap, si elles ne peuvent pas faire les manœuvres militaires, peuvent suivre les cours théoriques qui seront dispensés.
S : Quel est le sort réservé à ceux qui décident volontairement de ne pas y participer ?
B.D.P : C’est une orientation des plus hautes autorités du Burkina. Si, de façon volontaire et consciente, un bachelier décide de se soustraire à l’immersion patriotique obligatoire, il n’aura pas l’attestation de fin d’immersion, qui est un document exigé pour les inscriptions dans nos universités au Burkina Faso. Egalement, c’est comme si la personne naviguait à contre-courant des valeurs que nous voulons véhiculer dans notre chère patrie. D’abord, ce serait mal vu de se soustraire à l’immersion patriotique parce que c’est un devoir. Voilà pourquoi le mot « obligatoire » apparaît à la fin du sigle. Même si la personne arrive à contourner tout ce dispositif, quand elle aura un travail, elle devra forcément passer par Loumbila avant d’être intégrée dans la fonction publique.
S : A une semaine du lancement, est-ce que toutes les conditions sont réunies pour la tenue de l’IPO ?
B.D.P : L’essentiel est déjà fait. Les vivres sont en train d’être acheminés sur les sites. Les sites sont en train d’être aménagés. Le ministère de la Santé a pulvérisé, en tout cas, l’ensemble des sites. Les acteurs ont été formés à Ouagadougou et, dès ce lundi, ils ont commencé également à former les animateurs sur place. On est fin prêt, même s’il y a encore quelques réglages à faire.
S : Quelles sont les innovations majeures de cette présente édition ?
B.D.P : La première innovation, c’est la création de la plateforme qui permet aux appelés de suivre leur parcours. Ils peuvent s’y inscrire, ils peuvent suivre l’évolution de l’attestation d’immersion ou de l’attestation d’ajournement. Cette plateforme peut servir de base de données statistique, ce que nous n’avions pas l’année passée. On est sûr qu’à la fin de l’immersion patriotique, nous aurons de la mémoire. La seconde innovation, c’est le cahier de l’appelé de l’immersion patriotique qui a été conçu par la cellule pédagogique. L’année passée, on avait des modules pêle-mêle. Cette année, la cellule pédagogique a fait un travail remarquable en créant le cahier de l’appelé à l’immersion patriotique. Ce cahier regroupe l’ensemble des modules qui seront développés. Cela évite les improvisations. La troisième innovation, c’est le fait que, sur l’ensemble des sites, il est prévu que les appelés à l’immersion patriotique et les encadreurs constituent une famille. Il y aura des acteurs fixes qui ne bougent pas, qui se relaieront jour et nuit pour assurer la sécurité sur les sites. Il y a, en outre, une infirmerie sur chaque site où les agents de santé vont se relayer jour et nuit durant les 30 jours prévus.
S : Quels sont les modules qui seront abordés avec les appelés de l’immersion ?
B.D.P : Il y a 13 modules qui sont conçus de sorte que nous partons d’une généralité pour aboutir à la cohésion sociale au sein de nos enfants que nous voulons former. Le module 1 portera sur les généralités, sur l’ordre et la discipline. C’est un module purement militaire. Le module 2 concerne l’identité nationale, les valeurs partagées et le patriotisme. Le module 3 est axé sur les crises, l’extrémisme violent, les mécanismes endogènes et leurs résolutions. Le module 4 s’intéresse aux généralités sur la sécurité. Le module 5 est relatif aux techniques d’intervention opérationnelle, rapprochée et aux actes réflexes en cas d’attaque. Le module 6, c’est l’hygiène et le secourisme. Le module 7 se penche sur l’engagement citoyen, le civisme et la responsabilité sociale. Le module 8 reviendra sur l’histoire politique du Burkina Faso et la construction de l’Etat-nation. Le module 9 porte sur les enjeux géopolitiques, l’idéologie et le développement. Le module 10 est relatif à la cohésion sociale et les relations intercommunautaires au Burkina.
Le module 11 évoque la citoyenneté moderne, la sécurité numérique et l’entrepreneuriat. Le module 12 parle du réveil africain et, enfin, le treizième module porte sur les invasions arabo-musulmanes en Afrique. Dans chacun de ces modules, il y a des chapitres qui seront développés pour permettre à plusieurs experts de faire des communications.
S : Quel appel avez-vous à lancer aux parents et aux nouveaux bacheliers ?
B.D.P : Aux parents, je leur dis merci d’abord de faire confiance à l’institution et de garder le moral parce que ce n’est pas aisé de voir son enfant partir pour 30 jours. Les valeurs que vont recevoir ces enfants, c’est d’abord pour eux-mêmes, pour la famille et pour toute la Nation.
Aux appelés de l’immersion patriotique, je leur dis que ce n’est pas une punition, ce n’est pas un sevrage. C’est juste pour leur créer un cadre, un moment d’apprentissage autre que ce qu’ils ont connu entre les quatre murs de l’école. Cela leur permettra également de vivre ensemble, de se côtoyer pendant tout un mois avec des gens qu’ils ne connaissent pas. C’est ainsi qu’on peut créer des amitiés fortes qui peuvent durer. C’est un moment que les appelés de l’immersion patriotique doivent impérativement vivre. Ils doivent s’approprier ce moment parce que ça n’arrive pas tous les jours.
A l’endroit des formateurs et animateurs, je les invite au sens élevé du professionnalisme. Cette année, c’est tolérance zéro sur les écarts de comportement entre un encadreur et un appelé dans l’immersion patriotique. Que chacun aille à l’immersion avec l’esprit du professionnalisme parce que l’objectif recherché est de créer vraiment un Burkinabè nouveau, un Burkinabè de demain.
Cette année, l’expression consacrée, c’est « l’appelé de l’immersion patriotique obligatoire ». L’immergé revêt une connotation péjorative.
Réalisée par Adama SEDGO





