L’aventure onusienne de Sall

Dans sa course au poste de Secrétaire général (SG) de l’Organisation des Nations unies (ONU), l’ancien Président sénégalais, Macky Sall, n’avait pas encore eu l’aval de son pays. C’est désormais chose faite pour l’ex-chef de l’Etat qui a quitté le pouvoir en 2024 et vit depuis lors en exil au Maroc. Le bref retour au bercail que Sall a effectué le vendredi 17 juillet dernier et l’entretien qui en a découlé avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye, a permis de rallier son pays à sa cause. Il était difficile d’imaginer que Macky Sall, dont la candidature a été portée par le Burundi, n’avait pas l’onction de sa chère patrie.

Plongé dans une crise en rapport avec la conduite du pays qui l’oppose à son mentor, Ousmane Sonko, le chef de l’Etat sénégalais a voulu tendre la main à celui là-même qui leur avait causé des misères. Si la candidature de son prédécesseur ne l’emballait pas au départ, Faye a fini par aller au-delà des divergences politiques et de la réédition des comptes pour mettre en avant l’intérêt supérieur du Sénégal, dont un des illustres fils convoitent un poste prestigieux à l’international. La diplomatie de l’ombre a vraisemblablement fait son effet. Mais, le soutien du Sénégal suffit-il à garantir à l’ancien dirigeant, un succès dans sa quête du poste de SG de l’ONU, en succession au Portugais, Antonio Guterres ? Il serait trop prétentieux de le dire.

S’il a un profil intéressant et une carrure internationale, Sall est loin d’être dans une position de favori face aux trois autres candidats de l’Amérique latine, l’ancienne Présidente du Chili, Michel Bachelet, l’actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA), Rafael Grossi et l’ancienne vice-Présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan. S’il a réussi finalement à avoir l’accompagnement de son pays, Sall, qui apparait comme le candidat du continent, n’a pas le soutien de l’Union africaine (UA), tant son projet ne fait pas l’unanimité au sein de l’organisation. Un certain nombre de pays refusent de le suivre dans son aventure.

En pleine campagne, Sall n’a pas encore convaincu les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU disposant du droit de veto (France, Russie, Chine, Etats-Unis et Royaume-Uni) de se ranger derrière sa candidature. Il va devoir sortir des arguments en béton pour obtenir le soutien de ces grandes puissances, avant l’élection qui aura lieu en fin 2026. Autre aspect qui pourrait desservir l’ancien président sénégalais : le principe de rotation géographique. Cette règle coutumière non écrite permet d’alterner la nationalité du titulaire du poste de SG de l’ONU entre les différentes régions du monde.

Depuis le Péruvien, Javier Pérez de Cuéllar qui a dirigé l’institution de 1982 à 1991, aucun autre candidat issu de la région latino-américaine n’a pris les rênes du Secrétariat général de la « Maison de verre » située à New-York. Ce principe pourrait sérieusement profiter à l’Amérique latine qui espère cette fois-ci revenir aux affaires, surtout que l’Afrique a déjà occupé le poste deux fois, notamment avec l’Egyptien, Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan.

Autant dire que la tâche ne s’annonce pas facile pour Sall qui a une vision pour l’ONU, bâtie autour d’une volonté d’asseoir une approche intégrée de la paix et du dévelop- pement, de favoriser une meilleure inclusion de l’Afrique et de moderniser la gestion de l’institution. Que ce soit Sall ou un autre prétendant, le prochain SG de l’ONU aura des travaux d’Hercule à abattre. En l’espèce, il devra relever des défis politiques et financiers minant le fonctionnement de l’organisation qui a besoin d’opérer une véritable mue pour réhabiliter son image fortement écornée, ces dernières années. Reformer l’ONU sera la priorité absolue de son futur patron…

Kader Patrick KARANTAO

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