
La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest organise un séminaire à l’intention des journalistes économiques de l’Union monétaire ouest-africaine, les 20 et 21 juillet 2026, à Dakar au Sénégal.
16 journalistes originaires des huit pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) participent à un séminaire organisé par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) les 20 et 21 juillet à Dakar au Sénégal. A l’entame de la rencontre, le secrétaire général de la BCEAO, Habib Thiam, représentant le gouverneur, a indiqué que le séminaire, deuxième du genre après celui de 2023, traduit la volonté de la banque centrale de renforcer le dialogue et d’établir un cadre d’échanges fructueux et pérenne avec les médias de l’Union.
Il a souligné que la BCEAO dans son plan stratégique 2025-2027 a adopté, une nouvelle vision. Il s’agit d’être une banque centrale innovante et résiliente au service des populations et du développement durable des économies de l’Union. Pour lui, la concrétisation de cette vision s’accompagne d’une approche de communication davantage fondée sur la proactivité et la proximité. « L’objectif étant de mieux faire connaitre les missions de la banque centrale, d’expliquer ses décisions et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux économiques monétaires et financiers qui touchent directement nos concitoyens », a insisté le secrétaire général de la BCEAO.
La première communication présentée par le directeur adjoint de la communication, Sybille Hounsa, a abordé les missions et l’organisation de la banque centrale. Il en ressort que la BCEAO conduit la politique monétaire commune aux huit Etats membres que sont le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle veille également à la stabilité du système bancaire et financier de l’UMOA, la promotion du bon fonctionnement, la supervision et la sécurité du système de paiement dans l’Union.
La gestion des réserves officielles de change des Etats membres fait partie des missions principales de la BCEAO. Sybille Hounsa a rappelé que l’UMOA est fondée sur la reconnaissance d’une même unité monétaire, le Franc de la communauté financière africaine (F CFA). Elle est plus vielle que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui vient élargir son mandat au développement et l’intégration économique des Etats membres.
La politique monétaire, le garant de la stabilité des prix
La deuxième présentation assurée par le directeur de la politique monétaire, Joseph Saturnin Sagnon, a permis de comprendre que la politique monétaire loin d’être une notion abstraite, impacte la vie quotidienne des populations par son activité sur les prix et l’activité économique. « L’objectif principal de la politique monétaire est d’assurer la stabilité des prix à travers principalement les taux-directeurs », a-t-il expliqué. Pour Joseph Saturnin Sagnon, la stabilité des prix permet, entre autres, de contenir l’inflation, c’est-à-dire le taux d’augmentation des prix des produits sur les marchés et ainsi d’éviter la survenue des émeutes de la faim dans les pays de l’UMOA.
Elle favorise une meilleure planification des investissements et la croissance économique. « La BCEAO, après avoir baisser ses taux directeurs à 2% suite à la crise du COVID-19 jusqu’en 2022 a fait l’option de les maintenir à 3% depuis mars 2023, en raison des incertitudes liées au conflit au Moyen Orient et l’observation des effets d’assouplissement de mars 2026 », a-t-il poursuivi. Le directeur de la stabilité financière, Banassi Ouattara, a informé que le concept de stabilité financière est assez récent et a vu le jour suite à la crise de subprimes (ndlr : crise des prêt immobiliers à haut risque aux USA en 2007-2008). « La stabilité financière peut être définie comme une situation dans laquelle le système financier est capable de résister aux chocs et de corriger les déséquilibres financiers. Elle prend donc en compte l’ensemble des acteurs de l’écosystème financier.
Pour la surveiller, la banque centrale a mis en place le comité de stabilité financière en 2010 », a-t-il résumé. Le directeur des activités bancaires et des financements alternatifs, Oumar Konaté, a démontré que la banque centrale contribue au financement de l’économie à travers ses missions de mise en œuvre de la politique monétaire, le renforcement de la stabilité du système bancaire et financier, ainsi que la diversification et le développement du système financier. Pour lui, ces actions passent par le financement des 161 banques et 524 institutions de microcrédits recensées en fin décembre 2025 et le système désintermédié qui permet aux Etats de lever directement des fonds sur le marché financier régional.
En vue de lever les obstacles au financement des PME, la BCEAO fait la promotion d’outils de financement alternatifs tels que l’affacturage, le crédit-bail et la finance islamique. La dernière communication du premier jour a été livrée par le directeur des innovations financières, Gisèle Keny, sur la digitalisation et les services financiers numériques. Selon elle, la digitalisation dans l’UEMOA, cette transformation a conduit à une évolution significative de l’écosystème financier marqué par la diversification des moyens de paiement, la forte progression de la monnaie électronique et l’arrivée de nouveaux acteurs dans la chaine de valeurs des services financiers numériques.
Gisèle Keny a expliqué que la digitalisation présente des enjeux importants pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Pour les populations par exemple, les gains portent sur l’accès plus facile à une gamme diversifiée de produits et services financiers adaptés à leurs besoins, la réduction des risques et des couts ainsi que la sécurisation des fonds. « En termes de résultats, en fin 2025, l’Union enregistrait 285 millions de comptes de monnaie électronique, dont 92 millions actifs, 7 millions de points d’acceptation.
Ce qui permet aux clients de ne pas se déplacer. La monnaie électronique a ainsi contribué à hauteur de 60,3% au taux d’inclusion qui est passé de 67% en 2021 à 76% en 2025 », a illustré Gisèle Keny. Néanmoins, la digitalisation des services financiers demeure confrontée à plusieurs défis que la BCEAO s’emploie à relever. Il s’agit, notamment de l’intensification des risques de cybercriminalité et de fraude, du fait de l’absence d’un identifiant unique des propriétaires de compte mobile money et le faible niveau d’éducation financière et numérique des usagers.
Nadège YE
Depuis Dakar





